Dossier à la UneNationSécurité

Exécution sans faille des Accords de Washington: Muyaya met Kagame sur la sellette

Dans une interview musclée accordée aux journalistes le week‑end dernier, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte‑parole du gouvernement de la République Démocratique du Congo, a livré la lecture de Kinshasa sur la mise en œuvre des Accords de Washington et dégainé une critique sans concession contre Kigali. Entre rappel des avancées diplomatiques et menaces à peine voilées, le porte‑parole a mis en exergue la détermination de la République Démocratique du Congo à voir les engagements appliqués, sous peine de renforcement des sanctions internationales. 

En ouverture, Muyaya a voulu marquer un point d’appui: Kinshasa a réussi à lever, pour la première fois, des eurobonds à hauteur de 1,25 milliard de dollars, signe, selon lui, d’une crédibilité retrouvée sur la scène financière internationale. Ce succès, dit‑il, doit permettre d’alimenter des projets d’infrastructures et d’attirer des investisseurs, notamment américains, dans le cadre du volet économique du partenariat stratégique signé à Washington.

Sur le fond des Accords, le spokesperson du gouvernement a insisté sur la distinction nette entre les deux volets des Accords de Washington: le volet sécuritaire, dédié au processus de paix avec le Rwanda, et le volet économique, axé sur le partenariat stratégique avec les États‑Unis. «L’accord, c’est un accord du futur», a‑t‑il répété, appelant les Congolais à lire le texte. Il a rappelé l’existence d’un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité réunissant Congolais, Rwandais et Américains, et affirmé que les équipes congolaises se sont rendues à Washington à plusieurs reprises pour en assurer le suivi. Mais c’est à l’égard de Kigali que le ton est devenu plus dur. 

Muyaya a salué l’un des acquis de Washington: la reconnaissance, selon lui, par le Rwanda d’avoir engagé des opérations militaires sur le sol congolais -un aveu inédit après des décennies de déni. Face aux réapparitions militaires autour d’Uvira et aux manquements après la signature, les États‑Unis ont, rappelle‑t‑il, imposé des sanctions ciblées «contre l’armée rwandaise». Pour Muyaya, ces sanctions marquent «le début de la fin» des aventures rwandaises en République Démocratique du Congo si Kigali ne respecte pas ses engagements.

Interpellé sur le rejet public des accords par le président Paul Kagame, le ministre ne s’en offusque pas: la qualification d’«injustes» n’affecte pas l’application des mesures internationales, soutient‑il, citant en appui la suspension par l’Union européenne de certains soutiens militaires au Rwanda. Le message est clair: les médiateurs disposent désormais de leviers et n’hésiteront pas à les utiliser si nécessaire. Muyaya a aussi dénoncé la rhétorique de Kigali autour de la menace posée par les FDLR, qu’il qualifie de prétexte économique et militaire. 

Tout en reconnaissant la présence de réfugiés rwandais et de «résidus» de groupes armés sur le territoire congolais, il a expliqué la feuille de route de Kinshasa: identifier, isoler et ramener les éléments réfractaires au Rwanda via un processus de reddition et de réintégration, à condition que Kigali accepte de les recevoir sans les «recycler» pour de nouvelles opérations au Congo. Sur la question humaine et politique, Muyaya s’en est pris au régime de Kigali plutôt qu’au peuple rwandais: «Nous n’avons pas de problème avec le peuple rwandais», a‑t‑il répété, mais avec «le régime criminel» de Kagame, accusé d’exploiter les prétextes sécuritaires pour asseoir un comportement belliqueux et économique. Il n’a pas hésité à qualifier le président rwandais d’«extrémiste» de la région et de dépeindre le système rwandais comme répressif et stratifié. 

Pour autant, Kinshasa n’exclut pas la normalisation future: Muyaya a rappelé le choix de «grandeur» du président de la République, Félix Tshisekedi: la perspective d’une coopération reste envisageable lorsque les conditions de sécurité seront réunies et que les engagements seront honorés. Mais le calendrier dépend désormais de la mise en œuvre effective des Accords de Washington et de l’attitude de Kigali face aux sanctions et aux obligations convenues.

L’entretien dessine une stratégie claire: tenir la pression diplomatique et économique tout en gardant la porte ouverte à une détente conditionnelle. Si Washington a fourni le cadre et les leviers, Kinshasa affiche sa résolution et place désormais Kigali sous surveillance. Le chemin vers une paix durable dans les Grands Lacs, prévient Muyaya, passera d’abord par l’application stricte des engagements signés.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page