
Quinze mois après avoir quitté l’Inspection générale des Finances, Jules Alingete Key rompt enfin le silence. Admis à la retraite avec éméritat en mai 2025 par le Président Félix Tshisekedi, l’homme qui a incarné la «Patrouille financière» entre 2020 et 2025 sort de sa réserve. Et il frappe fort.Dans cet entretien exclusif, l’ancien «super flic financier» décrit d’abord une retraite vécue «dans la sérénité et la dignité». Mais très vite, le ton se fait offensif. Il dit recevoir des «menaces anonymes» et faire face à une campagne de dénigrement orchestrée par des «criminels financiers» qu’il assure avoir empêchés de piller l’État. Pour lui, ces anciens «intouchables» n’ont jamais digéré d’être confrontés par l’Inspection générale des finances -IGF. Leur stratégie, dit-il, est claire: utiliser «l’argent sale volé à la République» pour acheter des relais médiatiques et faire prospérer l’idée perverse du «nous sommes tous pareils».
Au cœur de sa sortie, une revendication de loyauté. Alingete rappelle que l’IGF relève de «l’autorité directe» du Président de la République. «Le Chef de l’État n’a qu’une seule préoccupation: la paix et le développement pour les Congolais», affirme-t-il. C’est précisément cet alignement qui, selon lui, déclenche la haine. «Ils pensaient qu’une fois à la retraite, j’allais râler comme eux. Ma loyauté les déboussole», lâche-t-il.
L’ancien inspecteur dresse ensuite un bilan chiffré et sans concession. Sous son mandat, les recettes publiques sont passées de 3 milliards de dollars en 2020 à environ 13 milliards de dollars en 2025. Il revendique l’assainissement des finances des entreprises publiques, la mise hors d’état de nuire des mandataires véreux et surtout la revisitation des contrats chinois. Une renégociation qui, selon lui, a permis de dégager 3 milliards de dollars de ressources additionnelles, aujourd’hui visibles dans la construction des routes à travers le pays. Il cite aussi la création des juridictions spécialisées contre la délinquance financière après un intense plaidoyer de l’IGF, l’amélioration du classement du pays dans l’indice Transparency International, et la reconnaissance du travail de l’IGF par l’Union européenne, la Belgique et la Banque mondiale. En 2022, il a même reçu le prix Forbes Africa du meilleur acteur africain de la lutte contre la corruption. Face aux accusations, Jules Alingete oppose sa «probité morale» et son statut d’«Incorruptible». Il dit n’avoir «aucun problème avec la Justice» et appelle l’opinion à ne pas céder aux «fausses affaires». Il remercie le Chef de l’État, les ONG et la presse engagée pour leur soutien. Pour l’avenir, il en appelle à la continuité: l’IGF dispose des cadres, dit-il, mais il faut «de la volonté, de la détermination et du courage» pour que la mission du Président Tshisekedi aboutisse. Interview.
Bonjour, Monsieur Alingete. Ça fait 15 mois que le Président de la République vous a admis à la retraite avec éméritat. Comment vivez-vous cette nouvelle vie, loin de l’IGF ?
Je la vis dans la sérénité et la dignité. Après plus de 30 ans au service de l’État, cette retraite avec éméritat est une distinction qui m’honore et que j’honore à mon tour. Hormis mes interventions dans des conférences scientifiques et autres forums, je me consacre à la transmission, à la réflexion et enfin à ma famille. Mais je reste un citoyen vigilant. Et justement, cette vigilance m’oblige à parler aujourd’hui, parce que je reçois plusieurs menaces anonymes de ces criminels financiers qui utilisent l’argent sale volé à la République pour alimenter certains journalistes et certains escrocs notoires afin de tenter de me discréditer.
Vous parlez de menaces. Pourquoi, plus d’un an après votre départ, la pression continue-t-elle ?
Voilà pourquoi, plus d’un an après ma mise à la retraite avec éméritat, ces bandits financiers ne dorment pas, ils ne désarment pas. Leur dessein, c’est de me voir mourir parce que je les ai empêchés de piller l’État et surtout d’empêcher qu’ils se fassent passer dans l’opinion comme des serviteurs loyaux alors qu’ils sont des loups déguisés en agneaux dans la bergerie. Ces individus se faisaient passer pour des intouchables dans la cour du Roi et n’ont jamais accepté que l’IGF les affronte. La lutte contre la mauvaise gouvernance financière que j’ai menée entre 2020 et 2025 était voulue par le Chef de l’État. D’ailleurs, ça ne pouvait être autrement, car l’IGF relève de son autorité directe. Le Chef de l’État n’a qu’une seule préoccupation: la paix et le développement pour les Congolais. Toute personne qui va à l’encontre de ces objectifs n’aura pas sa sympathie.
Quel est, selon vous, le point faible de leurs attaques ?
Leurs complots échouent toujours parce qu’ils sont dans la fausseté et que je suis dans la vérité. Leurs petites publications bidons et leurs chiffons ne serviront à rien, car ma probité morale n’est pas oubliée par les Congolais qui m’ont vu à l’œuvre. Eux-mêmes aussi savent, au fond de leur cœur, que je suis Incorruptible parce que j’ai eu à traiter plusieurs dossiers avec eux sans compromission.
Certains délinquants financiers respirent encore par ce que je suis astreint au devoir de réserves pendant et après ma carrière de haut fonctionnaire. Sinon tout le monde serait au courant de leurs actes. Leurs agissements frisaient la sorcellerie.
Quel regard portez-vous sur la gestion actuelle des finances publiques ?
La RDC ne mérite pas ces fils égarés, vendeurs d’illusions, qui pensent avoir le monopole de la gestion des finances publiques. Jour et nuit, ils ne dorment pas. Ils cogitent de basses besognes contre ceux qui gèrent actuellement les finances publiques en voulant se faire passer pour les meilleurs. Ils ne savent même pas tirer la leçon de leurs échecs passés pour se repentir, mais ils cherchent chaque jour à se justifier en développant des discours techniques mensongers qui ne peuvent être consommés que par des profanes.
La gestion du Compte Général du Trésor s’est nettement améliorée aujourd’hui et, de plus en plus, les procédures financières sont respectées.
Nous sommes loin de la période où plus de 40% du budget de l’Etat était exécuté en procédure d’urgence, source de plusieurs malversations financières.
La mobilisation des recettes publiques évolue mais timidement étant donné les contraintes liées à la mise en œuvre des réformes fiscales engagées notamment celle de la facture normalisée, de l’impôt des sociétés ainsi que de l’impôt sur les revenus des personnes physiques.
Je pense qu’il faille déjà songer à la refonte de notre système fiscal en lieu et place des réformes. Il y a aussi lieu de renforcer la surveillance des Établissements publics et des Provinces pour éviter que les anti-valeurs déjà combattues puissent refaire surface. Pour ma part, je pense avoir bien fait mon travail: empêcher les délinquants financiers de piller la République. C’est leur arrogance et leur manque d’humilité qui les ruinent. Ils doivent savoir faire profil bas pour bénéficier du pardon de notre peuple qui les a déjà sanctionnés.
Sans nul doute, le bilan du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, serait encore plus éloquent, n’eussent été les actions destructrices de ces méchants. En tant qu’ancien Inspecteur général des Finances, Chef de service de l’IGF, je sais de quoi je parle.
De quelle «sanction» parlez-vous et comment réagissez-vous aux accusations portées contre vous?
Ces gens-là souffrent aujourd’hui d’une chose: «la sanction sociale». Ils cherchent maintenant à ternir mon image de marque pour dire, faussement, à l’opinion que j’étais comme eux. J’avais choisi le métier de gendarme financier et je savais mesurer les conséquences. Mais ils se trompent de personne, parce que je suis et je reste l’un des acteurs principaux ayant marqué la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo. Leurs attaques ne changeront rien à la considération très appréciée dont je bénéficie auprès du Président de la République et dans l’opinion publique. Les prétendues affaires dont on m’accuse méchamment? Je ne perdrais jamais mon temps à répondre, dans la presse, à des accusations dénuées de tout fondement et concoctées par des individus qui n’ont aucune maîtrise des Finances publiques congolaises, des procédures fiscales et comptables en vigueur en RDC. Ils prennent leur ignorance comme une réalité et ils utilisent des journalistes profanes en la matière pour faire des bruits inutiles.
Parfois, ils pensent que les Congolais sont dupes, mais ils se trompent. Faute de se repentir, ils s’emploient à monter de fausses affaires pour en tirer des dividendes du genre: «Nous sommes tous pareils».
Avez-vous des soutiens face à ces attaques ?
Oui. J’ai la confiance et le soutien du Chef de l’Etat qui a eu à m’apprécier personnellement et à féliciter la qualité de mon travail pendant 5 ans. Je ne cesserai le remercie pour ça. Je reste également reconnaissant aux vrais acteurs de la lutte contre la corruption, les ONG nationales et internationales, ainsi que la presse engagée pour le développement de notre pays, qui n’ont cessé de m’apporter leur appui face aux attaques injustifiées.
Êtes-vous inquiété par la justice ?
Je n’ai aucun problème avec la Justice de notre pays, si ce n’est dans la tête de ces bandits financiers.
Chaque fois qu’il y avait nécessité d’éclairer la justice sur une enquête quelconque me concernant ou pas, je l’ai toujours fait avec sérénité et sans inquiétude, sachant que je n’ai rien à me reprocher.
J’invite donc l’opinion à ne pas prêter oreille à ces criminels financiers et à leurs relais dans la presse. La haine qu’ils ont pour moi est un poison qui va les détruire progressivement et à petit feu.
Vous n’étiez pas un homme politique. Comment définissez-vous votre parcours et pourquoi suscite-t-il autant de haine ?
Je n’étais pas un politicien. J’étais un haut fonctionnaire de l’État dont la carrière s’est achevée par une grande distinction: une retraite avec éméritat. Ceux qui ont voulu piller le Trésor public et qui ont été démasqués par l’IGF que j’ai eu à diriger tentent et tenteront toujours, en vain, de me régler des comptes en portant de fausses accusations contre moi. Ce sont des personnes bien connues qui se cachent derrière toutes ces aventures par soif de vengeance, parce qu’elles sont fichées dans la mémoire collective des Congolais comme des bandits financiers de la République. Ma loyauté au Chef de l’État leur fait peur. Ils pensaient qu’une fois à la retraite, j’allais râler comme eux qui ne sont fidèles que lorsqu’ils sont aux affaires. Certains sont des géniteurs et bénéficiaires des exonérations fantaisistes et illégales mises à mal par l’IGF sous mon mandat, d’autres «des frappeurs» avec des dossiers de demande de paiements injustifiés sur le Trésor public, les Établissements publics et les Provinces. Ces individus pensaient profiter de leur position pour se faire de l’argent sur le dos des contribuables Congolais.
Quel bilan tirez-vous de votre passage à l’IGF et quel avenir pour la lutte anti-corruption ?
J’ai fait ma part, avec la bénédiction du Président de la République, Son Excellence Félix Tshisekedi, ainsi que le concours de mes collègues inspecteurs des finances et de toutes les équipes de l’IGF. Ensemble, nous avons contribué, grâce à un contrôle rigoureux et sans complaisance, à faire grimper les recettes publiques, passées 3 milliards de dollars en 2020 à environ 13 milliards de dollars en 2025, ainsi que le budget de l’État. Nous avons fait stopper la saignée des caisses des entreprises publiques et mis hors d’état de nuire les mandataires véreux. Nous avons arraché, contre vents et marées, la revisitation des contrats chinois, qui a permis de dégager 3 milliards de dollars de ressources additionnelles. Les fonds qui en découlent concourent aujourd’hui à la construction de nouvelles routes à travers le pays. J’ai suivi la récente visite des députés sur les rocades de Kinshasa et la caravane du ministre des Infrastructures dans différentes provinces. Ces nouveaux tracés et ces nouvelles infrastructures routières donnent du baume au cœur. Ils donnent des raisons de continuer à croire en la lutte contre la corruption et en la promotion de la bonne gouvernance. Le pays a fait des avancées dans ce domaine. Nous avons plaidé pour la création d’une juridiction spéciale chargée de traquer la délinquance financière: c’est chose faite. La RDC a progressé dans le classement de l’indice Transparency International.
Le Président de la République n’a cessé de louer le travail que j’ai abattu durant mon mandat. Les partenaires comme l’Union européenne, la Belgique et la Banque mondiale ont reconnu la qualité du travail accompli par l’IGF sous mon leadership.
J’ai obtenu le prix Forbes Africa de meilleur acteur africain de la lutte contre la corruption en 2022. Vous connaissez le sérieux de Forbes dans l’attribution des reconnaissances. J’ai mis en exécution le contrôle a priori et concomitant des Finances publiques congolaises appelé la Patrouille financière. Sous mon mandat, l’IGF a fait éviter au pays l’exécution de plusieurs contrats et accords financiers léonins. L’IGF regorge aujourd’hui de cadres compétents capables de continuer sur notre lancée, voire de faire plus. C’est faisable mais seulement avec beaucoup de volonté, de détermination et de courage. Elle dispose des infrastructures à la hauteur de ses missions et des moyens administratifs, juridiques et financiers appropriés. L’IGF devra rester un service engagé dans l’implémentation de la bonne gouvernance financière publique et c’est le pays qui gagnera en termes de recettes et de progrès sociaux au bénéfice de la population. C’est seulement de cette manière que tous ceux qui se disent soutiens du Président Félix Tshisekedi pourront participer à la réussite de sa mission. Bref, mon bilan a déjà été sanctionné très positivement, plus d’une fois, par le Chef de l’Etat de qui je relevais. La population congolaise aussi, dans sa majorité, a reconnu le travail salutaire de l’IGF dans la traque des délinquants financiers.Aujourd’hui, à la quasi-unanimité des observateurs, l’IGF est le service avant-gardiste de la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo.