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Enqûete de l’ONU: Suminwa lâche les chiens sur les crimes du Kivu

C’est une poignée de main lourde de symboles. Mardi 9 juin, dans les salons feutrés de la Primature, Judith Suminwa Tuluka a reçu les trois membres de la Commission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU. Leur mission: faire la lumière sur les violations des droits de l’homme qui ensanglantent le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.Face aux enquêteurs, la cheffe du gouvernement n’a pas tremblé. Entourée des ministres de l’Intérieur, des Droits humains, du Genre, et de la vice-ministre des Affaires étrangères, elle a promis «transparence totale» et «coopération pleine et entière». Un engagement qui sonne comme un défi dans un pays où l’impunité a longtemps été la règle.

«Lutter contre l’impunité, coûte que coûte»

Créée en février par la résolution S-37/1 du Conseil des droits de l’homme, la Commission a pour mandat de tout documenter: exécutions, viols utilisés comme arme de guerre, enrôlement d’enfants, attaques contre les déplacés et les réfugiés. Elle devra établir les faits, remonter aux origines et identifier les responsables. «Cette mission est un signal fort», a lancé Judith Suminwa. «Le temps du silence est terminé». Sur sa table, un dossier épais: témoignages de rescapées de Mweso, photos de villages calcinés près de Rutshuru, listes d’enfants disparus. La Première ministre a déjà instruit ses ministres: aucun obstacle ne sera toléré.

Carte blanche exigée par les enquêteurs

Les commissaires, eux, ne veulent pas d’une enquête au rabais. Ils ont mis leurs conditions sur la table: liberté totale de circulation sur tout le territoire, accès sans entrave aux prisons, aux camps de déplacés, aux hôpitaux, aux zones militaires. Ils exigent aussi de pouvoir interroger, confidentiellement, qui ils veulent : généraux, chefs coutumiers, ONG, victimes.

Judith Suminwa a acquiescé. «Le Gouvernement accordera toutes les facilités. Nous tenons à l’éclatement de toute la vérité et à la non-répétition de ces atrocités», a-t-elle assuré. Dans les couloirs, un conseiller souffle : «C’est la première fois qu’un exécutif congolais donne carte blanche aussi clairement».

L’ombre du M23 et de Kigali  

Cette commission n’est pas née de rien. En février, lors d’une session extraordinaire à Genève, le Conseil des droits de l’homme avait adopté à l’unanimité une résolution d’urgence. Le texte pointait du doigt les «graves violations» commises dans l’Est et exigeait deux choses: que le M23 «cesse immédiatement toutes actions hostiles et se retire des zones occupées», et que la Force de défense rwandaise «cesse de soutenir le M23 et se retire instamment du territoire de la RDC». Depuis, les rapports s’empilent. Exactions, massacres, violences sexuelles à grande échelle. Des femmes éventrées à Kishishe. Des enfants soldats à Kitshanga. Des familles entières décimées à Bambo.

Le pari de la vérité

En recevant la Commission, Judith Suminwa joue gros. Elle sait que les enquêteurs iront fouiller dans les zones contrôlées par les FARDC comme dans celles tenues par les groupes armés. Elle sait que des noms, congolais ou étrangers, pourraient tomber.

Mais pour la première femme à diriger le gouvernement congolais, l’équation est claire: pas de paix sans justice. «La RDC ne peut plus se permettre de regarder ailleurs», confie un proche. À Goma et Bukavu, où les mères enterrent encore leurs fils, on attend. La Commission a trois mois pour rendre ses premières conclusions. Trois mois pour dire si la promesse de Kinshasa était un discours, ou un tournant.

Natine K.

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