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«Empire Bussa» au nom du père, des frères et des fils

La longévité politique de Jean-Lucien Bussa, actuel ministre du Portefeuille, suscite aujourd’hui un flot de critiques. Nommé ministre du Plan en décembre 2016 sous Samy Badibanga, cet ancien cadre du MLC a traversé les régimes et les remaniements sans jamais quitter les couloirs du pouvoir. Deux présidents et cinq Premiers ministres plus tard, Bussa demeure en poste, ayant aussi exercé au Commerce extérieur avant de s’installer durablement au Portefeuille.

De 2016 à 2025, près de dix ans au gouvernement. Mais cette stabilité politique, saluée par certains comme le fruit de la compétence, est pour d’autres le résultat d’une stratégie d’ancrage familial et d’influence étendue sur les institutions publiques. À la veille de la formation du gouvernement Suminwa 2, des révélations sur un vaste réseau de népotisme viennent ternir l’image du ministre.

Un réseau familial tentaculaire

Une enquête publiée par Congoprofond.net dévoile l’emprise de ce que certains surnomment désormais “l’Empire Bussa”: un système familial solidement enraciné dans l’appareil étatique. Selon les informations révélées, pas moins de 14 membres du clan Bussa occuperaient des postes de premier plan au sein de l’appareil de l’État -une concentration de pouvoir qui donne l’image d’un «État dans l’État». Au Parlement et au gouvernement, l’influence familiale est manifeste: Jean-Lucien Bussa est ministre; son  fils, Landry Bussa, est député national, après avoir été désigné suppléant de son père.

Le frère Willy Mosubu Bussa siège au Sénat, où il a succédé au cousin Norbert Imana, servi au sein de la même chambre parlementaire durant la législature 2018-2023. D’autres membres du clan, comme l’autre fils, Gaël Bussa Obambule, ont également accédé à des fonctions politiques stratégiques de par la volonté du père. Gaël a été le suppléant de papa à la chambre basse du Parlement durant la mandature 2018-2023. 

Mainmise sur les finances du ministère

Échec électoral ou non, les membres de la famille trouvent toujours une place au sein du cabinet du ministre. Ainsi, Gaël, non réélu en 2023 après avoir été positionné candidat à Kinshasa, est désormais conseiller juridique auprès de son père. Plus frappant encore: quatre des enfants du ministre -Jordan, Mariam, Naomie et Jessica- sont tous membres du cabinet. Mariam est la secrétaire particulière de son père, tandis que Naomie gère les finances du ministère. Jessica, de son côté, occupe un poste stratégique à l’Office congolais de contrôle -OCC-, une des entreprises jadis sous tutelle du géniteur.

Le clan s’étend même au second cercle: Patience Bussa, Beber Bussa et Jean-Romain Bussa -ce dernier en tant que conseiller privé du ministre- complètent la liste.

Une dynastie politique contestée

Cette concentration familiale, dénoncée comme une “dynastie politique”, soulève des interrogations sur l’éthique, la gouvernance et la méritocratie dans les institutions publiques. Pour certains analystes, cette structure clanique compromet les réformes annoncées par le ministre lui-même. Un proche du dossier résume la situation d’un ton amer: «Un pays qui confie son économie à une seule famille est un pays qui se suicide».

Opaques “réformes audacieuses” et clientélisme rampant

Outre le népotisme, Jean-Lucien Bussa est également critiqué pour sa gestion jugée opaque des fameuses «réformes audacieuses», notamment la captation de 25 % des dividendes miniers par le ministère. Plusieurs parties prenantes appellent à des audits indépendants pour faire la lumière sur ces opérations.

Enfin, le ministre est accusé de favoriser ses proches et alliés dans les nominations des entreprises publiques, au mépris des critères de compétence et de transparence. Ce clientélisme systémique entre en contradiction flagrante avec les discours officiels du ministre, qui prône pourtant la rigueur et l’exemplarité.

Un mauvais exemple contraire aux principes éthiques appliqués à l’ONU 

Alors que le gouvernement appelle à l’engagement des jeunes, notamment dans les rangs de l’armée, la gestion interne de certaines institutions donne un contre-exemple inquiétant. Le cas Bussa révèle un système verrouillé où l’intérêt public semble relégué au second plan, au profit d’un réseau familial omniprésent. Une vilaine habitude qui contraste avec les principes éthiques appliqués à l’ONU, par exemple.

«Malheureusement, si vous avez une mère, un père, un frère, une sœur, une fille ou un fils travaillant aux Nations unies, vous ne pouvez pas être considéré pour un emploi à l’ONU» L’organisation, qui regroupe 193 Etats, a instauré cette interdiction de recruter un membre de la famille de l’un de ses fonctionnaires dès ses débuts en 1948. Une manière de lutter contre le népotisme, c’est-à-dire les passe-droits, courtes échelles et autres faveurs accordés à des proches.

«L’ONU doit veiller à ce que toutes les décisions de recrutement soient prises uniquement sur la base du mérite et des compétences et non de liens familiaux, avait expliqué une du service d’information des Nations unies à Genève. Cette règle existe en vertu d’un principe d’intégrité, d’indépendance et de neutralité». 

WIDAL

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