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Elections à la FECOFA: la Fifa manipule un PV fantôme, Zurich doit des comptes

Le scandale pue. Il éclabousse. Il tue. Le processus électoral à la FECOFA est mort-né. Tué par un usage de faux. Achevé par la triche. Avec un complice de taille: la FIFA.

Le mail assassin 

Tout bascule le 26 avril 2026. La boîte mail du président de la Commission électorale bipe. Expéditeur: Harraz Ahmed, cadre de la FIFA. En pièce jointe, le procès-verbal de l’Assemblée générale extraordinaire du 11 janvier 2025. Seulement voilà. Ce PV n’existe pas. Pas légalement. Car l’article 35 des statuts FECOFA ne souffre aucune interprétation: un PV doit être «vérifié par les membres désignés» puis «approuvé définitivement lors de l’Assemblée suivante». Or, depuis janvier 2025, aucune autre Assemblée générale ordinaire n’a été convoquée.

Résultat: zéro approbation, zéro valeur juridique. Pourtant, contre toute logique, ce PV fantôme est notarié. Mieux encore, il est publié au Journal officiel le 28 avril 2026. Soit sept jours après la clôture des candidatures, fixée au 21 avril. Dès lors, la manœuvre saute aux yeux. Changer les conditions d’éligibilité après la bataille. Écarter des candidats. Verrouiller le scrutin. 

28 avril: la bombe des trois présidents de ligues 

Face à ce coup de force, la riposte ne tarde pas. Le 28 avril 2026, trois poids lourds montent au créneau: Éldé Vakatsuraki Vayikerye du Nord-Kivu, Mulowe Rubi Toto de la Province Orientale et Georges Magambo Budundwa du Sud-Kivu. Tous présidents de ligues. Tous membres de l’Assemblée générale. Leur lettre est une déflagration.

D’entrée, ils plantent le décor:   «Monsieur le Président, nous avons l’honneur d’accuser réception de votre correspondance référencée CE/FECOFA/77/04/026 du 26 avril 2026, dont copie a été réservée aux membres de l’Assemblée générale de la FECOFA. En notre qualité des membres de ladite Assemblée, nous réagissons avec gravité et responsabilité face au prétendu procès-verbal de l’Assemblée générale extraordinaire du 11 janvier 2025, vous transmis par voie électronique par Monsieur Harraz Ahmed de la FIFA». 

Puis, ils pointent l’anomalie:  «En effet, il est profondément préoccupant de constater qu’un document relevant exclusivement de l’autorité de la FECOFA ait été communiqué par une instance extérieure trois jours après la date de clôture de dépôt des candidatures pour le comité exécutif de la FECOFA. Ce procédé constitue une ingérence manifeste dans le processus électoral de notre Fédération et révèle une fraude caractérisée».

Ensuite, ils démontent la supercherie: «Ce procès-verbal ne rapporte nullement les résolutions réellement adoptées lors de l’Assemblée du 11 janvier 2025. Il s’agit d’une fabrication destinée à servir des intérêts particuliers. La preuve en est que, depuis cette date, aucune Assemblée générale ordinaire n’a été convoquée pour approuver un quelconque procès-verbal, conformément aux prescrits de l’article 35 des Statuts de la FECOFA».

Pour que nul n’en ignore, ils martèlent:  «Que les choses soient claires. Lors de l’Assemblée générale extraordinaire, toutes les propositions d’amendement ont été rejetées en bloc; les membres estimant que le processus électoral étant déjà en cours, aucune disposition statutaire ne doit être revue. Les Statuts de la FECOFA n’ont jamais été modifiés depuis leur adoption en 2022. Les élections ont été organisées à partir de la base par ces mêmes statuts non modifiés. L’article 37 relatif aux critères d’éligibilité n’a jamais été amendé. Depuis la publication de ces critères existants, aucun membre n’a introduit une contestation jusqu’à la fin du dépôt des candidatures. Un procès-verbal, en dehors de son approbation régulière par l’Assemblée suivante, ne saurait constituer un instrument de référence pour les élections, lesquelles reposent exclusivement sur les Statuts et le Code électoral». 

Avant de lâcher la bombe: «Ce prétendu procès-verbal est une falsification grossière, montée de toutes pièces, qui engage la responsabilité pénale de ses auteurs pour usage de faux et usurpation d’identité». Enfin, ils posent leurs conditions:  «En conséquence, nous déclarons solennellement que: le seul texte statutaire en vigueur demeure celui adopté en 2022; les membres de l’Assemblée générale ne reconnaissent aucune des résolutions contenues dans ce faux document; nous exigeons l’ouverture immédiate d’une enquête interne afin d’identifier les responsables et de les traduire devant les instances disciplinaires de la FECOFA ainsi que, le cas échéant, devant le jury disciplinaire de la FIFA pour fraude et ingérence dans le processus électoral».

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Et les trois intraitables concluent sur une menace: «Monsieur le Président, cette dénonciation constitue une mise en demeure formelle: toute tentative de manipulation des statuts ou d’usurpation de l’autorité de l’Assemblée générale sera poursuivie avec la rigueur du droit et la sévérité des juridictions compétentes». 

9 mai: Mangenda enfonce le clou et accuse Zurich

Onze jours plus tard, un autre front s’ouvre. Le 9 mai 2026, Patrice Rainier Mangenda Suku Swa, candidat à l’élection du 20 mai, dégaine à son tour. Son mot d’ordre: «forfaiture». D’abord, il résume l’affaire en une phrase, expliquant que le processus électoral à la Fecofa prend l’eau. En cause: un mail. Et pas n’importe lequel. Un mail envoyé par Harraz Ahmed, cadre de la FIFA, au président de la Commission électorale, précédemment évoqué par les trois présidents de ligues. Son contenu? Un procès-verbal de l’Assemblée générale du 11 janvier 2025, jamais approuvé, mais déjà notarié et publié au Journal officiel. Encore et toujours ce PV à problème. Ensuite, il sort le calendrier. La clôture des candidatures: 21 avril 2026. Publication des nouveaux textes au Journal officiel: 28 avril 2026. Soit une semaine après. 

Du coup, il relève que ces textes modifient les conditions d’éligibilité. Problème: l’article 7 du code électoral de la FECOFA est clair. L’article 19 des statuts de la FIFA aussi: «les règles électorales ne peuvent être modifiées après la publication de l’appel à candidature, sauf force majeure validée par la FIFA». Mais aucune force majeure n’a été notifiée.

Par ailleurs, Mangenda revient sur le vice de procédure, rappelant l’article 35 des statuts Fecofa. Le PV d’une AG doit être «vérifié par les membres désignés» et «approuvé définitivement lors de l’Assemblée suivante». Celui du 11 janvier 2025 a sauté l’étape. Pas lu. Pas approuvé. Mais notarié. Et publié pour tenter de lui conférer un caractère opposable à tous. «Une irrégularité grave», tranche le candidat. La fraude corrompt tout. Surtout, il interroge.

Comme tout le monde doit et devrait le faire. Les questions qui fâchent. «Que faisait ce PV dans la boîte mail de Harraz Ahmed? À quel titre le transmet-il à la Commission électorale congolaise? À quel degré de responsabilité se situe Monsieur Harraz Ahmed dans notre processus électoral pour envoyer un document aussi sensible?», questionne  Mangenda. Pour finir, il somme la Commission de choisir son camp: La Commission électorale, elle, doit dire la vérité. Quels textes a-t-elle utilisés pour valider les candidatures? Ceux du 29 mars 2023, votés le 15 septembre 2022? Ou ceux du 28 avril 2026, sortis après la bataille? «Votre crédibilité en dépend», lance Mangenda. Il va sans dire s’agit de la crédibilité et de l’intégrité de tout le processus. 

Zurich dans le viseur

À ce stade, la Commission électorale joue sa peau. Si elle a examiné les dossiers sur la base de textes publiés après la clôture, alors le scrutin est nul. Illégal. À reprendre de zéro. Mais au-delà de Kinshasa, c’est Zurich qui doit trembler. Comment expliquer qu’un PV interne, non approuvé, se retrouve entre les mains d’un cadre FIFA qui le diffuse officiellement? Deux hypothèses seulement. Soit Harraz Ahmed, responsable des services de gouvernance de la FIFA, a agi seul, et c’est une faute professionnelle majeure.

Soit il a obéi à des ordres, et c’est la FIFA qui orchestre la fraude. Vraiment? Serait-on désormais prêt à badiner avec l’éthique jusqu’à ce niveau?  Dans un cas comme dans l’autre, Zurich doit des comptes. À la FECOFA. Au pays et à son Chef, Félix Tshisekedi, qui a le souci de développer le football national sur des nouvelles bases. Au football mondial. À Kinshasa, les temps sont mauvais. Un mail, un faux, une triche. Les élections sont mortes. L’honneur de la FIFA avec. Ça sent vraiment mauvais. 

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