
Rwampara. Province de l’Ituri. Pour la première fois en République Démocratique du Congo, un essai clinique vise à traiter les personnes avant qu’elles ne tombent malades. Dans des tentes installées à l’Hôpital Général de Référence de Rwampara, l’INRB, ALIMA ONG et Africa CDC testent une prophylaxie post-exposition contre le virus Ebola. Objectif: administrer un produit aux «contacts» dans les jours suivant l’exposition pour briser la chaîne de transmission. Baptisé EBOPEP, le protocole cible la souche Bundibugyo, qui n’a à ce jour aucun vaccin homologué.
Agir avant la fièvre
Dans le centre, l’ambiance est à la fois médicale et militaire. Tables de prélèvement, dossiers, gel hydroalcoolique, affiches du ministère de la Santé. Des agents en gilets EBOPEP accueillent les participants un à un. Le principe est inédit: au lieu d’attendre les symptômes, on traite dès l’identification du contact. À la tête du projet, le Dr Bobo Bazola, coordonnateur EBOPEP à l’INRB. «C’est un essai clinique de phase 3, double aveugle randomisé. Ni l’équipe médicale, ni les participants ne savent qui reçoit la molécule active ou le placebo. Nous évaluons l’efficacité d’un produit administré aux civils exposés», explique-t-il. Chaque contact est suivi pendant 42 jours: prises de sang au J1, J5, J10, J21 et appels quotidiens.
En cas de fièvre, évacuation immédiate vers le centre de traitement. «Chaque participant contribue à ce cadeau que la RDC va donner au monde, insiste le Dr Bazola. Demain, nous aurons probablement des médicaments capables de limiter et de contrôler les épidémies d’Ebola», poursuit Dr Bazola.
Bundibugyo: l’ennemi sans vaccin
L’urgence de Rwampara s’appelle Ebola Bundibugyo. Contrairement à la souche Zaire, elle ne dispose d’aucun vaccin homologué. Les campagnes de vaccination menées lors des épidémies précédentes ne fonctionnent donc pas ici. D’où l’intérêt d’EBOPEP. Plutôt que de vacciner, on donne un traitement préventif. Si ça marche, on pourra désamorcer une épidémie contact par contact.
Un trio technique en première ligne
Le projet est congolais et porté par l’INRB et ALIMA ONG, avec l’appui technique d’Africa CDC. L’INRB pilote la recherche et l’analyse des données. ALIMA ONG assure la prise en charge médicale, la logistique et le lien avec les communautés. Africa CDC coordonne l’expertise régionale et le plaidoyer. Sur place, le Dr YAP-BOUM II, Incident Manager d’Africa CDC, salue la mobilisation: «Ce que nous voyons ici, c’est l’adhésion volontaire des populations. C’est la condition de la réussite». Les équipes travaillent dans un «mini-hôpital»: zone de triage, espace de décontamination, salle de saisie des données.
La science pour éviter tout biais
Pour garantir la neutralité, la randomisation ne se fait pas à Rwampara. Les données des participants sont envoyées vers un serveur central qui attribue le traitement ou le placebo. «Ce n’est pas venu de l’équipe qui travaille au niveau du centre. La science a mis en place cet exercice pour éviter toute préférence», précise Dr Bazola. Cette rigueur est indispensable pour une validation future par l’OMS.
Couper la chaîne, une personne à la fois
L’enjeu est clair: si EBOPEP prouve son efficacité, la riposte contre Ebola change de nature. On ne court plus derrière l’épidémie. On la coupe à la source. Pour ALIMA ONG, l’enjeu est aussi humain. Des équipes font du porte-à-porte pour expliquer le protocole et lever les méfiances encore présentes en Ituri après les épidémies précédentes. Les résultats intermédiaires sont attendus dans les prochains mois. S’ils sont positifs, une demande d’usage d’urgence pourrait être déposée.
En attendant, à Rwampara, entre deux prélèvements et deux briefings, l’espoir est simple: que de ces tentes naisse le premier produit capable de stopper Ebola avant même qu’il ne se déclare.


