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Ebola: le ministre Kamba sur le gril, le député Lite brandit une menace qui vaut interpellation

C’est un réquisitoire. Et il est accablant. Lundi 19 octobre à l’Assemblée nationale, le député André Lite Asebea, élu de Wamba dans le Haut-Uélé, a brisé le silence sur ce que tout le Nord-Est murmure depuis des semaines: la riposte contre Ebola est en train d’être sabordée de l’intérieur, non par le virus, mais par la prédation. Face à ses collègues députés, l’élu a dressé un tableau noir de la 17e épidémie de la souche Bundibugyo qui ravage le pays. Selon les chiffres de la Task Force présidentielle qu’il a cités, le bilan est déjà effroyable: 9 415 cas, 4 536 morts, 8 provinces touchées. Mais le plus grave, insiste-t-il, est ailleurs. «Comment expliquer que pendant que les gens meurent chez eux à plus de 60%, que le suivi des contacts s’effondre à 24,9 % à Bunia alors qu’il devrait être à 95%, les hôpitaux manquent de tout?», a-t-il lancé, visiblement en colère. «Les soignants travaillent sans gants, sans masques, sans carburant pour aller investiguer les alertes. Nos morts sont enterrés sans dignité».

Pour André Lite, la réponse est simple et insoutenable: l’argent n’arrive pas sur le terrain. C’est le cœur de son accusation frontale. Le député affirme détenir des informations selon lesquelles des Organisations Non Gouvernementales, dûment financées par les bailleurs internationaux au nom de la lutte contre Ebola, «n’ont pas financé» les activités prévues dans leurs contrats ou ne l’ont fait que «partiellement».

«L’argent est encaissé à Kinshasa ou à Genève, mais il ne se retrouve jamais à Bunia, à Beni ou à Wamba. C’est un détournement par omission qui tue autant que le virus», a-t-il asséné sous les applaudissements d’une partie de l’hémicycle. Les conséquences, il les décrit avec précision. En Ituri, épicentre de l’épidémie qui concentre à elle seule 73% des cas, les équipes de surveillance ont cessé d’investiguer les alertes, faute de moyens. Au Nord-Kivu voisin, les équipes locales, abandonnées, «ne savent à quel saint se vouer». Résultat: la chaîne de transmission n’est jamais brisée.

«On nous parle de riposte, mais c’est une façade. C’est une gestion par communiqués de presse pendant que le peuple meurt», a encore dénoncé l’élu de Wamba.Face à ce qu’il qualifie de «scandale d’État», André Lite Asebea ne veut plus de rapports complaisants. Il entend demander des comptes à tout l’état-major de gestion de l’épidémie et brandit désormais la menace d’une interpellation formelle du ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, le Dr Roger Kamba, devant la représentation nationale. Dans son viseur également, les coordonnateurs nationaux de la riposte contre Ebola et les chefs de division provinciale de la Santé de l’Ituri et du Nord-Kivu, ainsi que les ONG impliquées. «Qu’on nous sorte les papiers!», a-t-il exigé. Il veut que soient mises sur la table les conventions de financement signées entre les bailleurs de fonds et les ONG, les rapports d’exécution financière détaillés, et surtout, qu’on établisse «l’écart béant entre les montants reçus et les montants réellement déboursés sur le terrain».

Pour le député national, il ne s’agit plus seulement de mauvaise gestion, mais d’une atteinte à la souveraineté nationale.

«On ne peut pas continuer à tendre la main à l’international au nom du peuple congolais qui souffre, et laisser cet argent être capté par un petit groupe d’individus sans foi ni loi. C’est une question de souveraineté sanitaire et de dignité nationale», a-t-il martelé en conclusion de son intervention. Ses recommandations sont à la hauteur de sa colère: l’audit général et indépendant de tous les fonds Ebola, la suspension immédiate d’agrément des ONG fautives, le gel de leurs avoirs et la saisine pure et simple de la justice. Un message clair envoyé à l’exécutif: l’heure de l’impunité est révolue.

Natine K.

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