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Dialogue inclusif: ultimes tractations

La République Démocratique du Congo se trouve à un tournant crucial. Le président Félix Tshisekedi a effectué une seconde visite en l’espace d’une semaine à Luanda, en Angola, pour s’entretenir avec son homologue João Lourenço, actuel président de l’Union Africaine. L’objectif: relancer les pourparlers de paix et dégager une solution pérenne à la crise persistante qui secoue l’Est du pays, selon les déclarations émanant de la Présidence de la République.

À l’issue de cette nouvelle rencontre, João Lourenço a publié une déclaration officielle dans laquelle il exprimait son inquiétude face à la dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République Démocratique du Congo. Cette déclaration témoigne d’une profonde préoccupation face aux conséquences d’une crise qui risque d’éroder les efforts diplomatiques menés dans le cadre des processus de Washington et de Doha. Ces derniers sont perçus comme les seules voies viables pour atténuer les tensions entre Kinshasa et Kigali et favoriser une entente entre ces deux nations.

Dans cet esprit de restaurer la paix, le président Lourenço a appelé à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, tout en insistant sur la nécessité de mettre un terme à toutes les hostilités. Il a exhorté les gouvernements congolais, rwandais ainsi que les groupes de l’AFC/M23 à respecter rigoureusement les accords signés auparavant, plaçant la résolution pacifique du conflit et la protection des droits des populations civiles au cœur de ses préoccupations. Il a également fait appel à la communauté internationale pour qu’elle se regroupe autour des initiatives en cours, dans le but de rétablir durablement la paix et la stabilité en République Démocratique du Congo. 

Du côté des observateurs, Christophe Rigaud, directeur du site d’information «Afrikarabia», semble avoir des éléments précis sur les coulisses de cette rencontre. Dans un tweet publié le même jour, il a déclaré: «Félix Tshisekedi de nouveau chez João Lourenço ce jeudi, 4 jours après une précédente rencontre. Le président congolais réactive la solution d’une médiation africaine… faute de mieux, avec une des dernières cartes politiques qu’il lui reste: le dialogue».

D’autres analyses corroborent les propos de Rigaud. Malgré l’accord de paix de Washington signé en juin dernier, le climat sur le terrain demeure extrêmement tendu. Les rebelles de l’AFC/M23 continuent de s’emparer de territoires clés, tandis que les discussions à Doha stagnent. Kinshasa refuse de partager le pouvoir avec cette rébellion, considérant que cela équivaudrait à une annexion de l’Est congolais par le Rwanda.

Une récente revue de presse diffusée par RFI a mis en évidence que l’évaluation du Baromètre des accords de paix en Afrique, révélée par le site congolais Actualité.cd, témoigne d’une dynamique en déclin. Les tensions entre Kinshasa et Kigali, persistantes, demeurent un sujet de vif accrochage, chaque partie s’accusant mutuellement de ne pas respecter ses engagements, tandis que les initiatives lancées à Doha semblent connaissant un ralentissement significatif.

Les mesures déjà convenues, telles que le cessez-le-feu ou l’accord-cadre, peinent à être mises en œuvre. Les enjeux de pouvoir se révèlent particulièrement délicats. Le projet de partage du pouvoir proposé par l’AFC-M23, qui envisage un «projet fédéraliste», est catégoriquement rejeté par Kinshasa, qui y voit une menace d’annexion du territoire congolais par le Rwanda. Félix Tshisekedi s’accroche fermement à la résolution 2773 des Nations Unies, qui exige le retrait des troupes rwandaises. Cependant, fort de ses succès militaires, la rébellion maintient son emprise sur des zones stratégiques, rendant les efforts de Kinshasa d’autant plus complexes.

Dans un climat empreint de méfiance, les parties s’efforcent de jongler entre diplomatie et rapports de force. Jeune Afrique indique que, malgré les initiatives visant à instaurer des mesures de confiance, comme l’échange de prisonniers, le dialogue stagne, souvent entravé par des accusations de mauvaise foi de chaque côté. Face à cette impasse, l’idée d’un retour à une médiation africaine en vue d’un dialogue inclusif semble gagner en légitimité. Luanda, sous l’impulsion de João Lourenço, a proposé de revitaliser le projet de dialogue inclusif. Anciennement suggérés par la SADC, de tels pourparlers sont également mentionnés dans les documents de Washington ainsi que dans le processus de Doha, selon plusieurs acteurs de l’Opposition contactés jeudi, favorables au scénario qui tend à se dessiner à Luanda. 

Ainsi, l’option d’une médiation africaine commence à séduire, avec des sources indiquant une volonté de réactiver les propositions d’un dialogue politique inclusif prônées par la SADC, l’accord de Washington et le processus de Doha. Un tel cadre pourrait offrir un socle pour des négociations vitales, toutes les parties semblant prêtes à envisager cette approche. Pour bâtir une issue durable aux crises qui affligent la région, le dialogue inclusif pourrait bien remplacer les tentatives infructueuses de solutions unilatérales. Si l’Angola, sous l’égide de Lourenço, prenait en main pareilles discussions, cela pourrait représenter un tournant stratégique essentiel, permettant à la République Démocratique du Congo d’envisager un avenir moins chaotique, malgré l’immensité des défis à relever. Les ultimes tractations sont entamées, mais la route, on le sait, promet d’être semée d’embûches.

Natine K.

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