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Dialogue inclusif: l’appel pressant de Katumbi

«Le pays traverse une crise sans précédent», c’est ainsi que l’opposant Moïse Katumbi a dressé un constat alarmant depuis son exil. Dans un entretien accordé à Jean-Pierre Bodjoko, le chef de file de l’opposition institutionnelle a évoqué une situation critique, marquée par des conflits dans l’Est et l’activisme des Mobondo dans l’Ouest. À cette crise sécuritaire s’ajoute un fléau d’inondations touchant plusieurs villes, dont Kinshasa. «La sécurité a totalement disparu. Les grandes villes sont également touchées par l’insécurité, engendrant des pertes humaines. L’État a vacillé, et la population se retrouve abandonnée», a-t-il témoigné.

Face à ce constat désolant, Katumbi a appelé à un dialogue comme seule solution viable. «Chaque jour, nous déplorons la perte de nos frères et sœurs. Il est impératif d’ouvrir les yeux, de réfléchir et de prendre le courage nécessaire pour mettre un terme à cette situation. La seule issue passe par un dialogue inclusif», a-t-il déclaré, peu avant la signature à Washington d’un accord de paix entre la RD-Congo et le Rwanda.

Cependant, pour Katumbi, cette avancée, obtenue grâce à la médiation du président Trump, ne suffit pas à restaurer la paix ni à résoudre les «problèmes internes, qui sont plus graves». «L’accord de Washington doit impérativement être accompagné d’un dialogue inclusif pour rassurer également les investisseurs», a-t-il insisté.

Il s’est fermement opposé aux «anciens rebelles en poste au pouvoir» qui refusent de s’engager dans un dialogue. Au-delà de la quête d’une paix durable, Katumbi avance que ce dialogue pourrait permettre de réaliser d’importantes économies et, surtout, de sauver des vies. Le modèle qu’il défend repose sur l’initiative conjointe des églises catholique et protestante, déjà proposée au président Tshisekedi. Pour y parvenir, il a appelé à l’engagement actif de la communauté internationale.

Cet appel urgent de l’opposant survient à un moment où la situation semble critique. «Nous devons nous rassembler autour d’une même table. Ne nous trompons pas», a-t-il averti, rappelant un passé récent du pays, qui, déchiré au début des années 2000, avait trouvé un chemin vers la paix grâce au «dialogue inclusif» de Sun-City en Afrique du Sud.

Ce dialogue, selon Katumbi, ne doit pas devenir une tribune pour des négociations autour de la répartition des postes au sein du gouvernement. «Nous avons une constitution à respecter. Le président a été élu pour un mandat de cinq ans, malgré les élections tumultueuses. Je pourrais être le premier à revendiquer des manifestations pour défendre le mandat du président Tshisekedi, mais je suis un légaliste, un fervent démocrate, et je sais que cinq ans passent vite», a-t-il expliqué.

Ne pas toucher à la Constitution

Pour Katumbi, l’idée que le dialogue pourrait être un prétexte pour mettre fin au mandat de Tshisekedi est un «faux débat», appelant le président à prendre ses responsabilités et à convoquer ce dialogue. Dans un autre registre, Katumbi a mis en garde contre toute tentative de modification de la Constitution en ce moment. «Nous avons une Constitution solide. Vous accomplissez votre mandat, qu’il soit de 5 ou 10 ans, puis vous partez», a-t-il martelé. Il aspire à voir la RD-Congo compter deux anciens présidents d’ici 2028.

«Ceux qui cherchent à changer notre Constitution seront des ennemis du peuple congolais. Ils seront responsables de la balkanisation de notre pays», a-t-il averti, soulignant que les priorités nationales demeurent la paix, l’emploi, les infrastructures et les soins de santé. Dans ce contexte, il estime inconcevable de songer à modifier une Constitution adoptée par 85 % de la population par voie référendaire. «Nous nous opposerons, comme nous l’avons fait ensemble à l’époque avec le président de la République qui défendait la même Constitution», s’est-il remémoré, surprenant de voir Tshisekedi envisager un changement de cap.

Pour conclure, il a lancé un appel au patriotisme pour que la RD-Congo triomphe. Cet amour pour la nation, selon lui, contribuera au retour de la paix et à la reconnaissance des droits d’un peuple qui souffre et se sent abandonné.

WIDAL

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