
Il ne s’agit pas d’un hasard de calendrier. Mardi 14 avril 2026, Denis Kadima Kazadi, a fait le déplacement de l’Assemblée nationale pour le dépôt officiel du rapport 2024-2025 de la Commission électorale nationale indépendante -CENI. Entre le 4 et le 8 mai, il a pris part à Rome à une mission d’apprentissage entre pairs sur les défis électoraux du futur. Lundi 25 mai, il a attiré sur lui les projecteurs de l’actualité, reprenant la parole publique après plusieurs mois de silence, à la faveur de la projection du film institutionnel sur «le centre électoral Bosolo, la vérité des urnes à visage découvert».
Ce film documentaire retrace le déroulement du processus électoral de 2023 en le comparant aux processus précédents, tout en mettant en avant les innovations apportées par l’administration Kadima.
Mercredi 27 mai, soit 48 heures après, le président de la CENI est réapparu en pleine lumière en présentant le rapport annuel de son institution devant l’Assemblée nationale. Même jour, même hémicycle, la majorité faisait déclarer recevable la proposition de loi sur le référendum, pendant que l’opposition quittait la salle en signe de protestation et de désaccord. Denis Kadima a donc signé son grand retour. Sur le fond, le président de la CENI a aligné les sujets qui fâchent: scrutins locaux annulés faute de financement, budget 2025 amputé de 46 %, entrepôts pillés dans l’Est, matériel électoral détruit. Il a aussi déroulé la feuille de route pour 2028: vote des Congolais de l’étranger, cadre pour les déplacés, biométrie renforcée, candidatures en ligne, et surtout un appel à un financement régulier et anticipé. Message clé aux députés: «Préparer les prochaines élections ne consiste pas uniquement à fixer une date». C’est la mise en scène qui fait parler. Kadima revient au moment où le débat constitutionnel entre dans sa phase la plus sensible.
La proposition de loi Ngondankoy, qui centralise la convocation du référendum entre les mains du président, venait d’être validée en commission et déclarée recevable par la plénière. L’opposition dénonce un passage en force. La CENI, elle, s’installe dans le rôle du partenaire technique qui aligne ses besoins budgétaires et ses réformes sur le calendrier politique. Le timing interroge. «Ce n’est pas par hasard. La machine semble bien huilée. Les prochains jours, Kadima pourrait être encore très actif sur la scène, question de réhabituer son visage à l’opinion. Il devrait avoir un rôle à jouer avec le coup en cours de préparation côté Majorité Union sacrée et les moyens financiers pourraient suivre», analyse un acteur de la société civile.
Ce retour ravive les critiques qui avaient suivi les élections de 2023, les plus longues de l’histoire du pays selon l’Église catholique et l’opposition, marquées par des accusations de circulation des machines à voter et des invalidations massives ensuite levées par le parquet. À l’époque, la CENI avait été accusée de coller au pas du pouvoir. Aujourd’hui, la concomitance entre la présentation du rapport et l’avancée du projet de référendum nourrit la même lecture : une institution électorale qui parle le même langage que la majorité quand il s’agit de fixer les règles du jeu. Reste la question politique. La CENI est constitutionnellement indépendante. Mais en choisissant ce moment pour alerter sur ses carences et demander à être intégrée au collectif budgétaire, elle s’inscrit objectivement dans le tempo de la majorité. Pas illégal. Pas anodin non plus.
