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Découpage: des patates chaudes attendent Minaku

Aubin-Minaku
Ce matin au Palais du peuple, bien avant la plénière fatidique consacrée à l’adoption de la loi fixant les limites des provinces et de la ville de Kinshasa, le speaker est obligé d’imposer un consensus entre les pro-Lodja et les pro-Lusambo au Sankuru, et sauver le statut de chef-lieu de Kolwezi, objet d’une grande dispute entre les frères Katangais  
Plus difficile que la Loi électorale? Plus périlleuse que la très redoutée révision constitutionnelle? Plus ardue qu’une avancée dans le processus de désignation du porte-parole de l’Opposition? Faire passer la loi organique fixant les limites des provinces et de la ville de Kinshasa en examen à la chambre basse. Amener ses collègues députés nationaux, toutes tendances confondues, à adopter sans passion, sans remords et sans sentiment d’avoir été floués ou d’avoir triomphé sur d’autres, jugés trop jaloux ou trop gourmands.
Aubin Minaku s’est rendu à l’évidence jeudi 8 janvier que la plénière de la chambre basse avait presque voté tous les articles, sauf deux ou trois relatifs à l’option à lever quant à la désignation du chef-lieu de la future province du Sankuru. Un point sur lequel ne veulent céder les pro-Lodja, farouchement opposés aux pro-Lusambo, pressentis favoris, conformément au projet en discussion au Palais du peuple. Une fournaise pour Minaku, contraint d’accorder les violons entre les deux camps ce matin, à 8h30’. Une heure plus tard, le speaker sera tenu de régler la chaude question de Kolwezi, à la base d’une effroyable guerre entre les frères Katangais.
L’affaire Kolwezi rebondit après avoir été traitée et bouclée à l’issue des débats houleux en commission. Minaku va rencontrer les Katangais réfractaires au rattachement de cette riche partie du pays à la province de Lualaba, favorables à son saucissonnage entre les provinces de Lualaba, Haut-Katanga et Tanganyika. La mission du président de la chambre basse est de rappeler à des sentiments plus raisonnables les auteurs de cette thèse déjà battue en brèches en commission. Comme dans un film d’horreur, le pire était encore possible après l’heureux dénouement qui devait inscrire le mot «fin». Presqu’à bout de nerfs, le speaker, dans le rôle d’acteur principal, doit éviter de se faire tordre le bras. 
Jeudi 8 janvier, Aubin Minaku a dû jouer à la sagesse en suspendant la plénière pour rencontrer les délégués du Katanga et du Sankuru en vue de trouver un consensus avant de procéder au vote définitif du projet de loi organique fixant les limites des provinces et de la ville de Kinshasa. Plusieurs articles ont été votés moyennant amendements pendant que deux ou trois ont été suspendus en attendant la rencontre entre les députés des provinces concernés. Notamment la province du Katanga pour le cas Kolwezi et Sankuru au sujet de Lusambo et Lodja.
A l’article 17 du projet en discussion, il est stipulé que la province du Lualaba a pour chef-lieu Kolwezi. Cette disposition a provoqué un d ébat fou quand on sait que selon la loi, ce sont des anciens districts qui sont érigés en nouvelles provinces. Une question principale fuse au Katanga: pourquoi Kolwezi est-il rattaché au Lualaba pour l’enrichir et appauvrir ses voisins? Certains pensent que Kolwezi devra être partagé entre trois ou quatre provinces. La Commission mixte a beau défendre sa position, mais avec habilité, pour ne pas choquer les sensibilités, cet article a été mis en réserve en attendant que le président de l’Assemblée nationale puisse réunir autour de lui ce vendredi les délégués de la province actuelle du Katanga pour un difficile compromis à 9h30’.
Pour sa part, l’article 23 précise, entre autres, que la province du Sankuru a pour chef-lieu Lusambo. Un choix qui fâche certains élus natifs du Sankuru favorables à Lodja comme chef-lieu. Pour rapprocher tout le monde, un consensus est nécessaire à l’issue de la réunion prévue une heure plus tôt entre Minaku et les huit députés de Sankuru. Deux rencontres qui conditionnent la tenue de la plénière programmée aux environs de 11 heures et destinée à l’adoption des articles litigieux avant l’examen de l’exposé de motif et le vote de l’ensemble du projet de loi.
Un autre débat a eu lieu concernant les limites du Nord et Sud-Kivu. Les élus du Nord-Kivu ont laissé entendre que toutes les eaux du Lac Kivu appartiennent à la province du Sud-Kivu et que le Nord-Kivu veut récupérer une partie de ces eaux. D’où leur proposition de revoir les limites entre ses deux provinces. Sur cette question, le président de la chambre basse a promis de faire une recommandation au gouvernement central après le vote dudit projet afin dans les trois mois qui suivent, ces limites soient revues pour permettre au Nord-Kivu d’avoir une partie lacustre.
Un autre débat a opposé les défenseurs de Tshikapa à ceux de Luebo dans la bataille pour la désignation du chef-lieu de la province du Kasaï, mais la commission a convaincu la plénière à voter en faveur de Tshikapa.
L’exposé de motif note que la constitution du 18 février 2006, telle que modifiée et complétée par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011, opère une profonde réforme de l’organisation politique, administrative et territoriale de la République Démocratique du Congo. Cette réforme porte notamment sur un nouveau découpage du territoire national, dont le nombre des provinces passe de dix à vingt-cinq, plus la ville de Kinshasa, qui a statut de province.
Comme la RD-Congo est pays un post-conflit, les nouvelles provinces doivent  apprendre à jouir de la libre administration et de l’autonomie de gestion de leurs ressources. C’est ainsi que pour des raisons de sécurité, d’intégrité nationale, de stabilité des institutions provinciales et de paix sociale, le législateur est appelé, d’une part, à déterminer à la fois leurs limites et chefs-lieux par un texte revêtu de la même autorité afin d’éviter des conflits communautaires ou tribaux de nature à retarder l’installation effective de ces provinces et d’autres part, prévoir les conditions de délocalisation des chefs-lieux en cas de nécessité.
Au vu des interventions des uns et des autres qui tiennent à tirer le drap de leur côté, Minaku est jeté dans une fournaise où il tente de sortir sans être consumé. D’où sa stratégie de ramener les concernés à la table de dialogue pour trouver un compromis.
Octave MUKENDI  

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