
C’est incontestable. Jean-Pierre Bemba, éminent membre du présidium de l’Union sacrée, a semé les doutes dans les rangs après sa sortie, mercredi 4 décembre sur Top Congo, fermant la porte à tout changement de la Constitution. «Ce qui est autorisé et prévu, c’est la révision», a tranché le chairman du Mouvement de libération du Congo -MLC. Un discours aligné sur la position de plusieurs scientifiques dont le professeur Bob Kabamba, un des rédacteurs de la Loi fondamentale de la RD-Congo, pour qui tout changement de la Constitution s’apparente carrément à un «coup d’État».
Avec cette prestation, Bemba a surtout pris à contrepied le président de la République Félix Tshisekedi, au point de faire bondir des caciques de l’Union sacrée de la nation, convaincus que le VPM en charge des Transports a violé la discipline du groupe avec une déclaration qui sonne comme un manque de loyauté au Chef de l’État, haute autorité politique de l’Union sacrée. S’il était soldat, il passerait par les armes. Il serait fusillé. Les médias tueurs ont englouti le chairman. Face à cette noyade en direct, devant caméras et micros, qui d’autre, quoi d’autre pour organiser le secours, le repêchage, si ce n’est pas son propre parti?
Jeudi, l’opinion a assisté à un virage à 360 degrés via un communiqué à l’opposé de la déclaration de la veille, portée par le fidèle des fidèles, Babala Wandu, le compagnon de La Haye placé aux commandes de la Sakima, considérée comme l’une des plus juteuses. C’est donc Babala qui tente de sauver le patron d’une noyade. Pourtant dans l’opinion, le mal a déjà été fait! Si la première impression n’est pas forcément la bonne, elle est incontestablement la plus puissante. Pression interne dans l’Union sacrée ou malentendu dans la sortie de Bemba? Difficile de déterminer clairement la nature de la déconvenue de ce quatrième membre du présidium à s’exprimer autour du sujet. Le risque de se faire broyer par le rouleau compresseur, la machine à diaboliser de la 10e Rue est certain.
Avant Bemba, Sama Lukonde, Christophe Mboso et Augustin Kabuya avaient pris le soin de «daccoriser» avec la démarche du président, tant pour une révision que pour un changement. Augustin Kabuya, chef du parti présidentiel, a carrément opté pour un changement de Constitution, une démarche qui devrait remettre les compteurs à zéro et permettre à Félix Tshisekedi de briguer un autre mandat après ses deux baux au palais présidentiel.
Le communiqué signé par Fidèle Babala apparait comme une véritable «bouée de sauvetage» pour le chairman en péril. Le Secrétaire général du MLC, contrairement à son leader, a affiché le soutien du parti à l’initiative du Président de la République «visant la révision/le changement de la Constitution de la République Démocratique du Congo». En mentionnant les deux concepts, Babala a contredit Bemba, mais dans un noble objectif, celui de le sauver de la fougue «udpsienne». «Qui a parlé de changement? Là maintenant, on parle de la révision», a dit l’ancien vice-président de la République. Même quand il a été repris par le journaliste Christian Lusakweno sur la position d’Augustin Kabuya qui bat déjà campagne pour un changement, Bemba n’a pas bronché. «Vous lui poserez la question», a-t-il répondu.
Dans son communiqué volte-face, le MLC a présenté l’initiative de Félix Tshisekedi comme «porteuse d’une transformation institutionnelle profonde», s’inscrivant dans une large «volonté de construire un État de droit fort et capable de répondre aux aspirations légitimes de la population RD-congolaise». Suffisant pour calmer les velleités de Limete? Pas sûr!
Bemba toujours Union sacrée mais pas toujours tendre envers ses compairs du présidium
En apportant cette précision, Babala a tout de suite invité les militants du MLC cette démarche qui, selon lui, permettra de construire un «avenir meilleur» pour la RD-Congo. Parti membre de l’Union sacrée depuis sa genèse, le MLC ne compte pas s’en soustraire. Au contraire, son leader a dit «assumer pleinement» le bilan du Président. Tout en refusant de revenir sur le passé, Bemba n’a pas cependant caché sa frustration devant les récents dispatchings dans les institutions. «Tout le monde n’a pas joué franc jeu. Comme dans toute famille, il peut y avoir des tiraillements. On ne peut pas tous être présidents de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Nous espérons que le travail va se faire», a-t-il avancé.
Bemba, qui a avoué ne pas toujours être tendre avec les membres du présidium, a rassuré être prêt à tout pour faire subsister cette grande majorité autour du président de la République, malgré les divergences.
DL


