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Une coopérative minière fantôme terrorise le Masisi

Dans l’ombre de COOPERAMMA, apparait une entreprise étrangère immatriculée dans des paradis fiscaux, CDMC, qui a ouvert des comptoirs d’achat des minerais et une usine de traitement des minerais achetés auprès des creuseurs affiliés à la coopérative… Un cas avéré de recel, orchestré par deux sujets étrangers à la tête de CDMC, les sieurs John Crawley, un Américain d’origine britannique, et Christoph Huber, un Suisse domicilié à Cape Town en Afrique du Sud!
 
Lundi 22 mai 2018, une séance de conciliation a réuni autour du ministre des Mines Martin Kabwelulu, les responsables de la Société minière de Bisunzu -SMB SARL- et de la Coopérative des exploitants artisanaux miniers de Masisi-COOPERAMMA. Cette rencontre faisait suite à une demande expresse de la Société civile du Nord-Kivu auprès du ministre des Mines, consécutive à l’aggravation du conflit opposant ces deux unités de production, et qui a déjà entrainé mort d’hommes et serait susceptible de dégénérer en conflit communautaire.
Le différend entre SMB et COOPERAMMA est illustratif des pratiques maffieuses et d’exploitation illégale des matières précieuses dans la partie Est du pays. La SMB est une entreprise minière de droit congolais, détentrice d’un permis d’exploitation minière sur le site de Bisunzu, dans la chefferie de Baunde, territoire de Masisi, province du Nord-Kivu. Placée sous la conduite de son directeur général Ben Mwangachuchu, elle s’adonne à l’exploitation et à l’exportation des minerais précieux comme le colombo-tantalite, le wolframite et la cassitérite dans son carré minier de Bisunzu. Face aux pressions incessantes des populations riveraines du site de Bisunzu, la SMB a accepté en son temps que les creuseurs artisanaux travaillent à leur propre compte sur sa concession, moyennant certaines obligations, notamment la vente de leurs minerais en exclusivité à SMB, la soumission aux mesures de sécurité dans l’exercice de leur travail ainsi qu’aux lois et règlements en vigueur sur la traçabilité des minerais d’extraction artisanale.
Un grand-frère du ministre, un député provincial et deux étrangers
C’est alors qu’est apparue dans les mois qui ont suivi la COOPERAMMA, officiellement une coopérative des creuseurs artisanaux, mais qui serait en réalité une sorte de conglomérat regroupant outre des creuseurs de profession, des militaires en activité, des officiers, dont deux Généraux, des autorités locales et d’autres opérateurs politiques. A titre d’exemple, cette coopérative est dirigée par le député provincial du Nord-Kivu, un nommé Seninga. Et contrairement à la loi minière en vigueur en RD-Congo qui organise des zones exclusives réservées aux creuseurs artisanaux, COOPERAMMA a investi de force le site de Bisunzu, pourtant couvert par un permis d’exploitation industrielle délivré par l’Etat RD-congolais.
Dans l’ombre de COOPERAMMA, s’est signalée une entreprise étrangère immatriculée dans des paradis fiscaux, connue sous le nom de CDMC, qui a ouvert des comptoirs d’achat des minerais et une usine de traitement des minerais achetés auprès des creuseurs de COOPERAMMA travaillant eux-mêmes pourtant sur le site de SMB. Un cas avéré de recel, selon certaines sources judiciaires, orchestré par deux sujets étrangers à la tête de CDMC, les sieurs John Crawley, un Américain d’origine britannique, et Christoph Huber, un Suisse domicilié à Cape Town en Afrique du Sud.
Ras-le-bol de la Société civile du Nord-Kivu 
Curieusement, la CDMC a une double appellation, notamment Star Dragon à l’occasion. Cette nébuleuse était déjà connue dans la partie Est du pays, pour avoir ouvert des comptoirs d’achat des minerais dans l’ex-Katanga, à Goma et à Bukavu, alors que son rayon d’action en tant que comptoir d’achat se limitait à la province du Maniema, où elle aurait été en contrat avec l’entreprise minière SAKIMA. Parmi ses actionnaires identifiés, deux sujets RD-congolais, dont Serge Mulumba, son actuel DG, et Denis Mukalay Matondo, qui se prétend grand-frère de l’actuel ministre des Mines et qui détiendrait 25% des actions de CDMC. Dans sa correspondance au ministre Kabwelulu, la Société civile du Nord-Kivu demandait la résolution rapide de ce différend qui risquait de dégénérer en conflit communautaire. Pour preuves, des sociétaires de COOPERAMMA se seraient organisés en milices armées et des cas de mort d’hommes enregistrés dans cette affaire. La Société civile du Nord-Kivu reproche à COOPERAMMA notamment le non-respect de la procédure de traçabilité pour avoir introduit dans la chaîne d’approvisionnement des personnes non-reconnues par le manuel des procédures, l’entretien d’un climat de confusion dans ses droits miniers, la favorisation de la fraude massive des minerais, la violation des droits humains, dont l’assassinat d’une dame dans la nuit du 6 au 7 juillet 2016.
Dans une autre lettre adressée au ministre Kabwelulu en date du 24 mars 2018, la SMB protestait par ailleurs contre l’exportation illégale par CDMC de 75.000 tonnes de minerais sous couvert de Star Dragon, alors que ce colis faisait l’objet d’une saisie par le Parquet de Goma, suite à une plainte de SMB, encore en instruction auprès de cette juridiction.
SMB, détentrice légale de la concession de Bisunzu, qui a dû momentanément suspendre ses activités sur le site, demande à l’Etat RD-congolais de décanter une situation créée de toutes pièces par des intérêts maffieux, surtout que la concession minière de Bisunzu est le plus important site minier du territoire de Masisi et fait vivre des milliers des creuseurs artisanaux dans cette contrée.

Tino MABADA

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