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Constitution et Dan Gertler: Trump pris à partie par des congressistes démocrates

À 11 semaines des élections de mi-mandat, la Maison Blanche est prise à partie. Dans une lettre rendue publique lundi, 50 élus démocrates accusent l’administration Trump de «brader l’éthique et les droits humains» contre du cobalt congolais dans l’«Accord de Partenariat Stratégique» signé avec Kinshasa il y a un an. Destinataires du courrier: l’ambassadeur au Commerce Jamieson Greer, le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et le secrétaire au Trésor Scott Bessent. Objectif affiché: obtenir des réponses avant le vote du 3 novembre.

Washington veut réécrire la Constitution congolaise pour ses entreprises

Le point le plus sensible de la lettre porte sur la souveraineté. Les congressistes dénoncent noir sur blanc un accord qui «appelle à des changements profonds de la constitution congolaise et accorde aux entreprises américaines un droit de première offre sur les concessions minières». «En clair: Washington demanderait à Kinshasa de modifier sa Loi fondamentale pour verrouiller l’accès des groupes US aux gisements. Une ingérence directe dans un débat exclusivement congolais», explique un diplomate africain en poste à Kinshasa. Pour les élus démocrates donc, il ne s’agit plus de diplomatie économique mais d’un chantage institutionnel. «Cet accord ouvre la voie aux compagnies minières étrangères pour extraire les richesses minières de la RDC en pleine violence de conflit», écrivent-ils.

Et ce, «alors même que les violences de masse et les violations des droits humains se poursuivent» dans l’Est du pays. La démarche heurte d’autant plus que le Congrès US lui-même rappelle que la Constitution congolaise est un sujet qui ne regarde que les Congolais. Or l’administration Trump est accusée de s’en servir comme variable d’ajustement pour sécuriser du cobalt à bas coût face à la Chine. Une première demande d’information envoyée en août 2025 par plus de 50 membres de la Chambre à Marco Rubio sur le même sujet était «restée sans réponse». L’Administration Trump est-elle embarrassée? 

Paramilitaires et levée des sanctions Gertler: les zones d’ombre

Deux autres accusations alourdissent le dossier à l’approche des midterms. Premièrement, les élus disent détenir des informations selon lesquelles Washington aurait «contribué à financer une force paramilitaire pour garder les opérations minières en RDC». Ils exigent des explications: comment l’administration compte-t-elle s’assurer que cette force respecte «les droits humains et n’interfère pas avec l’exercice des droits du travail internationalement reconnus»?

Deuxième point: la possible levée des sanctions Magnitsky contre l’homme d’affaires israélien Dan Gertler «afin de faciliter un accord sur le cobalt». Gertler, proche de l’ancien président Joseph Kabila, a été sanctionné pour corruption massive dans le secteur minier en République Démocratique du Congo. Une décision d’un tribunal israélien sur ce dossier de corruption a suscité une vive polémique dans les milieux de la Société civile à Kinshasa et à Lubumbashi. Le levier selon la lecture des démocrates est sans équivoque: lever les sanctions d’un «homme sulfureux» pour débloquer du minerai. «Il est cruel et inacceptable», tranchent les signataires.

L’aide humanitaire transformée en monnaie d’échange

La lettre élargit la charge. Elle accuse également l’Administration d’utiliser l’aide au développement comme arme de négociation commerciale. Exemple cité: la Zambie. Le Département d’État aurait «menacé de retenir les médicaments contre le VIH et d’autres aides vitales» pour pousser Lusaka à signer un accord sur les minéraux critiques. Pour les démocrates, cette méthode détruit 20 ans de politique étrangère américaine en Afrique. Elle transforme les programmes de santé et d’urgence en outils de pression pour le profit des entreprises US.

«Battre la Chine» sans garde-fous

Le fond du débat est géostratégique. Depuis un an, la Maison Blanche présente l’accord avec Kinshasa comme la réponse américaine à la domination chinoise sur les minerais critiques. Le cobalt congolais est indispensable aux batteries, à l’IA et à la défense. Mais les élus démocrates retournent l’argument. «Sans exigences de traçabilité et de respect des droits du travail, nous renforçons par inadvertance la domination de la Chine», argumentent-ils. Leur logique: en fermant les yeux sur les abus, les États-Unis perdent le «soft power» et la crédibilité morale qui les différencient de Pékin.

Ils réclament donc un changement de doctrine: que Washington «soutienne les efforts de nos partenaires africains pour construire des économies diversifiées et des chaînes de valeur locales», au lieu de les cantonner à l’export de minerais bruts.

Un missile politique à 11 semaines du vote

Le timing n’est pas anodin. Avec 218 sièges républicains contre 212 démocrates et 4 vacants, la Chambre est la plus serrée depuis des décennies. Il suffit de 3 défections pour perdre la majorité. Selon les analyses, les 54 signataires veulent faire de la République Démocratique du Congo le cas d’école des «dérives» de la politique étrangère de Trump. L’accusation de «bradage de l’éthique» est calibrée pour mobiliser l’électorat progressiste et les indépendants sensibles aux droits humains. En attaquant sur la Constitution, sur Gertler et sur les paramilitaires, ils donnent des munitions aux candidats démocrates dans les 42 circonscriptions «battleground» identifiées par Ballotpedia. 22 sont tenues par des démocrates.

Si l’administration répond mal ou tarde, le dossier risque de s’inviter dans chaque débat local jusqu’en novembre. A Kinshasa, la question de la révision constitutionnelle est déjà explosive en interne. L’accusation d’ingérence US risque d’alimenter le débat et de compliquer la position du pouvoir.  Pendant ce temps, Washington multiplie les offensives minières sur le continent. De la République Démocratique du Congo à la Zambie en passant par la Namibie, l’objectif est le même: sécuriser des chaînes d’approvisionnement hors de Chine. Mais cette correspondance, le Congrès rappelle que le prix à payer pourrait être celui des valeurs que les États-Unis disent défendre.

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