
Où est passé Jacques Kyabula Katwe, gouverneur du Haut-Katanga? Depuis le 10 juillet, l’homme est introuvable, suscitant une vague d’interrogations dans les cercles politiques et sécuritaires. Sa disparition intervient après une convocation officielle émise par le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, à laquelle il ne s’est pas présenté. En coulisses, certains parlent d’une fuite savamment orchestrée depuis la localité frontalière de Kilelabalanda.
Une convocation ignorée
Le 8 juillet, Jacques Kyabula est convoqué à Kinshasa pour s’expliquer sur des propos jugés ambigus tenus lors d’un meeting de l’Union sacrée, le 30 juin à Lubumbashi. Le gouverneur du Haut-Katanga y avait déclaré que Joseph Kabila, ancien président de la République, et Corneille Nangaa, chef de l’AFC -considérée par Kinshasa comme la vitrine politique du M23- étaient tous deux «Congolais» et que les différends devaient se régler «en famille».
Des déclarations mal perçues par les autorités nationales, qui y voient une tentative de minimiser l’implication présumée de ces deux figures dans la crise sécuritaire qui secoue l’est du pays. Le président Félix Tshisekedi et son gouvernement considèrent en effet le président de la République honoraire Joseph Kabila comme un soutien actif à la rébellion du M23.
La maladie comme prétexte?
Le 10 juillet, Kyabula répond à la convocation par un télégramme affirmant qu’il est malade et dans l’incapacité de voyager. Mais Kinshasa doute de sa sincérité: selon la procédure, c’est le vice-gouverneur qui aurait dû notifier cette indisponibilité. Ce détail administratif, jugé suspect, met les services de sécurité en alerte. Depuis, plus aucune trace du gouverneur. Même si ses proches affirment qu’il se trouve toujours à Lubumbashi, les services de renseignement n’ont pas pu confirmer sa présence sur le territoire.
Une cavale bien planifiée?
Des sources bien renseignées évoquent une opération discrète baptisée «Kilela-Balanda», qui aurait permis au gouverneur de quitter le pays en toute discrétion. Le scénario: une manifestation officielle est organisée à Kilela-Balanda, non loin de la frontière avec la Zambie, à 220 kilomètres de la ville de Lubumbashi et à 95 kilomètres de Likasi, en présence du gouverneur, de membres de l’exécutif provincial et du conseil de sécurité du Haut-Katanga.
La suite devait se dérouler à Likasi pour une nouvelle cérémonie. Mais au moment du déplacement, seuls les autres officiels s’y rendent. Jacques Kyabula, lui, ne s’y présente pas. Sa garde rapprochée non plus. Après plusieurs appels, les participants à Likasi apprennent que le gouverneur aurait plutôt pris la route de Lubumbashi… où il n’aurait jamais été revu. Selon plusieurs sources concordantes, cette évasion aurait été facilitée par une autorisation de sortie spéciale délivrée par le président de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, très proche du gouverneur.
Un climat de méfiance politique
Le silence prolongé de Kyabula, combiné à l’arrestation récente de l’un de ses frères à Pweto alors qu’il tentait de franchir illégalement la frontière comme rapporté par «Jeune Afrique», renforce les soupçons de fuite.
À AfricaNews, un ancien ministre provincial favorable à cette thèse a expliqué que «les enfants et la femme avaient, tour à tour, quitté Lubumbashi quelques semaines plus tôt». Il a le sentiment que le gouverneur, «visé parallèlement par un audit de Kinshasa destiné à gratter sur ses avoirs financiers et immobiliers de ces dernières années, aurait préféré prendre la poudre d’escampette».
L’affaire relance les interrogations sur la loyauté du gouverneur, ancien cadre influent du PPRD de Joseph Kabila, rallié à l’Union sacrée en 2020. Et l’épisode n’est pas sans rappeler la mystérieuse évaporation de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, disparu des radars quelques heures après sa condamnation par la Cour constitutionnelle.

