Kinshasa mise tout sur la pédagogie. Pour son entrée sur le marché international de la dette, le gouvernement a déployé une véritable campagne de communication autour du premier eurobond de son histoire. À la manœuvre, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde.
La séquence, diffusée ce 1er septembre par son ministère, est millimétrée. Logo du Ministère des Finances, images de chantiers en construction, puis l’inscription en grandes lettres jaunes et blanches: «1ER EUROBOND RDC». Et surtout, un slogan martelé en lingala, à l’écrit comme à l’oral: «Mbongo ya bana mboka, pona to tonga Ekolo !», que l’on peut traduire par «L’argent des enfants du pays, pour construire le pays !».
L’objectif est clair: transformer une opération financière technique en acte de souveraineté. À la tribune, devant une salle comble, Fwamba Likunde assume le ton patriotique. Il parle de «trajectoire du développement», de «précédent historique» et d’un «devoir de patriotes». Il évoque les nuits blanches et les «océans traversés» pour convaincre les investisseurs à Londres, New York et Dubaï. Dans son récit, cet eurobond doit permettre de réaliser les promesses du président Félix Tshisekedi et s’inscrire dans l’héritage des héros nationaux Lumumba et de Laurent-Désiré Kabila.
Fwamba assure que des «dispositions sont prises» pour garantir la traçabilité des fonds, qui devront «servir à l’intérêt de nos populations» et financer des infrastructures visibles. C’est là que se joue la seconde partie de sa campagne: celle de la crédibilité financière. En levant des fonds sans passer par le FMI ou la Banque mondiale, Kinshasa veut prouver qu’elle peut être jugée comme un émetteur normal. Un test de confiance auprès des agences de notation, mais aussi auprès de sa propre opinion.
Avec ce «Mbongo ya bana mboka, pona to tonga Ekolo», Fwamba ne vend pas seulement une obligation. Il vend l’idée que la République Démocratique du Congo peut s’endetter elle-même, pour se construire elle-même.
