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Bujakera, enfin la liberté

Il est libre. Stanis Bujakera a quitté, le mardi 19 mars 2024, la prison centrale de Makala après une grosse frayeur en début de soirée. Ses avocats, alors qu’ils s’occupaient de la paperasse, ont désagréablement été surpris d’apprendre que le ministère public, qui a requis 20 ans de servitude pénale à l’encontre de Bujakera, poursuivi pour «contrefaçon, faux en écriture, usage de faux, propagation de faux bruits et transmission de message erroné», a fait appel du verdict prononcé le lundi 18 mars 2024, qui condamne le journaliste à six mois de prison et à payer une amende d’environ USD 400. «Le ministère public a finalement retiré son appel. Ce qui a permis de libérer le journaliste après six mois d’incarcération», a rapporté Infos.cd.

Quoi que reconnu coupable, le directeur de publication adjoint d’Actualite.cd, pour avoir déjà purgé sa peine en détention préventive, s’en est allé de la principale maison carcérale de Kinshasa. La condamnation de Bujakera, réputé pour ses «informations certifiées», laisse une tâche sur la liberté d’expression en RD-Congo. De quoi justifier les premiers mots du journaliste après sa relaxation: «Le combat continue».

Correspondant de Jeune Afrique à Kinshasa, Stanis Bujakera est accusé d’avoir «fabriqué» un document attribué à l’Agence nationale des renseignements -ANR- qui met en cause le service des renseignements militaires dans la mort de l’ancien député Chérubin Okende. Le ministère public, tout en affirmant que ce document est un «faux», a soutenu en outre que Bujakera a été le premier à le diffuser et s’en est servi pour rédiger un article publié fin août sur le site de Jeune Afrique. L’article, inspiré de ce «faux» rapport de l’ANR et qui ne porte pas la signature du journaliste incriminé, revient sur les derniers instants de la vie de Chérubin Okende, retrouvé mort à bord de son véhicule sur l’avenue des Poids lourds à Gombe à la mi-juillet. La justice, après enquête, a conclu à un «suicide».

La défense de Stanis Bujakera, durant tout le procès, a rejeté ces accusations de l’organe de la loi, évoquant son «incapacité» à produire des preuves pour étayer ses allégations. Et ce, après que la contre-expertise a battu en brèche la thèse soutenue par l’organe de la loi. Cette thèse défend l’idée que Bujakera a été le premier diffuseur dudit document.

Imperturbable, la partie accusée a martelé avec insistance que le fameux «faux document» est authentique et que le correspondant de Jeune Afrique devrait être acquitté. Faute d’obtenir gain de cause, Bujakera et ses avocats envisagent d’interjeter appel, expliquant que «tous les moyens de défense déposés n’ont pas été correctement examinés par les juges», selon Me Jean-Marie Kabengela, membre du collectif d’avocats de la défense, cité par Infos.cd.

Pour lui, le tribunal est tombé plus bas que terre en se fiant, pour rendre son verdict, aux «échanges entre -Bujakera- et Romain Gras, intervenus après la publication de Jeune Afrique, et en les interprétant comme antérieurs à l’article». A la suite des avocats du journaliste, des professionnels des médias et autres acteurs sociaux ont clairement manifesté leur opposition et indignation face à la sentence du TGI de Kinshasa-Gombe.

Le Rassemblement des journalistes pour l’émergence du Congo -RAJEC- a déploré une «condamnation honteuse» qui pue un «arrangement politique». Selon le RAJEC, le verdict du TGI de Kinshasa-Gombe ressemble à tout sauf à une «décision judiciaire». A l’instar de cette organisation dirigée par le journaliste Edmond Izuba, l’ASADHO de Jean-Claude Katende n’est pas enchantée par le verdict condamnant Bujakera. «Condamner Stanis Bujakera à une peine qui correspond au temps qu’il a déjà passé en détention est une façon de sauver la face en évitant de l’acquitter», a commenté Katende qui tient ce verdict pour «preuve de manque d’indépendance criante de la part des juges».

«Ravi» pour la libération de Stanis Bujakera, Martin Fayulu, acteur politique, continue de croire que le DPA d’Actualite.cd a été «injustement privé de sa liberté et séparé de ses proches pendant plus de six mois» à cause des «manœuvres injustes dans le système judiciaire RD-congolais».x

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