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Budget, guerre, loi référendaire, dialogue: la rentrée chargée du Sénat

C’est la session qui compte. Celle où se joue le nerf de l’État. Lundi 15 septembre au Palais du Peuple à Kinshasa, Jean-Michel Sama Lukonde a ouvert la session ordinaire de septembre du Sénat. Une session «essentiellement budgétaire» selon la Constitution, mais qui s’est transformée en discours sur l’état de la Nation. L’ancien Premier ministre, devenu président de la Chambre haute en 2024, a donné le ton dès les premières minutes: la rentrée intervient dans «un contexte sécuritaire toujours préoccupant, particulièrement dans l’Est».

Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri: il égrène les provinces martyres, victimes «de la guerre d’agression, des violences armées, des déplacements forcés». Un hommage appuyé aux FARDC, à la Police et aux résistants Wazalendo, «qui se dévouent au quotidien à la noble mission de protéger l’intégrité du territoire». Le mot est lâché. Pour Sama Lukonde, la guerre qui ravage l’Est est «injustement imposée par le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC/M23», sans oublier les exactions des ADF. Face à elle, «l’unité et la cohésion nationale demeurent notre plus grande force». Il salue alors «la diplomatie agissante» de Félix Tshisekedi, à qui il rend «un vibrant hommage».

Les processus de Washington et de Doha, censés arracher une issue politique, sont qualifiés de «cadres importants». Mais le président du Sénat ajoute aussitôt une réserve qui sonne comme un avertissement: ils doivent être «appréciés à l’aune du respect effectif des engagements souscrits et des résultats concrets obtenus sur le terrain». La paix ne se signe pas, elle se vérifie. Deuxième pilier de son allocution, et sans doute le plus politique: le dialogue national. Annoncé le 27 août par le chef de l’État, son organisation a été officialisée le 11 septembre par ordonnance portant création du Comité d’organisation. Sama Lukonde y voit une «initiative de haute portée patriotique et républicaine».

Il insiste sur sa méthode: des consultations «à la base», dans les 26 provinces, les territoires, les communautés, pour établir «le diagnostic des causes profondes de l’insécurité». Une «originalité particulière» qui le distinguerait de tous les dialogues et conférences passés. Et un appel direct: il invite «les Congolais épris de paix», et surtout «ceux qui, pour une raison ou une autre, ont tourné le dos à la Nation, à faire amende honorable, afin de rejoindre le camp de la mère-patrie». Le jour même où l’opposition de la C64 manifestait à Kinshasa, Lubumbashi et Mbandaka, le message est clair. Puis vient le budget. Le projet de loi de finances 2027, qui sera au cœur des débats. «Le budget de l’État n’est pas seulement un document comptable; il traduit nos choix collectifs», lance-t-il. Il doit répondre à quatre impératifs: «assurer la sécurité, soutenir la reconstruction des territoires affectés, garantir le fonctionnement des institutions, et répondre aux attentes légitimes».

Avec une croissance estimée à 5,6% en 2026 et 5,5% en 2027, Sama Lukonde prévient: «Ces chiffres n’auront de valeur que s’ils se traduisent concrètement dans la vie de nos concitoyens». Il réclame une gestion «rigoureuse», la stabilité du franc congolais, l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation des régies, et une lutte «plus efficace contre la fraude et l’évasion». En tant qu’émanation des provinces, le Sénat jouera sa partition: exiger «l’équité territoriale».

Il rappelle le gouvernement à ses engagements: l’opérationnalisation de la Caisse nationale de péréquation, promise depuis plus d’un an, et le financement effectif du Programme des 145 Territoires, «levier majeur de transformation» avec ses routes, écoles et centres de santé. Enfin, deux dossiers qui pourraient enflammer la session. D’abord la loi sur le référendum, adoptée en mars, déclarée conforme sous réserves par la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Le président a demandé, par lettre du 10 août, une nouvelle délibération. Le Parlement devra réécrire les dispositions censurées. Un texte ultra-sensible, l’opposition y voyant le prélude à une révision constitutionnelle pour un troisième mandat.

Ensuite, le quotidien des Congolais: l’épidémie d’Ebola, la rentrée scolaire et l’extension de la gratuité aux 7e et 8e années, la congestion à Kinshasa, la jeunesse et son programme «Debout Jeunes Congolais», l’autosuffisance alimentaire avec l’exemple de Kanyama Kasese. «La paix que nous recherchons est bien plus que le simple silence des armes», conclut Sama Lukonde. Une formule qui résume une rentrée où le Sénat veut se poser en «maison de sagesse où la parole apaise», mais où chaque mot – budget, guerre, loi référendaire, dialogue – porte déjà la charge des batailles à venir.

Natine K.

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