
L’ancien Premier ministre Samy Badibanga consacre une tribune à un débat économique sensible, un débat d’option, après le passage de la Première ministre Judith Suminwa à la Banque mondiale, où elle a plaidé pour le redimensionnement du corridor de Lobito, auquel on devrait ajouter le plan de désenclavement national de la République Démocratique du Congo. Ce n’est pas une discussion technique entre ingénieurs; c’est une décision de civilisation et d’approche.
Le redimensionnement de Lobito évoqué à la Banque mondiale n’est pas neutre: il pose la question de savoir si Kinshasa acceptera que ses minerais, son avenir industriel et une grande partie de sa souveraineté économique transitent durablement par l’infrastructure d’un pays voisin. À l’heure où l’Angola mobilise capitaux et expertise pour réanimer le corridor de Lobito, la tentation est réelle -et la pression internationale tangible- d’opter pour la solution la plus rapide: réhabiliter la section Kolwezi–Dilolo avec ses 430 km pour déboucher sur Lobito et évacuer au plus tôt les richesses en provenance de la République Démocratique du Congo.
Mais, de l’avis de Samy Badibanga, pragmatisme ne doit pas rimer avec renoncement. Les minerais extraits en République Démocratique du Congo ne sont pas une simple rente à extraire et évacuer; ils constituent le levier qui justifie des investissements massifs en transport et énergie -voies ferrées performantes, routes, plateformes multimodales, centrales hydroélectriques- nécessaires pour bâtir une industrie nationale compétitive et un secteur agricole à grande échelle.
«Si nous laissons s’imposer Lobito comme axe principal d’évacuation, nous risquons de voir nos matières premières alimenter l’industrialisation des autres, tandis que la RDC restera cantonnée à l’exportation brute et à la dépendance logistique», avertit l’ancien chef du gouvernement.
Le corridor de Banana, long de 3 300 km, est présenté dans sa tribune comme la colonne vertébrale d’un véritable aménagement du territoire : il peut relier Kisangani, les Kivus, le Katanga et Kinshasa, favoriser la multimodalité et permettre l’émergence de chaînes de valeur locales.
Sous l’impulsion du chef de l’État des avancées sont visibles, mais Banana accuse un retard face à Lobito -retard en partie expliqué par trente années de conflits à l’Est qui ont détruit nos capacités d’investissement et fragilisé notre cohésion territoriale. Or c’est précisément l’absence d’infrastructures qui a nourri ces fragilités. L’infrastructure est donc à la fois un outil de développement et un instrument de sécurité nationale.
Le temps presse, alerte Badibanga. Les partenaires internationaux ont déjà concentré des financements sur Lobito. Sans une stratégie claire et un plan décennal ambitieux de désenclavement qui place Banana au cœur de notre politique nationale, la RDC risque d’assister, impuissante, à l’édification de corridors d’industrialisation hors de son contrôle. Les enjeux sont immenses : millions d’emplois, centaines de milliards de dollars de PIB non réalisés, perte durable de souveraineté économique.
Pour lui, il est urgent d’ouvrir un grand débat national -élus, experts, entreprises, syndicats et société civile- pour trancher ce choix d’option stratégique. «Construire nos propres infrastructures n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour transformer nos ressources en richesse partagée. Le pays doit décider : céder au raccourci pratique ou investir dans la souveraineté», lance Badibanga, appelant à l’audace collective.
Corridors de Banana et Lobito : ALERTE, l’avenir économique de la RDC en question
La RDC est-elle en train de perdre son plus puissant levier de développement économique?Nos minerais ne sont pas seulement une richesse exceptionnelle, ils sont notre principal vecteur de développement économique, d’aménagement du territoire source essentielle de prospérité, de sécurité et de souverainetéà long terme. Ce sont les minerais qui justifient et rentabilisent les investissements dans les infrastructures de transport et énergie, qui eux- mêmes constituent les fondations et la colonne vertébrale de notre développement économique et social.
Il est crucial de comprendre à quel point nous sommes aujourd’hui faceà un choix qui déterminera notre avenir économique pour longtemps. Le corridor de Banana est la colonne vertébrale de notre développement économique. Lobito est un axe majeur de développement de l’Angola. Il ne manque au corridor de Lobito que la section ferroviaire de Kolwezi à Dilolo pour rejoindre le rail qui mène au port de Lobito en Angola. Le corridor de Banana, long de 3300 km avance également rapidement, sous l’impulsion du Chef de l’Etat, mais accuse un retard notable par rapportà celui de Lobito. Les 30 ans de guerre d’agression à l’est n’y sont pas étrangers.
Dans le monde entier, les activités industrielles se développe toujours le long d’un axe d’infrastructures offrant une haute performance logistique et une énergieà bas coût. C’est la réalité des plus grands corridors économiques mondiaux en Chine (Yangtsé), aux Etats-Unis (Great lakes) et en Europe (Banane Bleue). Sans infrastructures performantes de transport, il est impossible de développer la production agricole.
Or la RDC est déjà identifié comme un des 6 pays (Brésil, RDC, Ukraine, Indonésie, Turquie, Australie) pouvant devenir une grande puissance agricole mondiale,à condition de disposer des infrastructures logistiques. Et pour l’énergie, nous avons tout le potentiel nécessaire d’hydroélectricité. Mais ce sont les minerais qui justifient la rentabilité des investissements massifs dans les infrastructures de transport eténergie, telles que les lignes ferroviaires, routes et plateformes multimodales, et les centrales hydroélectriques.
Si tous nos minerais quittent notre territoire vers l’Angola, nous risquons de perdre le levier qui justifie le investissements en infrastructures de transport- logistique eténergie qui permettront le développement industriel national. L’enjeu est immense car il s’agit de million d’emplois et de centaines de milliards de dollars de PIB et d’investissements. Force est de constater que jusqu’à aujourd’hui, les partenaires internationaux ne se sont intéressés et n’ont financé que le corridor de Lobito. Et il ne s’agit pas seulement d’économie.
Le Président de la République a dit le 8 avril que «chaque infrastructure doit être une pierre de plus posée à l’édifice de notre souveraineté économique et de notre puissance nationale». Le corridor de Banana est la colonne vertébrale des infrastructures nationales, sur lequel pourront progressivement se connecter les autres provinces du pays, notamment Kisangani et les Kivus. Il faut rappeler que c’est l’absence d’infrastructures de transport-logistiques qui est précisément l’une des faiblesses et causes majeures de la guerre de 30 ans à l’Est. L’aménagement du territoire, et les infrastructures sont ainsi la condition sine qua none de notre sécurité et souveraineté.
La priorité à donner à notre développement national par le corridor de Banana mérite par conséquent un véritable débat national réunissant les élus, les économistes et spécialistes des infrastructures, les entreprises et les syndicats. Le risque est considérable puisque l’opportunité historique de saisir le levier de développement par nos minerais s’envole et qu’il va développer les corridors d’industrialisation des pays voisins. Il faut toujours se rappeler que personne ne défendra les intérêts de la RDCà notre place.
Au Katanga, choisir de développer et réhabiliter le rail qui mène de Kolwezià la frontière angolaise à Dilolo, sur environ 430 km, c’est faire le choix d’une solution temporaire pour l’évacuation des minerais, qui risque de devenir une réalité à long terme.
A la place, construire une voie ferrée performante de Kolwezi au Kasaï, puis vers Kikwit et Kinshasa, c’est faire le choix de disposer de nos propres infrastructures de souveraineté et développe la multimodalité indispensable à la performance d’un corridor, ceci demeure la priorité des priorité, car c’est à partir de ces infrastructures que nous pourrons développer notre agriculture et les industries minières et agroalimentaires, sans compter la valeur ajoutée d’un secteur logistique puissant. Le général américain Eisenowher disait q u e «les amateurs discutent de stratégie, les professionnels parlent de logistique». Ouvrons sans tarder le débat de la logistique et mettons en œuvre en priorité un véritable plan décennal de développement de corridor économique et industriel sur notre territoire.
Samy BADIBANGA
