
La voie vers la succession de Vital Kamerhe à la présidence de l’Assemblée nationale est désormais clarifiée, et l’option choisie par la Haute autorité politique de l’Union sacrée de la nation semble provenir du gouvernement. Longtemps en sommeil, le nom d’Aimé Boji Sangara retentit enfin sur toutes les bouches. Ministre de l’Industrie jusqu’au lundi 21 novembre, l’élu de Walungu a retrouvé son siège au parlement le mardi 22 octobre, seulement 24 heures après avoir quitté le gouvernement. Ce retournement de situation ne surprend guère ceux qui suivent l’actualité politique en RD-Congo.
Le président de la République semble avoir opté pour Boji afin de signaler le début d’une nouvelle ère dans son second et dernier mandat, tout en veillant à garder la présidence de l’Assemblée nationale aux mains du Sud-Kivu, province natale de Vital Kamerhe, renforçant ainsi la confiance des habitants du Grand-Kivu, en proie aux agressions rwandaises. «Tshisekedi semble conscient du risque d’une rupture avec les populations de l’est du pays si le départ de Kamerhe n’était pas compensé», observe un analyste politique.
En agissant ainsi, Tshisekedi permet aussi à cette partie du pays de conserver une influence sur la deuxième institution du pays. Cependant, un climat de prudence règne au sein de l’UNC, car Boji ne semble pas jouir d’une entière confiance de la part de sa direction. Dans un communiqué émis le 18 octobre, le parti avait précisé qu’aucun de ses députés n’avait été désigné pour briguer le perchoir, précisant qu’il attendait les directives du président Félix-Antoine Tshisekedi, autorité morale de l’Union sacrée de la nation -USN.
Dans sa quête pour le perchoir, Boji peut compter sur le soutien discret mais tangible de Tshisekedi qui impose bien son tempo à ses alliés et à ses adversaires politiques. L’ancien ministre de l’Industrie s’est peu à peu imposé comme un proche du Chef de l’État, ayant été présent lors de la signature de l’accord de Nairobi entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe en novembre 2018.
Secrétaire de l’UNC de septembre 2019 à avril 2021, Boji a joué un rôle clé dans le parti durant les épreuves judiciaires rencontrées par Kamerhe. D’après certaines sources, il aurait intensifié ses négociations ces derniers jours pour faire progresser sa candidature. Déjà, il aurait réussi à réunir un groupe de soutien parmi les députés. Ce retour calculé de Boji aux commandes de l’Assemblée nationale représente un tournant pour l’Union sacrée, alors que le scrutin, dont la date reste à définir, constituera un véritable test de cohésion de la plateforme. Plus encore que le résultat, le score du prochain président sera un indicateur de l’homogénéité de la majorité au pouvoir, qui contrôle plus de 80% du parlement.
Hénoc AKANO
WIDAL