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RDC : Ambongo soupçonné de travailler contre la gratuité de l’enseignement

«Quel pouvoir peut avoir un Cardinal dans les écoles de l’Etat qu’il gère pour refuser d’y appliquer la décision du Président de la République? L’autorité gouvernementale qui dirige le secteur de l’éducation va-t-elle laisser faire cette forme de rébellion de la part des prélats catholiques au risque de voir les autres Eglises leur emboiter le pas et faire échouer la mesure salutaire du Président de la République?», interroge Jean-Marie Oothac, remonté contre l’attitude de Fridolin Ambongo

«Le peuple congolais qui a applaudi chaudement des décisions du Président Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo a déchanté au lendemain de la rentrée scolaire. En effet, non seulement que ceux qui se font engraisser par les frais de scolarité et de motivation ont manifesté leur mécontentement, mais aussi certains gestionnaires des écoles conventionnées s’y sont opposés ouvertement», fait observer Jean-Marie Oothac, dans une déclaration rendue publique le 3 décembre à Kinshasa. Il accuse principalement des Evêques catholiques, dont l’Archevêque de Kinshasa, le Cardinal Fridolin Ambongo.

Dans une déclaration fracassante contre la gratuité, le 22 novembre 2020, poursuit Jean-Marie Oothac, le Cardinal avait indiqué que: «les salaires versés aux enseignants… ne doivent pas être le petit 120.000 Fc qu’on leur donne maintenant, mais ça doit être ce qu’ils reçoivent maintenant plus ce qu’ils reçoivent de la contribution des parents pour tenir le coup. La raison est qu’en privant les enseignants de la contribution des parents qui était devenue la partie importante de leurs salaires, ils ne peuvent pas tenir le coup».

Pour lui, la position des Evêques catholiques bloque l’effectivité de la gratuité de l’enseignement de base et la suppression de la prise en charge des enseignants par les parents -la motivation. «Qu’une mesure, mieux une décision du responsable numéro un de l’éducation dans le pays, le Président de la République, soit remise en cause par un partenaire ou gestionnaire, Cardinal soit-il, cela ne s’observe que dans ce pays où les gens refusent de se soumettre aux lois et règlements qui régissent leur société», dénonce Jean-Marie Oothac.

Et d’interroger: «quel pouvoir peut avoir un Cardinal dans les écoles de l’Etat qu’il gère pour refuser d’y appliquer la décision du Président de la République? L’autorité gouvernementale qui dirige le secteur de l’éducation va-t-elle laisser faire cette forme de rébellion de la part des prélats catholiques au risque de voir les autres Eglises leur emboiter le pas et faire échouer la mesure salutaire du Président de la République?».

Jean-Marie Oothac rappelle qu’en décrétant la gratuité de l’Enseignement de base et en supprimant la prise en charge des enseignants par les parents, le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi n’a fait qu’appliquer une disposition constitutionnelle existante et sauver des milliers de jeunes qui n’avaient pas d’accès à l’école à cause de la cherté des frais scolaires.

«Le Cardinal Ambongo n’ignore pas que les frais de motivation que l’on exige dans les écoles catholiques rendent ces écoles publiques plus cher que les écoles privées agréées en général et inaccessibles aux enfants de gagne-petit, changeant de ce fait la vocation première de l’école publique, celle d’accueillir les enfants dont les parents sont incapables de payer les frais exigés dans les écoles privées», fait-il remarquer.

Jean-Marie Oothac propose qu’en sa qualité d’organisateur de l’Education nationale, le gouvernement doit établir, avec les syndicats des enseignants, un chronogramme budgétaire pour leur payer un salaire qui leur permette de vivre sans recourir à la motivation. «Les gestionnaires des écoles et autres partenaires éducatifs doivent jouer un franc jeu en soutenant le chronogramme adopté», conseille-t-il.

Tino MABADA


La gratuité de l’enseignement de base: le Cardinal Ambongo nargue le Président de la République

Le Chef de l’Etat congolais a de la peine à faire triompher les réformes majeures de son quinquennat. Parmi celles-ci, il faut citer la gratuité de l’Enseignement de base et la suppression de la prise en charge des enseignants par les parents appelée aussi la motivation. Le peuple congolais qui a applaudi chaudement des décisions du Président Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo a déchanté au lendemain de la rentrée scolaire.

En effet, non seulement que ceux qui se font engraisser par les frais de scolarité et de motivation ont manifesté leur mécontentement, mais aussi certains gestionnaires des écoles conventionnées s’y sont opposés ouvertement. C’est le cas principalement des Evêques catholiques dont l’Archevêque de Kinshasa, le Cardinal Fridolin Ambongo vient de faire une déclaration fracassante contre la gratuité ce 22 novembre 2020. Selon ce prélat, «les salaires versés aux enseignants… ne doivent pas être le petit 120.000 Fc qu’on leur donne maintenant, mais ça doit être ce qu’ils reçoivent maintenant plus ce qu’ils reçoivent de la contribution des parents pour tenir le coup».

La raison est qu’en privant les enseignants de la contribution des parents qui était devenue la partie importante de leurs salaires, ils ne peuvent pas tenir le coup. Le Cardinal refuse aussi de se taire sur les problèmes de ceux qui souffrent et cela découlerait de sa mission prophétique, mais il feint d’ignorer que des millions de Congolais vivent des conditions infrahumaines et pires que celles des enseignants, mais il n’en parle même pas, pour la simple raison que rien ne remporte plus aux Diocèses que l’école ou l’enseignement en général.

En effet, beaucoup de Congolais ignorent que depuis le règne du Cardinal Monsengo, chaque élève fréquentant une école catholique paye 20 USD par an pour l’Archevêque. Appliquer la gratuité totale équivaut ni plus ni moins à couper la source principale des finances du prélat. L’Eglise est toujours au-dessus de tout soupçon! Mais mieux que le souci d’argent, c’est le problème de responsabilité de l’Etat et de ses partenaires dans l’organisation de l’éducation dans ce pays qui se pose ici.

La Constitution de la RDC comme la Loi cadre de l’Enseignement national reconnaissent à l’Etat ou au gouvernement la qualité du premier responsable de cet important secteur de la vie nationale. Pour réaliser sa mission d’éducation, l’Etat s’entoure des partenaires dont les Eglises qui signent pour ce faire une convention de gestion des écoles.

Les écoles gérées directement par l’Etat lui-même et celles confiées à la gestion des Eglises sont des écoles dites publiques ou de l’Etat. Les écoles privées agréées appartiennent à leurs promoteurs et sont gérées conformément à la Loi cadre de l’Enseignement national. Qu’une mesure, mieux une décision du responsable numéro un de l’éducation dans le pays, le Président de la République, soit remise en cause par un partenaire ou gestionnaire, Cardinal soit-il, cela ne s’observe que dans ce pays où les gens refusent de se soumettre aux lois et règlements qui régissent leur société.

Quel pouvoir peut avoir un Cardinal dans les écoles de l’Etat qu’il gère pour refuser d’y appliquer la décision du Président de la République? L’autorité gouvernementale qui dirige le secteur de l’éducation va-t-elle laisser faire cette forme de rébellion de la part des prélats catholiques au risque de voir les autres Eglises leur emboiter le pas et faire échouer la mesure salutaire du Président de la République?

Il faut faire remarquer qu’en matière des frais scolaires dans ce pays, tout le monde a sa part de responsabilité. D’abord et avant tout, l’Etat congolais lui-même qui a laissé perdurer la pratique de prise en charge des enseignants par les parents au point qu’il paraît à ce jour aux bénéficiaires comme un droit. Cette odieuse pratique qui donne à la RDC la triste réputation d’être le seul pays au monde où les parents d’élèves payent un deuxième salaire aux enseignants des écoles publiques.

Il y a ensuite les enseignants eux-mêmes qui ont oublié leur employeur pour se rabattre sur les plus pauvres qu’eux que sont la plupart des parents d’élèves. Il y a aussi les gestionnaires des écoles qui, faute de frais de fonctionnement à recevoir du gouvernement, bénéficient d’une portion des frais de motivation destinés aux enseignants. Il y a enfin les parents d’élèves qui se sont laissés exploiter, des années durant, par cette pratique qui a rendu le système éducatif congolais «antisocial, anti pauvre et criminel», selon les qualificatifs de Monsieur Yan, un expert de la Banque mondiale à Kinshasa il y a quelques années.

La faiblesse de l’Etat ayant généré une avilissante pratique de la motivation des enseignants, on ne peut pas refuser au même Etat d’y revenir ou de corriger ses erreurs et failles. En décrétant la gratuité de l’Enseignement de base et en supprimant la prise en charge des enseignants par les parents, le Président de la République n’a fait qu’appliquer une disposition constitutionnelle existante et sauver des milliers de jeunes qui n’avaient pas d’accès à l’école à cause de la cherté des frais scolaires.

Le Cardinal Ambongo n’ignore pas que les frais de motivation que l’on exige dans les écoles catholiques rendent ces écoles publiques plus cher que les écoles privées agréées en général et inaccessibles aux enfants de gagne-petit, changeant de ce fait la vocation première de l’école publique, celle d’accueillir les enfants dont les parents sont incapables de payer les frais exigés dans les écoles privées.

Les prélats catholiques n’ont pas le droit de privatiser, sans le déclarer, les écoles de l’Etat qu’ils dirigent. Il faut tout faire pour éviter un conflit scolaire entre l’Eglise et le gouvernement. Il ne profitera ni à l’Eglise, ni au gouvernement. Les jeunes congolais doivent obligatoirement jouir de leurs droits fondamentaux dont le droit à l’éducation reconnu à tout enfant. La motivation des enseignants est une gangrène dans le pied du système éducatif congolais.

Plus elle dure, plus elle met la vie du système en danger. Et comme en médecine, il faut couper au plus vite le pied infecté pour sauver le malade. Il faut pour ce faire la compréhension, la solidarité et la décision de tous les protagonistes. En sa qualité d’organisateur de l’Education nationale, le gouvernement doit établir, avec les syndicats des enseignants, un chronogramme budgétaire pour leur payer un salaire qui leur permette de vivre sans recourir à la motivation.

Ce chronogramme prendra le temps qu’ils se seraient convenus compte tenu des contingences diverses. Les enseignants devront dans ce cas se montrer réalistes et discuter avec leur employeur «cartes sur tables», comme on dit, et oublier l’employeur non reconnu que sont les parents. Les gestionnaires des écoles et autres partenaires éducatifs doivent jouer un franc jeu en soutenant le chronogramme adopté. Celui d’entre eux qui ne soutiendrait pas ce plan-là n’a qu’à trouver pour ses enseignants une autre source de paiement que leur prise en charge par les parents. Les parents d’élèves enfin doivent se montrer solidaires et unis contre la pratique de la motivation qui a fait plus de mal que du bien au système éducatif congolais.

Il y a ici lieu de dénoncer et de désapprouver la tendance lourde qu’ont les parents nantis de continuer à supporter les frais de motivation des enseignants, sous le fallacieux prétexte de permettre à leurs enfants d’étudier. Je dis bien leurs enfants. Pourquoi donc les leurs et pourquoi pas ceux des autres? Egoïsme, orgueil, mépris ou la volonté cachée de réserver les bonnes écoles publiques aux enfants des riches uniquement? Cette tendance de diviser les parents est dangereuse à plus d’un titre et doit être combattue.

Tous les enfants sont nos enfants et donc les enfants de la République. Ils ont tous droit à un égal traitement concernant leur éducation. Une prompte et vive réaction du gouvernement contre la déclaration du Cardinal Ambongo peut rassurer les parents d’élèves des écoles publiques en général, ceux des écoles conventionnées catholiques en particulier, qui commencent à douter de la réelle volonté des gouvernants de les décharger de ces frais qui empêchent beaucoup de jeunes congolais de jouir de leur droit à l’éducation.

Et le chef de l’Etat qui a fait de la gratuité de l’Enseignement de base et de la suppression de la prise en charge des enseignants par les parents des points phares de son quinquennat, va-t-il laisser le Cardinal contrecarrer sa décision qui donne plus d’accès à l’école aux jeunes congolais? «Le peuple d’abord», proclame-t-on. Le même peuple attend de voir.

Kinshasa, le 03 décembre 2020

Jean-Marie OOTHAC

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