
Lors d’un séminaire de présentation du Plan stratégique 2026-2029, Jules Alingete Key, inspecteur général chef de service honoraire et émérite, a rendu un hommage appuyé au président Félix Tshisekedi. Pour lui, seul le Chef de l’État a «réellement déclenché la lutte contre la corruption» en République Démocratique du Congo depuis plusieurs décennies. Des avancées qu’il qualifie d’«extraordinaires et incomparables». La scène se joue lundi 08 juin dans les locaux de l’Inspection générale des finances. Devant agents, partenaires techniques, société civile et presse, Alingete déroule le film de la mue de l’#IGF entre 2020 et 2025. Il décrit la transformation d’un organe longtemps perçu comme impuissant en sentinelle redoutée des finances publiques.
Une institution désossée puis reconstruite
Nommé en 2020, Alingete hérite d’une IGF vieillissante: moyenne d’âge des inspecteurs à 60 ans, seulement 5 brigades, champ d’action limité. Il la quitte 5 ans plus tard avec 10 unités spécialisées, des pouvoirs élargis et 87 jeunes recrues, dont des ingénieurs informaticiens et en construction. Le statut change : l’IGF devient service supérieur d’audit placé près du pouvoir exécutif. Résultat : ses brigades descendent désormais jusqu’aux provinces et entités territoriales décentralisées. Une brigade dédiée à la certification des remboursements de TVA complète le dispositif.
L’innovation majeure: le contrôle a priori et le contrôle concomitant. Fini le constat après dégâts. Les inspecteurs interviennent avant ou pendant la dépense. Ils peuvent accéder aux systèmes informatiques des services contrôlés, bloquer des opérations douteuses, suspendre des exonérations illégales, recommander des mesures conservatoires. L’IGF passe de gendarme après coup à garde-fou en temps réel. «Nous agissons désormais comme instrument de prévention des actes de mauvaise gestion», martèle Alingete.
De la Banque centrale aux fonds Covid
Sous Alingete, l’IGF s’attaque aux dossiers sensibles: Banque Centrale du Congo, audits d’entreprises publiques, suivi des fonds Covid-19. Plusieurs missions débouchent sur des poursuites judiciaires.
Autre levier : la communication. Publication des rapports, médiatisation des cas, campagnes de sensibilisation. Objectif assumé: faire pression moralement et prouver aux Congolais qu’«une sentinelle veille sur la protection des finances publiques».Bilan chiffré par Alingete : meilleure mobilisation des recettes publiques, réduction des exonérations abusives, contrôle renforcé des régies financières. L’IGF, conclut-il, n’est plus un simple organe de contrôle. Elle est devenue une institution stratégique au cœur de la lutte contre la corruption, de la mobilisation des recettes et de la promotion de la bonne gouvernance.
Un héritage à verrouiller
Un héritage que l’ancien chef de service considère comme une base solide. Désormais, c’est à Christophe Bitasimwa, actuel patron de l’IGF, de poursuivre l’assainissement via le contrôle systémique désormais mis en place. Mission : verrouiller la chaîne de la dépense, traquer les fuites avant qu’elles n’existent, et ancrer la transparence dans la gestion publique. L’IGF 2026-2029 devra transformer l’essai : faire de la redevabilité non plus une exception, mais la norme des institutions de la République.
Natine K.