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Eurobond et processus GAFI menacés : Kinshasa a frôlé une crise de confiance après la fausse affaire Rawbank-Alingete

L’Eurobond d’avril est le sésame de Kinshasa sur les marchés financiers internationaux. Viser la banque caution, c’est attaquer directement la signature financière du pays. L’affaire montre à quel point une procédure judiciaire mal calibrée peut se transformer en risque pays, alors que la République Démocratique du Congo est à un doigt de sortir de la liste grise du GAFI.

Le coup était du bidon. L’affaire liée à la lettre du Parquet général près la Cour de cassation adressée à la Direction générale de migration -DGM- appartient désormais au passé. Rawbank et l’ancien inspecteur général des finances, chef de service de l’IGF, Jules Alingete Key, ont été lavés de tout soupçon de blanchiment de capitaux, de fraude fiscale et de corruption, après un communiqué publié par le même Procureur général le 4 juillet précisant qu’aucun fait infractionnel n’était établi et qu’il ne s’agissait pas d’une sanction pénale. Mais pendant quinze jours, la République Démocratique du Congo a tremblé pour l’honneur de son système financier. 

L’Eurobond en sursis

Rawbank est la banque fondée et dirigée par les Rawji. C’est la principale banque commerciale du pays, l’institution financière qui a servi de caution pour l’obtention par Kinshasa de son premier Eurobond en avril dernier. Un succès diplomatique et économique, salué par tous, qui a ouvert les portes de la finance internationale à la République Démocratique du Congo. Kinshasa a conduit ce tout premier Eurobond, baptisé «Mbote», en s’appuyant principalement sur la banque américaine Citigroup via sa filiale Citigroup Global Markets. Aux côtés de Rawbank, Kinshasa a fait de cette institution le Joint Global Coordinator -coordinateur global- et Joint Bookrunner -teneur de livre conjoint- de l’opération historique de 1,25 milliard de dollars américains. Voici comment la charpente a été structurée pour cette émission inaugurale: chef de file et arrangeur, Citigroup a mené l’opération aux côtés des autorités de la République Démocratique du Congo et des investisseurs.

Partenaire local, Rawbank a agi comme Joint Global Coordinator et pilier national de cette levée de fonds. Une autre banque internationale a été associée à l’opération: Standard Chartered Bank, en qualité de Joint Bookrunner. «Mais ce succès a frôlé l’hypothèque à cause d’une initiative du Parquet général près la Cour de cassation, consécutive à une instruction du ministère de la Justice et Garde des Sceaux», selon des sources bien renseignées. Le 25 juin 2026, le Procureur général Firmin Mvonde Mambu a adressé au directeur général de la DGM la lettre N°4403/D.023/28177/PGCCAS/MVM/MUK/2026. 

Mesure: interdiction de quitter le territoire national pour quatre frères Rawji -Mustafa, Mazhar, Uzair et Zain-, l’inspecteur général – chef de service honoraire de l’IGF, Jules Alingete, son épouse Nanou Mukawa, Kiala Ndombele et Jok Oga Ukelo, le temps d’une enquête pour corruption, faux en écritures et blanchiment de capitaux présumés. 

Révélations de coulisses: un ressortissant camerounais au cœur des soupçons

Selon plusieurs indiscrétions recueillies à Kinshasa, la fausse affaire d’interdiction de sortie visant les responsables de Rawbank et l’ancien inspecteur général des finances aurait été montée et précipitée par un ressortissant camerounais, Jules Njunguo. 

Les mêmes sources l’accusent d’être un «escroc notoire», se présentant comme agent de la Monusco, qui aurait fait croire aux autorités judiciaires que Rawbank et Jules Alingete seraient «sous examen des sanctions américaines pour fraude fiscale» et qu’il serait «impérieux que la justice de la République Démocratique du Congo les interpelle». 

Auparavant, il aurait tenté d’approcher, sans succès, Rawbank et Jules Alingete pour exiger des sommes colossales afin de les «enlever d’une prétendue liste des sanctions américaines», selon ces mêmes informations. Le même individu aurait déjà tenté d’escroquer plusieurs personnalités, dont le directeur général de la Sofibanque, le vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba, l’ancien conseiller privé du président de la République Fortunat Biselele Bifort et l’ancien gouverneur de Kinshasa Gentiny Ngobila Mbaka, avec le même prétexte de sanctions à lever contre paiement. Des sources judiciaires ont rapporté le week-end que le Camerounais concerné a été placé en détention le 1er juillet par le Parquet près le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe et interdit de quitter le territoire de la République Démocratique du Congo. 

La réputation du système financier national un enjeu d’État

Dans les milieux de la finance, la réputation compte au premier plan. Surtout celle d’une banque caution d’un Eurobond souverain. La mêler à une affaire relayée sur fond de mensonges et de spéculations sur les réseaux sociaux, c’est toucher à l’image de toutes les banques partenaires associées au dossier Eurobond. C’est exposer les investisseurs liés à ce deal. «Ces banques partenaires ont menacé de suspendre leur collaboration avec Kinshasa après cette affaire infondée liant une banque partenaire et susceptible de jeter en pâture l’image de tous les acteurs ayant participé à la mobilisation de ces fonds», révèlent des sources proches du dossier, regrettant que le pays soit contraint d’assister à une semaine de spéculation et des rumeurs pour pas grand-chose. L’ultimatum a porté, affirment ces sources. Le 4 juillet, le Procureur général a publié un communiqué et vite recadré: la mesure contre les Rawji et les Alingete a été levée «il y a belle lurette». Sur le fond, il a précisé: «Il est hasardeux de soutenir la culpabilité». Certains faits, a-t-il indiqué, avaient déjà fait l’objet d’un non-lieu. 

Le Parquet a terminé par une pique aux experts de salon et aux organisateurs de la fuite: «Il ne s’agissait pas d’une sanction pénale», «toute conclusion… n’engage que son auteur».   Comprendre: vos threads indignés, c’est votre problème. 

De l’Eurobond au GAFI: un risque de contagion sur la crédibilité

Au-delà de l’Eurobond, l’affaire est survenue à un mois de l’arrivée d’une délégation du Groupe d’action financière -GAFI-, attendue pour se prononcer sur la sortie de Kinshasa de la liste des capitales sous surveillance pour blanchiment de capitaux. Le travail mené par la Cellule nationale des renseignements financiers -CENAREF-, dirigée par le premier avocat général Adler Kisula, dans la lutte contre les flux financiers illicites, a déjà donné des résultats positifs salués par le GAFI. Dans ce contexte, ce scandale aurait pu remettre en cause la crédibilité de la République Démocratique du Congo en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. Le pire a été évité de justesse. 

«On a frôlé le pire» 

«On était déjà en train de faire mal au pays et de ternir son honneur retrouvé parce qu’on a voulu donner du crédit aux mensonges et nuire à Rawbank, à Jules Alingete et aux Rawji, la fratrie dont les affaires prospèrent et commencent à s’étendre en Afrique de l’Ouest», confie un haut cadre du secteur financier. Bilan: quinze jours de spéculation et d’atteinte à l’honneur. Tous les responsables de Rawbank et la famille Rawji ont récupéré leur liberté de mouvement. Jules Alingete a retrouvé sa tranquillité et son honneur que ses pires ennemis ont voulu souiller. Et le gouvernement a évité de justesse une crise de confiance avec ses bailleurs. 

La leçon: à Kinshasa, une lettre qui fuit sur les réseaux sociaux peut nuire à tout un pays. La réputation d’une banque commerciale est sacrée. La crédibilité des acteurs de la lutte contre la corruption, comme Jules Alingete, doit être préservée. Et en finance internationale, l’image se détruit plus vite qu’elle ne se construit. «Au prochain coup, à la prochaine sollicitation, le ministère de la Justice et le Parquet général devraient être un peu plus regardants pour éviter de tomber dans des manipulations politiques. On ne demande à personne d’être complaisant avec toute personne ou institution dont la compromission est prouvée, mais l’image construite par le président de la République, Félix Tshisekedi, dans la lutte contre la corruption avec l’IGF, la CenaREF et d’autres structures apparentées doit être préservée, et la crédibilité du système bancaire national doit être protégée», conseille un avocat en finance internationale.

KISUNGU KAS

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