
Affaire bouclée. L’État RD-congolais a repris le contrôle total du capital social de Primera Gold DRC SA, une joint-venture entre la RD-Congo et les Émirats Arabes-unis, mise en place depuis décembre 2022. Deux ans plus tard, cette société aurifère basée au Sud-Kivu a connu des fortunes diverses après un début tambours battants. Des aléas qui n’ont pas refroidi Kinshasa dans son ambition de devenir le plus grand exportateur de l’or issu de l’exploitation artisanale. La particularité de cette ambition de la RD-Congo est de miser sur une exploitation «à petite échelle au profit de la population, particulièrement des communautés locales impactées par les activités minières». Un projet à double impact qui a poussé la partie RD-congolaise à racheter les parts sociales du partenaire émirati, Primera Group Limited.
Sortis du capital, les Émiratis emportent également le nom de l’entreprise. Désormais entreprise du portefeuille de l’État, la société a été rebaptisée «DRC Gold Trading SA». Déjà, les statuts de Primera Gold ont été révisés, approuvés et signés pour consacrer la nouvelle dénomination sociale. La nouvelle entreprise est détenue à 55% par l’État, actionnaire majoritaire. Les 45% restants ont été rachetés respectivement par la Gécamines, à hauteur 15%,- et le Fonds minier pour les générations futures -FOMIN- pour 30%. Dimanche 1er décembre à Buta, le président Tshisekedi a rappelé le contexte de mise en place de cette entreprise aurifère en 2022 alors que les minerais de la RD-Congo «empruntent des chemins frauduleux en passant par des pays étrangers». Félix Tshisekedi s’est montré particulièrement fier d’avoir réussi le pari de doter le pays d’une société aurifère propre, appelant en même temps à un sursaut de patriotisme et de conscience collective pour accompagner cette initiative stratégique. «Les RD-Congolais qui travaillent dans l’exploitation de l’or, sachez qu’aujourd’hui, nous avons notre société. Apportez vos colis là-bas. Cessez de le faire transiter par des chemins frauduleux, ce qui profite davantage aux pays étrangers», a-t-il insisté.
En nationalisant Primera Gold, la RD-Congo, sous le leadership du président Tshisekedi renforce sa position sur le marché aurifère, en se positionnant clairement. Une manière pour Kinshasa de combattre la fraude et la contrebande qu’elle subit depuis plusieurs années. A terme, cette démarche pourrait permettre aux populations de profiter pleinement de leurs richesses. Pour y arriver, DRC Gold Trading SA va dans un premier temps s’atteler à ramener l’intégralité de l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle dans le circuit officiel.
Aussitôt mise en place, DRC Gold Trading SA s’est également fixée de grosses ambitions, avec des prévisions quinquennales de 150 tonnes d’or en moyenne, soit un chiffre d’affaires dépassant les 12 milliards de dollars américains. Sacré pari qui devrait également booster les revenus des exploitants artisanaux. Dans ce nouveau deal, tout le monde parait gagnant: des recettes pour l’État et une aubaine pour les acteurs de la chaîne de possession de l’or à tous les niveaux.
Avec cette restructuration, le nouveau-né des entreprises du portefeuille de l’État espère être un acteur majeur dans l’influence du prix de l’or, tout en garantissant une redistribution équitable de la richesse nationale. Les populations locales ont également été intégrées dans le cahier des charges de DRC Gold Trading SA. Ceux-ci devraient bénéficier des projets intégrateurs, dont un ambitieux programme d’assurance maladie des exploitants miniers artisanaux de sa chaîne d’approvisionnement et de couverture universelle des soins de santé de leurs dépendants -femmes et enfants. Principal siège d’exploitation de DRC Gold Trading SA, le Sud-Kivu devrait également servir de province expérimentale pour ce projet avant son extension. DRC Gold Trading SA a également prévu de lutter contre la déperdition scolaire, à travers le projet «Zéro école en mur en bois dans et autour des zones d’exploitation artisanale et à petite échelle de l’or».
Autre grande innovation, l’extension des zones d’exploitation au-delà du Sud-Kivu. Déjà, la province du Tanganyika s’est vu dotée depuis le 18 novembre 2024 d’une succursale de DRC Gold Trading SA. D’autres ouvertures sont prévues avant la fin de cette année, à en croire les échos reçus de la direction. Dans un premier temps, DRC Gold Trading SA va poser ses valises à Buta dans le Bas-Uélé, à Kindu dans le Maniema, et à Bunia dans l’Ituri.
DL