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Kinshasa pousse au départ accéléré de la Monusco

Le Chef de l’Etat déplore le fait que les missions de maintien de la paix déployée -sous une forme ou une autre- depuis 25 ans en RD-Congo n’aient pas réussi à faire face aux rébellions et conflits armés qui déchirent ce pays et la région des Grands lacs ni à protéger les populations civiles

Le Président de la RD-Congo Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a pris la parole à la tribune de la 78ème Assemblée générale des Nations unies à New York, le mercredi 20 septembre. Il s’est appesanti sur la sécurité au niveau national et international, fustigeant la duplicité de la Communauté internationale dans la résolution des conflits entre Etats.

«Le maintien de la paix et de la sécurité internationales constitue le fondement et l’objectif primordial de la création de l’Organisation des Nations unies. Ceci requiert plus de détermination et d’engagement de tous face à toute menace contre la paix et la sécurité dans le monde», a-t-il rappelé, dénonçant le fait que «les peuples africains ne comprennent pas souvent l’attitude équivoque, la politique de deux poids deux mesures, les ambigüités et atermoiements de notre organisation, plus particulièrement de son Conseil de sécurité dans certaines crises politiques et sécuritaires graves qui sévissent en Afrique, parfois depuis plusieurs décennies. C’est le cas notamment de la crise oubliée du Sahara occidental qui déchire deux pays frères, l’Algérie et le Royaume du Maroc et dure depuis plusieurs décennies».

Le Chef de l’Etat RD-congolais a également évoqué à cette tribune le cas du Mozambique, victime d’attaques terroristes meurtrières depuis environ une décennie dans la province de Cabo Delgado et la situation en Afrique de l’Ouest, dans la Région sahélo-saharienne, où les troupes des Nations unies se retirent laissant derrière elles le souvenir de l’inachevé alors qu’elles incarnaient tous les espoirs de libération des peuples des pays concernés des gri­efs du djihadisme.

«La République du Soudan n’en fait pas exception. Elle s’enlise dans une guerre civile meurtrière opposant depuis l’année dernière, les militaires fidèles au Président Abdel Fatah Al Buran aux Forces paramilitaires de soutien rapide qui sont sous le commandement du Général Mohamed Hamday Dagalo. Cette guerre a déjà causé beaucoup de morts et d’importants dégâts matériels. La Communauté internationale est quasiment indifférente à la tragédie soudanaise», a-t-il regretté.

La MONUSCO indésirable en RD-Congo

Félix-Antoine Tshisekedi a fait savoir que l’Assemblée générale de l’ONU est le lieu privilégié d’aborder la question d’une importance capitale pour la RD-Congo et pour la consolidation de la paix dans la sous-région, à savoir: le retrait de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo -MONUSCO- du territoire RD-congolais. «Après plus de deux décennies de présence, il est temps pour notre pays de prendre pleinement son destin en main et de devenir le principal acteur de sa propre stabilité. Nous sommes reconnaissants envers la Communauté internationale et les Nations unies pour leur soutien et leur partenariat, mais nous sommes également conscients que le retrait progressif de la MONUSCO est une étape nécessaire pour consolider les progrès que nous avons déjà réalisés», a-t-il clairement dit à l’assistance onusienne.

Puis: «Cependant, il est à déplorer que les missions de maintien de la paix déployée -sous une forme ou une autre- depuis vingt-cinq ans en République démocratique du Congo n’aient pas réussi à faire face aux rébellions et conflits armés qui déchirent la République démocratique du Congo et la région des Grands lacs ni à protéger les populations civiles. Aussi, le projet de retrait échelonné, responsable et durable de la MONUSCO, annoncé depuis 2018 et dont le plan de transition a été adopté en 2021, devient-il anachronique au regard de l’évolution des contingences politiques, sécuritaires et sociales actuelles? Il est donc illusoire et contreproductif de continuer à s’accrocher au maintien de la MONUSCO pour restaurer la paix en République démocratique du Congo et stabiliser celle-ci».

Puis encore: «L’accélération du retrait de la MONUSCO devient une nécessité impérieuse pour apaiser les tensions entre cette dernière et nos concitoyens. Il est temps pour mon pays d’explorer de nouveaux mécanismes de collaboration stratégique avec les Nations unies, davantage en phase avec nos réalités actuelles».

A cette fin, Tshisekedi a fait savoir qu’en sa qualité de garant constitutionnel de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance de son pays, de la bonne tenue de sa Nation ainsi que du bien-être de ses concitoyens, il a instruit le gouvernement de la République d’entamer des discussions avec les autorités onusiennes pour un retrait accéléré de la MONUSCO de la RD-Congo en ramenant le début de ce retrait progressif de décembre 2024 à décembre 2023.

«Tel est le sens profond de la démarche actuelle de notre gouvernement qui a adressé un courrier au Président du Conseil de sécurité des Nations unies en date du 1er septembre 2023 sollicitant l’accélération du retrait de la MONUSCO», a-t-il révélé, soulignant qu’en sus «du retrait accéléré de la MONUSCO, la République démocratique du Congo réitère sa demande au Conseil de sécurité de l’ONU de sanctionner toutes personnes physiques et morales reconnues comme auteurs, co-auteurs et complices, matériels et intellectuels des crimes de guerre et contre l’humanité ainsi que des violations graves des droits de l’Homme, du droit international et de la Charte des Nations unies sur le territoire RD-congolais».

Selon ses propres propos, «il est injuste et inadmissible que des personnes citées comme responsables des crimes graves susmentionnés dans les diff­érents rapports des experts de l’ONU, elle-même, sur la situation sécuritaire en RD-Congo, restent impunies dans le silence total de notre organisation et de ses membres qui placent, pourtant, la lutte contre l’impunité parmi leurs priorités en matière de gouvernance interne et externe». Et de préciser sans ambages: «À ce sujet, le gouvernement de la RD-Congo salue chaleureusement les sanctions que vient d’infliger le gouvernement des États-Unis d’Amérique au Rwanda pour son soutien au groupe terroriste du M23 et à un de ses hauts dignitaires impliqués dans les aventures criminelles au Congo. Pour rappel, ce groupe terroriste, supplétif du Rwanda ne respecte aucun des engagements conclus par les Chefs d’Etat de la Région dans le cadre des processus de Luanda et de Nairobi. En eff­et, non seulement ils n’ont pas quitté les positions conquises, mais ils continuent à massacrer les populations civiles et refusent le pré-cantonnement et le cantonnement, exigeant un dialogue qui ne leur sera jamais accordé».

Octave MUKENDI

Plamedie MBENZA

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