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25.000 milliards de dollars, les opportunités économiques liées aux océans au cœur de l’agenda international

La Côte d’Azur s’est parée de bleu week-end dernier à l’occasion d’un événement international d’envergure consacré à l’économie bleue. Samedi 7 et dimanche 8 juin, la Principauté de Monaco a accueilli un forum mondial sur «l’économie et la finance bleue», réunissant plusieurs centaines de scientifiques, entrepreneurs, investisseurs et responsables politiques. Ouvert par le prince Albert II et clôturé par le président Emmanuel Macron, en visite officielle dans la Principauté, ce forum ambitionne de catalyser un changement structurel vers une économie marine durable, inclusive et régénérative. Dès ce lundi 9 juin, le débat se poursuivra à Nice avec la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan -UNOC 3-, prévu jusqu’au 13 juin.

Une économie au potentiel colossal, mais fragile

L’économie bleue regroupe l’ensemble des activités économiques liées aux océans, mers et zones côtières: pêche, aquaculture, énergies marines renouvelables, biotechnologies, transport maritime, chantiers navals, infrastructures portuaires, tourisme littoral, etc. Loin d’être une abstraction, ce concept recouvre une réalité stratégique pour la croissance mondiale. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques -OCDE-, cette économie représente déjà près de 2 500 milliards de dollars par an, et pourrait dépasser les 3 000 milliards d’ici 2030.

Si elle était une nation, l’économie bleue serait aujourd’hui la cinquième puissance économique mondiale. Elle joue un rôle clé dans la sécurité alimentaire, la transition énergétique, la recherche biomédicale, la régulation du climat et la résilience écologique des écosystèmes marins. Mais ce potentiel immense est menacé. Pollution plastique, surexploitation des ressources halieutiques, destruction des habitats marins, dérèglement climatique: les pressions anthropiques ne cessent de croître. À Monaco, Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC et co-président du forum, a rappelé que «l’océan recèle une formidable quantité d’opportunités économiques et financières, d’une valeur estimée à 25 000 milliards de dollars». Toutefois, a-t-il prévenu, «cette richesse ne pourra être réalisée que si nous cessons de dilapider notre capital naturel».

Finance et innovation au service de la durabilité

Le Blue Economy and Finance Forum -BEFF- de Monaco a ainsi mis en lumière les conditions nécessaires à un développement équilibré de l’économie bleue: financement responsable, gouvernance renforcée, innovation technologique, partenariats public-privé et inclusion des communautés locales. Parmi les initiatives présentées figurent la restauration des récifs coralliens aux Maldives, le développement de coopératives d’algues en Tanzanie, la mise en œuvre de crédits carbone bleus aux Fidji, ou encore la transition écologique des ports et navires. Des projets exemplaires qui démontrent que durabilité et rentabilité peuvent aller de pair. «La raison nous dit que, dans le bleu, nous pouvons enfin réaliser cette nouvelle alliance entre l’économie et l’environnement», a déclaré Pascal Lamy.

Une dynamique internationale appuyée par l’ONU

L’enjeu dépasse largement les frontières de la Méditerranée. L’économie bleue est désormais au cœur de l’agenda international. La Conférence des Nations unies sur l’océan, qui s’ouvre à Nice, en est l’illustration. L’un de ses objectifs prioritaires est de promouvoir une économie bleue durable, en lien avec l’Objectif de développement durable n°14 -ODD14- de l’ONU: «Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable».

Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a récemment appelé à «investir massivement» dans l’économie bleue. «L’océan couvre la majeure partie de notre planète et assure notre subsistance. Aujourd’hui, c’est lui qui a besoin de notre aide», a-t-il insisté. Ce tournant vers une gestion durable des océans est désormais perçu non seulement comme une nécessité écologique, mais comme une véritable opportunité économique, sociale et stratégique pour les décennies à venir. Le forum de Monaco en aura été une étape majeure.

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