
2 684,8 mégawatts. Plus de 2,3 milliards de dollars. En cent jours à peine, la nouvelle équipe de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité -ARE- affiche des chiffres qui font parler à Kinshasa. Un bilan présenté ce lundi 5 octobre par sa directrice générale, Soraya Aziz Sangi, nommée en mars dernier. Pour comprendre la portée de l’annonce, il faut revenir en arrière. En six ans d’existence, l’ARE, créée pour assainir et encadrer un secteur longtemps à l’abandon, n’avait engrangé qu’environ 1,8 milliard de dollars d’investissements traités. En un trimestre, la nouvelle direction affirme avoir dépassé ce cap. De quoi parler, en interne, d’un «miracle». Nommée par le président Félix Tshisekedi le 23 février, entrée officiellement en fonction le 3 mars aux côtés de son adjoint, Soraya Aziz Sangi a imprimé une méthode qui détonne. Moins de paperasse, plus de terrain.
«Nous avons ressorti des vieux dossiers pour lesquels les raisons exactes des dérapages n’avaient pas été clarifiées. Nous en avons discuté avec les opérateurs et nous les avons guidés pas à pas pour améliorer leur dossier, parce que c’est ça, l’investissement proactif», a-t-elle expliqué devant un parterre d’opérateurs et d’officiels.
Le message est clair: l’ARE ne veut plus être ce gendarme perçu comme bloquant, mais un facilitateur. Dans un pays où seulement 19 à 20% de la population a accès à l’électricité, malgré le monstre Inga et un potentiel de plus de 100 000 MW, l’enjeu est vital. Sans régulation efficace, pas d’investisseurs. Sans investisseurs, pas de mégawatts. Au-delà du discours, la nouvelle équipe a sorti deux cartes fortes. D’abord, une plateforme numérique de gestion des plaintes. Une première. Présentée par le directeur général adjoint, elle doit permettre de collecter et de traiter en temps réel les doléances des opérateurs et des consommateurs. Dans un secteur miné par les conflits entre fournisseurs et clients, l’outil pourrait changer la donne en matière de transparence.
Ensuite, les résultats opérationnels: 18 avis favorables pour des projets conformes, 17 dossiers de contentieux vidés, 45 projets énergétiques analysés et enregistrés, et surtout 83% de réussite aux opérations de commissioning, cette étape cruciale qui valide la mise en service des installations.
La cérémonie de ce lundi a aussi été l’occasion de remettre une quarantaine d’avis favorables et de certificats de conformité, longtemps attendus par certains opérateurs, et de signer trois protocoles d’accord stratégiques avec la CAID – la puissante Cellule d’Analyse des Indicateurs de Développement rattachée à la Présidence –, le Réseau Mwangaza et l’ACERD, l’Association congolaise pour les énergies renouvelables et décentralisées. En filigrane, une présence qui n’est pas passée inaperçue: celle de Victor Matondo, directeur de cabinet adjoint du ministre des Ressources hydrauliques et Électricité, Aimé Molendo Sakombi. Un signal de soutien politique à une institution qui cherche à s’imposer.
Reste l’épreuve du temps. Dans la RDC de l’électricité, les annonces de milliards sont monnaie courante, les électrons beaucoup moins. La nouvelle ARE a gagné la bataille des chiffres pour ses 100 jours. Elle devra maintenant gagner celle, plus difficile, du courant qui arrive enfin dans les foyers.
Natine K.






