
L’appel du secrétaire permanent de l’Union sacrée, André Mbata Mangu, à organiser une marche le 22 juillet, jour d’une mobilisation déjà annoncée par l’opposition C64, divise. Les critiques fusent, y compris dans les rangs de la majorité présidentielle.
Une riposte calquée sur l’agenda adverse
Depuis Yaoundé, où il participe à la 5e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Mbata a appelé les partis, regroupements et organisations de l’Union sacrée de la Nation à manifester le 22 juillet à Kinshasa, dans les 25 provinces et au sein de la diaspora. Motif invoqué: s’opposer à un supposé «coup d’État contre la Nation» et défendre «l’expression de la souveraineté populaire».Problème: cette date correspond à celle d’une marche annoncée par l’opposition. En choisissant le même jour, la majorité présidentielle renonce à une démonstration de force autonome pour entrer dans une logique de confrontation directe, estime-t-on. .
«Droit dans le piège de l’Opposition»
Le malaise est réel jusque dans le présidium de l’Union sacrée. «Le rapport de Human Rights Watch, bien que discutable, nous accable déjà. Les remarques de l’Union européenne et de la Belgique sont encore chaudes. L’idée d’une contre manifestation le 22 juillet ne passe pas. Elle nous amène droit dans le piège de l’Opposition», commente un membre du présidium sous le sceau de l’anonymat.
Une très mauvaise lecture de la situation
Pour plusieurs sociétaires, le pari est dangereux. «Miser sur la confrontation le 22 juillet est une très mauvaise lecture de la situation. Le pouvoir de Kinshasa a plus à perdre qu’à gagner», estime un autre cadre de l’USN. Le journaliste Siméon Isako parle d’une «énième gaffe stratégique». «André Mbata choisit la voie de la provocation en calquant sa mobilisation sur la date de la marche probable de l’opposition. Un choix politique risqué, susceptible d’attiser inutilement les tensions à Kinshasa», écrit-il sur X. Un internaute résume: «Mbata joue toujours contre son camp. Si l’opposition est attaquée le 22/07 ça sera sur le dos du pouvoir».
Le poids des mots et des institutions
L’usage de l’expression «coup d’État contre la Nation» interroge. À ce jour, aucun élément public ne permet d’établir l’existence d’une tentative de coup d’État au sens institutionnel ou militaire. L’Union sacrée contrôle la majorité des institutions. «La véritable démonstration de force aurait consisté à mobiliser à une autre date, sans tomber dans le piège d’une confrontation aussi prévisible qu’inutile», note Siméon Isako.
Le test de la rue Le 22 juillet sera moins un test institutionnel qu’un test de responsabilité. «Il révélera la capacité des acteurs congolais à faire vivre la confrontation démocratique sans basculer dans une logique d’escalade», analyse pour sa part le journaliste et analyste politique Freddy Noël Tshiyoyo. Alors que les attentes restent fortes sur la sécurité et le coût de la vie, l’Union sacrée est accusée de donner la priorité à la démonstration de force. Pour ses détracteurs, elle n’a «rien à gagner dans une logique d’affrontement». La balle est désormais dans le camp de l’autorité suprême.
YA KAKESA