
La République Démocratique du Congo a frappé fort. Jeudi 9 avril, Kinshasa a réalisé sa première émission d’eurobonds et levé 1,25 milliard de dollars, bien au‑delà de l’objectif initial de 750 millions, et le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li‑Botayi, s’expliquera devant la presse ce lundi pour en détailler les modalités et les retombées. L’opération se décompose en deux tranches: 600 millions de dollars échéant en 2032, au taux de 8,75 %, et 650 millions arrivant à maturité en 2037, au taux de 9 %. Le livre d’ordres a enregistré une demande supérieure à 5,3 milliards, soit près de quatre fois la cible annoncée. Un signal fort envoyé par les investisseurs internationaux, selon le ministère.
Les recettes seront affectées à des projets dits structurants: modernisation de l’aéroport international de N’Djili, achèvement du barrage de Katende et réhabilitation de la route nationale n°4. Le gouvernement présente cette levée comme un levier pour accélérer la croissance et améliorer les infrastructures clés du pays. Le succès de l’émission est attribué à une campagne de roadshows menée depuis octobre 2025 dans les grandes places financières -Washington, New York, Londres, Paris-, et à un consortium bancaire piloté par Citi, Rawbank et Standard Chartered, avec le conseil de White & Case et Rothschild & Co. Les autorités mettent aussi en avant les réformes engagées et la hausse de l’outlook de S&P, passé de «Stable» à «Positive» en janvier.
redaMais la réussite n’efface pas les interrogations: les taux proposés restent élevés, rappelant la prime de risque attachée au pays, et la capacité du pays à transformer cet engouement ponctuel en accès durable aux marchés dépendra de la rigueur budgétaire et de la mise en œuvre des projets annoncés. La transparence dans l’emploi des fonds et le suivi des chantiers seront scrutés par les investisseurs.
Parmi les sujets sensibles attendus à la conférence: la levée du moratoire sur la «facture normalisée» et la volonté d’imposer le paiement de l’impôt sur les bénéfices et profits -IBP- exclusivement en franc congolais. Des mesures jugées essentielles pour réduire la dollarisation et renforcer la gouvernance fiscale. Ce lundi, Fwamba devra fournir des réponses précises sur l’allocation des fonds, le calendrier d’exécution, les garanties de bonne gouvernance et les mesures prises pour préserver la soutenabilité de la dette. La réussite de cette première sortie sur les marchés internationaux tiendra désormais à la capacité de Kinshasa à transformer la promesse en résultat tangible.
