
Le verdict est tombé lundi 11 mai, soit avec deux jours de retard. Neuf candidats au départ, un seul à l’arrivée. Véron Mosengo Omba ira seul au scrutin du 20 mai pour prendre la tête de la FECOFA. Pas d’adversaire. Pas de débat. Pas de vote. Une investiture. Le Conor a normalisé pour lui. Depuis la CAF, il a validé pour son propre compte quand il a jugé la voie libre. Puis, la commission électorale a publié malgré elle, après des jours de doute, après avoir attendu les réponses à son courrier du 26 avril, sans succès. Sur le papier, tout est présenté comme conforme. Dans la réalité, tout sonne faux. Trois présidents de ligues ont sonné le tocsin, en vain. Le candidat Patrice Mangenda a osé tempêter, rien n’y a fait. Les ambitions de tous les autres concurrents? Étouffées. Déloyalement. Mardi sur son compte X, Romain Molina l’a dit sans détour: «La mascarade est totale en RDC».
Des accusations de fraude. Un procès-verbal contesté. L’ingérence de la FIFA qui s’invite dans la danse. Mais il y a plus grave que la mascarade. Il y a qui en est l’unique bénéficiaire. Véron Mosengo n’est pas un outsider. Il est le système. Ancien Secrétaire général de la CAF de 2019 à 2024. Acteur clé de la mise en place du Conor, le 25 avril 2023 à Kinshasa. L’homme qui, depuis Le Caire, a dicté la feuille de route, nommé les hommes, entériné les textes. Le tuteur. Le régulateur. Le donneur de leçons d’éthique.
Justement. C’est là que le scandale change de nature. Car s’agissant de Mosengo, les circonstances ne sont pas atténuantes. Elles sont aggravées. Et aggravantes.
Quand un novice ignore le code d’éthique, il pèche par ignorance. Mais quand l’ancien patron de l’administration de la CAF foule aux pieds les articles 19, 20 et 27 sur les conflits d’intérêts et le devoir d’exemplarité, il pèche par calcul. Il sait.
Il a écrit la règle. Il a sanctionné en son nom. Et aujourd’hui, il s’en exonère. On n’attend pas du gardien du temple qu’il en perce le coffre. On attend de lui qu’il soit intraitable avec lui-même avant de l’être avec les autres. L’éthique n’est pas un costume que l’on enfile à Zurich et que l’on retire à Kinshasa. Elle est une, indivisible. Ou elle n’est pas.
Or que voit-on? Le juge devient partie. Le contrôleur devient candidat. Le braconnier, qui hier installait les garde-chasses, revendique aujourd’hui la forêt. Le Conor qu’il a enfanté a conduit la mission débouchant sur la validation de sa candidature unique. La CAF qu’il a dirigée regarde ailleurs. L’éthique à géométrie variable, voilà le vrai visage du système. Car enfin, de quoi parle-t-on? D’un homme qui a façonné et surveillé l’organe de transition et qui en récolte la présidence. D’un homme qui a imposé la normalisation aux autres et qui est prêt à se normaliser lui-même par acclamation. D’un homme qui devait garantir l’indépendance des processus et qui en devient le seul produit.
Le 20 mai consacrera Mosengo. Mais il consacrera surtout l’impunité d’un régime qui prêche l’éthique au monde et qui la piétine chez lui. Un système qui a exclu Platini pour un chèque et qui intronise Mosengo pour un pouvoir… sans gloire.
Le terrain répondra le 20 mai. L’Histoire, elle, retiendra que le plus grand conflit d’intérêts n’est pas celui qu’on cache. C’est celui qu’on légalise.
Et que l’éthique, entre les mains de la FIFA-CAF, n’est jamais qu’un instrument. Un instrument que l’on brandit contre ses adversaires, et que l’on range quand il s’agit de ses serviteurs.
Dans ce débat, AfricaNews pense avoir fait sa part, presque seul contre tous. Au nom de la vérité tronquée et de l’éthique bafouée, face à la conspiration du silence.