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Télécoms: Airtel vs Orange, guerre féroce!

Le DG d'Orange RD-Congo, Jean-Léon Bonnechère
Le DG d’Orange RD-Congo, Jean-Léon Bonnechère
Une impitoyable concurrence s’est installée dans le secteur des télécoms, où ces deux opérateurs télécoms jouent à casser les prix des appels… Pour sa part, le régulateur brille par son inaction et s’expose aux soupçons de complicité  
Deux des majors opérant sur le marché RD-congolais des télécommunications s’illustrent ces derniers temps par une grave concurrence déloyale qui ne dit pas son nom. La guerre des prix fait rage entre les deux opérateurs. D’une part, la filiale du géant groupe indien des télécommunications, le Groupe Bharti Airtel, déjà malmené sur le marché depuis un bout de temps, semble avoir trouvé de l’inspiration pour rester de bout. A quel prix? D’autre part, la filiale de l’opérateur français de référence, Orange, anciennement France télécom, se bat aussi pour fidéliser le peu de clients qui constituent son parc abonnés…et pourquoi ne pas en attirer d’autres. Le tout se passe sous la barbe du régulateur, impuissant ou complice.
Orange et Airtel se livrent une guerre féroce. Il y a peu, les deux entreprises étaient pourtant soudées, défendant une même cause: le respect du prix plancher. Dans cette lutte contre l’inconnu, elles ont exhibé à la face du monde leur capacité de nuire aux autres et surtout leur degré de mensonge très avancé. Pendant très longtemps, ces deux opérateurs se sont faits passés pour les modèles de transparence, ceux qui voulaient que l’Etat RD-congolais gagne plus d’argent en appliquant la politique du prix plancher.
Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Il ne s’agissait de rien d’autre que d’un mensonge. Plus aucun opérateur ne respecte la fameuse décision de l’ARPTC fixant les prix dans le secteur des télécommunications. Chez Airtel, il existe désormais une offre qui s’appelle «Loba na yo kanga journée». Rien qu’avec 100 unités, tout abonné en mode prépaiement peu passer des appels illimités en intra réseau pendant 24 heures. L’offre est même automatiquement renouvelable. Vous ne rêvez pas!
Orange fait mieux ou pire, c’est selon. En dehors de son offre illimitée en intra réseau, il a ajouté une autre, cette fois-là, en interconnexion, dénommée: «Benga voisin». A 6 unités seulement la minute, chaque abonné Orange peut appeler pendant une minute ou plus, l’abonné d’un autre réseau. Les abonnés se délectent! La loi, réglementation, elle, est violée, notamment la décision N°067/ARPTC/CLG/2013 du 25 septembre 2013 portant encadrement des tarifs de détail voix applicables par exploitants des réseaux et services de télécommunications ouverts au public en RD- Congo fixe pour la période allant de 2013 à 2014, en intra réseau, -pendant les heures chargées et les jours ouvrables-, la minute de communication à 10 cents. Pendant les heures creuses, soit de 21h00’ à 5h59’, et les jours fériés, la minute devait revenir à 0,05 cents.
 
Les recettes de l’Etat en baisse!
Rien de tout ça dans la pratique, où l’écart est énorme. Et personne ne dit mot. Tout le monde voit et tout le monde laisse faire. Pourtant, selon plusieurs sources concordantes, Airtel, Vodacom et Orange étaient à l’origine de cette décision de l’ARPTC. Déterminés à monopoliser le marché et surtout à mener la vie dure aux nouveaux arrivants, ils ne sont pas du tout gênés d’inventer des choses, cherchant à justifier à tout prix leur comportement capitaliste.
Pendant que l’Union internationale des télécommunications -UIT- se bat pour la démocratisation des télécommunications partout dans le monde, en RD-Congo, pour satisfaire aux intérêts égoïstes, Oscar Manikunda, président du collège des conseillers de l’ARPTC, alléché par des intérêts capitalistes, a choisi de nager à contre-courant. Ses protégés lui crachent désormais en plein visage, l’exposant même aux sanctions de la part de la hiérarchie. Le deal était pourtant clair: «il faut fixer le prix des appels en interconnexion et en intra réseau pour nous aider à justifier le refus de l’interconnexion aux nouveaux venus sur le marché des télécommunications». Mais officiellement, on a fait avaler à toute l’opinion que la politique du prix plancher va permettre au gouvernement d’amasser beaucoup plus d’argent en termes de TVA et Droit d’accise.
Aujourd’hui, AfricaNews met qui conque à défi. Même les agents des impôts. Combien l’Etat RD-congolais a-t-il gagné de plus depuis que le prix plancher est d’application? Par contre, durant les deux premiers mois qui ont suivi la publication de cette mesure, les recettes dans ce domaine avaient lourdement chuté. L’explication est simple: quand les prix sont en baisse, les gens s’appellent beaucoup et l’Etat gagne aussi beaucoup. Quand les prix sont élevés et que les gens ne parviennent pas à beaucoup s’appeler, l’Etat ne gagne presque rien.
A moins que les spécialistes de l’ARPTC et ceux d’Airtel, Orange et Vodacom démontrent le contraire. Pour un pays qui se recherche encore sur plan économique et social comme la RD-Congo, la politique du prix plafond est plus raisonnable. Elle permet au régulateur de fixer un seuil minimum et maximum qui ne pourra être dépassé par les opérateurs et ce, en tenant bien sûr compte du pouvoir d’achat de la population. Les télécommunications sont aujourd’hui l’un des droits  fondamentaux de l’homme. L’Etat a donc obligation de les rendre accessibles à tous.
YA KAKESA

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