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Suminwa: grosses manœuvres pour coupler Lobito au plan national de désenclavement

C’est une offensive diplomatique et technique destinée à changer la donne. Envoyée en personne par le chef de l’État, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a débarqué à Washington pour plaider, devant la Banque mondiale et une kyrielle de partenaires multilatéraux et bilatéraux, la transformation du corridor de Lobito en un «corridor d’intégration économique régionale», et non plus seulement en une simple voie ferrée d’exportation minière.

Lors d’une importante séance de travail, jeudi 16 avril au siège de la Banque mondiale, la délégation de la République Démocratique du Congo a posé une exigence claire: que le mégaprojet ferroviaire soit couplé au plan de transformation nationale. Autrement dit, Lobito doit être relié non seulement par rail, mais par un réseau de connexions routières, aéroportuaires, transfrontalières, fluviales et lacustres, pour faire du passage vers l’océan Atlantique un véritable moteur de développement pour le pays.

«Le corridor de Lobito va cesser d’être un corridor ferroviaire, mais plutôt un corridor d’intégration économique régionale», a résumé le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya. Les partenaires présents -Banque mondiale, Banque africaine de développement, AFD, AFC, DFC, Italie et autres- ont entendu la même ambition multisectorielle: rail, routes, digitalisation des frontières, zones économiques spéciales, énergie, agriculture.

Un gain de temps stratégique

En plus du potentiel minier, l’argument logistique est simple et puissant. Lobito offre un accès à la côte atlantique en neuf jours, contre vingt jours pour le corridor central menant à l’océan Indien. Pour un pays dont l’économie reste asphyxiée par l’enclavement, cette différence de délai représente un avantage compétitif majeur pour les exportations et la réduction des coûts.

«Il ne faut pas que, lorsqu’on commence à exporter des millions de marchandises, on perde 50 jours, 100 jours aux frontières», a insisté Paluku, rappelant la nécessité de digitaliser les postes frontaliers -Kasumbalesa, Lufu, Lobito- pour alléger délais et coûts.

Des projets opérationnels et des partenaires privés

Kinshasa veut que les projets soient commercialisables et portés avec des partenaires privés. La Banque mondiale, qui redéfinit actuellement son partenariat stratégique avec la République Démocratique du Congo, est sollicitée pour accompagner le «redimensionnement» du corridor en le connectant au vaste programme national de désenclavement et à la promotion des projets structurants, une priorité pour le gouvernement. 

L’Exécutif a déjà amorcé la matérialisation de cette vision: un programme de réhabilitation et de construction d’un réseau routier initial de 20 000 km -dont l’axe stratégique Banana–Kasumbalesa–Kolwezi au sein d’un réseau national estimé à 150 000 km.

Parallèlement, Kinshasa projette de baliser et drainer 28 000 km de voies fluviales et lacustres pour ouvrir des axes de transport fluviaux longtemps négligés. «Nous voulons que toutes les routes autour du corridor de Lobito deviennent des vecteurs de l’économie nationale», a ajouté John Banza Lunda, ministre des Infrastructures, soulignant l’ampleur des frontières communes avec l’Angola -2 664 km- et la Zambie -2 442 km- et l’enjeu régional que représente le projet.

Enjeu politique et économique

L’opération n’est pas que technique: elle est éminemment politique. Envoyer la Première ministre à la tête de la délégation traduit la volonté de Kinshasa d’imposer sa feuille de route et de sécuriser des engagements concrets. La présence des ministres du Portefeuille, des Finances, des Infrastructures,’du Commerce et du Budget démontre aussi la dimension transversale du chantier.

Reste la question cruciale du financement, de la gouvernance, et de l’implémentation sur un territoire vaste et complexe. La mobilisation de partenaires -Banque mondiale, BAD, AFD, investisseurs privés- est indispensable, mais devra s’accompagner d’un calendrier clair, d’une transparence sur les contrats et d’une coordination régionale pour éviter les doublons ou les projets mal alignés.

Cap sur Kinshasa en juin

La cadence s’accélère: la prochaine étape est déjà programmée. Kinshasa accueillera en juin une nouvelle réunion, cette fois pour adopter des projets opérationnels et trancher «où on commence par quoi, où on transite par quoi, et où on finit par quoi», comme l’a indiqué Julien Paluku. Les populations attendent, légitimement, des résultats tangibles.

Le corridor de Lobito pourrait ainsi devenir plus qu’un couloir d’exportation: un cordon ombilical économique reliant hubs portuaires, marchés régionaux et zones productives congolaises. Reste à transformer les engagements de Washington en chantier sur le terrain et en bénéfices visibles pour les populations du pays et de l’ensemble de la région.

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