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Stabilisation du taux de change: les pistes de l’Association congolaise des Banques

La dégradation de l’environnement international voire national a, depuis quelques années, affecté le secteur bancaire de la RD-Congo. Les effets sont visibles au pays avec notamment la dépréciation du Franc congolais face à la devise étrangère. Devant ce tableau peu luisant, les banquiers réunis au sein de l’Association congolaise des banques-ACB- se sont retrouvés, le week-end dernier à la faveur d’une cérémonie d’échange de vœux organisée au Restaurant Gourmand du Cercle de Kinshasa dans la commune de la Gombe, pour scruter l’évolution du système bancaire durant l’année 2016 et parler des perspectives d’avenir pour l’année en cours.
Dans son allocution, le Présidant de l’ACB, Yves Cuypers, a évoqué plusieurs facteurs qui freinent le secteur bancaire du pays notamment ce qu’il a qualifié d’«économie de la rusée» ainsi que la «trop grande part de l’informel dans le secteur bancaire». A l’en croire, certaines banques ont les fonds propres couverts en dollars américains pour se protéger contre la dépréciation monétaire, ce qui n’est pas le cas pour d’autres banques. Faisant part de quelques pistes de solutions à ces problèmes, Yves Cuypers a en même temps appelé les autorités politiques à leur responsabilité de soutenir toutes les banques à travers un renforcement de partenariat entre la Banque centrale du Congo -BCC- et les banques commerciales.

«Chaque année, nous nous retrouvons dans un espace d’expression privilégié pour parler des choses qui vont bien ou moins bien. Mon intervention est placée sur le signe du paradoxe; l’année 2016 dans ses débuts aura vu notre secteur marquer les pas. Mais nous avons évité toujours en 2016 une situation pénible grâce à l’intervention de la Banque centrale du Congo…aujourd’hui, tous les clignotants sont au rouge. Nous devons nous retrouver pour chercher des solutions efficaces pour le secteur bancaire, pour nos entreprises», a déclaré le Président de l’Association congolaise des Banques, Yves Cuypers, qui a, au nom de l’ACB, exigé des solutions durables pour la FIBANK et la BIAC aujourd’hui en difficultés. Il a décrié ce qu’il qualifie d’économie de la rusée.
Selon Yves Cuypers, la Banque centrale du Congo -BCC- a séché le marché d’au moins CDF 120 millions alors qu’il y a des banques dont les fonds propres sont couverts en dollars américains, ce qui les protège contre la dépréciation de la monnaie. Dans son mot de circonstance, Yves Cuypers a placé les autorités politiques de la RD-Congo devant leur responsabilité de soutenir toutes les banques commerciales à travers un renforcement de partenariat avec la Banque centrale du Congo. Il a formulé quelques recommandations, entre autres, l’élargissement du réseau des banques commerciales pour enrichir l’assiette fiscale à travers des taxes et impôts, la défiscalisation des provisions, la protection des fonds propres des banques et l’épargne. Le président de l’ACB a aussi demandé que les opérations des changes reviennent au système traditionnel. «Nous devons sortir de cette situation en laissant la valeur minimum de capital en Franc congolais. La BCC doit appliquer la même règle pour tout le secteur bancaire», a plaidé Yves Cuypers tout en décriant l’absence ou le déficit de cabinets d’audit à Kinshasa pour auditer des banques.
Pour sa part, le Gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo Mwana Nyembo, a remercié l’ACB pour son invitation à cette cérémonie qui, selon lui, offre l’opportunité d’évoquer la crise économique mondiale, évaluer le système économique du pays et évoquer des perspectives pour l’avenir. Devant des invités de marque aussi rodés en matière bancaire, comme l’ancien gouv’ de la BCC Jean Claude Masangu, le gouverneur Deogratias Mutombo a dressé un bilan chiffré du comportement de la monnaie et de l’économie nationale durant l’année 2016. «La croissance mondiale s’est établie à 3,1% en 2016 contre 3,2% en 2015. Le rythme d’activité en économie est resté faible en 2016. Cette situation a eu des conséquences dévastatrices sur l’économie congolaise; la monnaie nationale a perdu 23,9% en 2016», a expliqué le n°1 de la Banque centrale du Congo. Pour tenter de stabiliser le taux de change, Deogratias Mutombo a indiqué que la BCC a injecté USD 268 millions sur le marché.
Quant à la vente des devises, il a signifié que toutes les interventions en 2016 se sont déroulées conformément aux normes exigées. Néanmoins, la BCC a entrepris des reformes dans le cadre légal de réglementation notamment l’augmentation de la vigilance sur le marché. Pour promouvoir le professionnalisme, le gouverneur de la Banque centrale du Congo a rassuré les banquiers du renforcement en cours des règles de bonne gouvernance. En dépit des efforts engagés, Deogratias Mutombo a reconnu l’existence de quelques problèmes à résoudre notamment le faible niveau de bancarisation en secteur financier, l’absence de mécanisme d’assurances, l’absence de fonds de garantie des crédits. Le Gouverneur de la BCC a promis d’examiner la demande formulée par les banques, celle de revoir à la baisse le coefficient de la réserve obligatoire, avant d’inviter les opérateurs économiques du système RD-congolais à s’impliquer dans les reformes engagés par la Banque centrale du Congo.
De son côté, le ministre de l’économie nationale, Modeste Bahati Lukwebo, qui a rejoint le lieu de la cérémonie un peu tard, a reconnu qu’il y a une forte baisse de l’activité économique au pays. «La monnaie est moins stable, mais elle ne peut être soutenue que par la production. C’est ainsi que j’ai fait le déplacement de l’ex-Katanga pour échanger avec les opérateurs économiques sur cette question», a-t-il expliqué dans sa brève allocution, avant d’annoncer le soutien du gouvernement aux banques commerciales œuvrant en RD-Congo.
Olitho KAHUNGU

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