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Croissance inclusive: grands cerveaux en renfort à Kinshasa

Le Premier ministre Matata fait une photo attirante de la RD-Congo, un pays d’opportunités, où les investisseurs néerlandais sont invités à contribuer à la matérialisation du programme d’action du gouvernement
Le Premier ministre Matata fait une photo attirante de la RD-Congo, un pays d’opportunités, où les investisseurs néerlandais sont invités à contribuer à la matérialisation du programme d’action du gouvernement
Le gouvernement réunit, pendant deux jours dans la capitale, des sommités venues des universités d’Harvard, de Stanford, d’Anvers et d’ailleurs pour diagnostiquer les causes empêchant la redistribution équitable des gains de la croissance enregistrée depuis 12 ans et proposer les pistes destinées à favoriser des effets plus distributifs
Alors que la République Démocratique du Congo, un pays riche en ressources minières et naturelles, est à sa douzième année de croissance soutenue avec un taux moyen de 7,4%, supérieur à la moyenne sub-saharienne mais son développement économique et social est resté au bas de l’indice de développement humain. Son Président, Joseph Kabila, imagine des mécanismes et des stratégies dédiés à la conception de solutions innovantes. Il a chargé le Premier ministre MatataPonyoMapon a appelé en renfort les plus grands cerveaux triés sur le volet à la prestigieuse université d’Harvard des Etats-Unis, à la Banque mondiale et dans divers gouvernements ou organisations internationales.
Leur mission : diagnostiquer sans complaisance les facteurs à la base de ce paradoxe et proposer des pistes susceptibles de favoriser une croissance qui soit plus inclusive, se traduisant non pas simplement par l’égalité de traitement et d’opportunités, mais par une réduction profonde de la pauvreté et un accroissement massif et correspondant des emplois. Des conditions pour la croissance vers le développement intégral.
Si, à l’ouverture des travaux, Matata a lancé à ses éminents hôtes le défi de proposer des solutions susceptibles d’aider le pays à se «propulser vers une croissance accélérée et dans la trajectoire du développement humain», les interventions paraissent à la hauteur des attentes. Rodrick Dani, professeur d’économie politique internationale à la John F. Kennedy School of Governement de l’Université d’Harvard, auteur de renom en économie internationale, économie de développement et économie politique, spécialisé dans les questions de croissance, a garanti le niveau élevé des échanges, faisant, selon ses recherches, l’état des lieux de l’économie RD-congolaise dont la croissance actuelle est cloisonnée, dépendant essentiellement du secteur minier.
Or, de l’avis du ministre des Finances Henry Yav Mulang, «ce secteur, qui contribue à la création des richesses à hauteur de 45,0%, est connu comme étant un secteur à forte intensité de capital et paradoxalement à faible intensité de main d’œuvre, surtout que pendant longtemps cette production minière n’a pas fait l’objet d’une transformation locale». Conséquence: sa capacité limitée à impulser une amélioration des conditions sociales des populations à travers, notamment, la création d’emplois viables, a relevé Yav Mulang, déplorant le rapatriement, pour l’essentiel, des revenus issus de l’exploitation minière dans les pays d’origine des capitaux. A l’origine de cette situation, les conventions que l’Etat a négociées avec les sociétés minières, presque les yeux fermés, dans le souci d’attirer les opérateurs capables de réaliser les gros investissements que requiert la production minière.
La faiblesse de capacité d’investissements, principal goulot d’étranglement du développement en RD-Congo
Plus précis, MarysseStefaan, professeur émérite à l’institut de développement et gestion de l’Université d’Anvers en Belgique et directeur du CEA -expertise Afrique centrale-, impliqué dans la recherche sur l’économie politique et de développement, a fourni en terme de redistribution, les chiffres d’affaires du secteur minier, soit 56% coût de production, 36% profits et 13% l’Etat. Selon lui, «la faiblesse de capacité d’investissements est le principal goulot d’étranglement du développement en RD-Congo…» et «la qualité des institutions nationales est la plus importante variable-clé pour le développement».
MarysseStefaan croit dur comme fer qu’avec l’augmentation spectaculaire de la production, la gestion de la rente minière doit privilégier le développement du capital humain. Il a cependant défini les trous noirs dans la gestion de cette rente et dénoncé la vente opaque des actifs miniers.
A ces brillants orateurs, d’autres aussi pertinents que convaincants ont exposé jeudi 8 janvier sur des thèmes tout aussi intéressants: «lutte contre la pauvreté, agriculture et institutions rurales: la RDC peut-elle relever le défi»; «contraintes historiques au développement de l’Afrique, énergie et environnement» et «maladies comme fardeau qui bloque l’Afrique: débat actuel et nouvelles questions».
Interventions assurées respectivement par le professeur Stefan Dercon, économiste en chef au Département pour le développement international du Royaume Uni, le professeur Nathan Nunn de l’université d’Harvard et le professeur RaoufBoucekkine de l’université d’Aix-Marseille en France, et commentées par John Mususa, conseiller principal à la Primature, chercheur à l’IFRI aux Etats Unis, le professeur ElikyaMbokolo et Stephen Haber, professeur de science politique et d’histoire à l’université de Stanford.
Ce vendredi 9 janvier, les échanges vont se poursuivre entre autres sur «Quelles politiques pour un Congo riche?» par le prof Dani Rodrik de l’université Princeton; «Démographie et développement: transition démographique, piège ou opportunité pour la RDC» par David Weill, macro-économiste américain intéressé par les questions de la croissance économique, du marché boursier et de la santé, enseignant à l’université de Brown, avec les commentaires du professeur Léon de St Moulin de l’université de Kinshasa. Dans la soirée, MatataPonyo va offrir un diner à ses invités autour de la piscine du Grand Hôtel Kinshasa.
AKM   

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