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Bahati: ses recettes pour relancer l’économie nationale

Le ministre RD-congolais de l’Economie nationale, Modeste Bahati Lukwebo, a passé au peigne fin la situation économique du pays non sans proposer des pistes des solutions pouvant aider la RD-Congo de sortir de cette crise qui sévit dans le monde entier. Optimiste, Modeste Bahati croit en un avenir meilleur pour son pays au vu des performances réalisées. A titre d’exemple, il a brandi la production du cuivre et le taux de 5% réalisé en termes de croissance économique.
Est-ce que la crise qui nous frappe est-elle une évidence? Va-t-elle emporter l’ensemble des performances sur lesquelles vous étiez très fier?
Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez ce jour pour pouvoir échanger avec vous au sujet de la marche de l’économie RD-congolaise. Il est vrai que la crise est mondiale. Nous ne sommes pas épargnés mais nous sommes résilients. C’est ça la différence. C’est-à-dire nous résistons face aux chocs extérieurs mais aussi aux problèmes internes connus de tout le monde. Il est inutile de dire que les trois années qui sont passées, depuis la dernière crise économique, la RD-Congo a opéré ce qu’on peut appeler un miracle économique. Et tout le monde le dit: la Banque mondiale, le FMI, plusieurs observateurs avisés et tout récemment la revue African business qui a affirmé que malgré que la crise, la RD-Congo est au-dessus du lot d’autant plus que nous sommes au-delà de la moyenne africaine. Est-ce pour autant qu’il faille dire que nous allons continuer sur cet élan ou nous serons aussi absorbés par la crise? Ce qui est important pour un gestionnaire, c’est d’avoir une stratégie. Notre stratégie consiste justement à devancer les événements. La première stratégie repose sur la diversification de notre économie. Les performances que nous avons réalisées jusque-là en termes de croissance économique qui nous ont conduits jusqu’à 1,5% en 2014 ont légèrement baissé en 2015 et aussi en 2016. Ces performances étaient essentiellement fondées sur les matières premières, minerais et en peu les services. Nous nous sommes maintenant dit que nous devons nous réveiller pour faire agir les autres secteurs et les amener à contribuer efficacement à la croissance économique. Notamment l’agriculture, le tourisme, l’énergie, etc. Nous croyons que nous allons continuer à résister.
Vous avez évoqué le magazine African business qui a loué le progrès économique accompli par la RD-Congo. Comment vous vous sentez quand les autres parlent de ces performances en lieu et place des RD-Congolais vivant au pays?
Il est difficile de se juger soi-même. C’est toujours en retard que les gens réagissent. Beaucoup de héros, de nos jours, nous les découvrons avec le temps. Maintenant que nous sommes-là, les gens ne se rendent compte de tout ce que nous sommes en train de réaliser. C’est lorsque ce bonheur passe que les gens s’en souviennent. Ceci pour dire que c’est lier à la nature humaine. L’homme, le peuple est un éternel insatisfait. C’est clair et c’est son droit, parce qu’on cherche toujours le meilleur, on cherche toujours à être dans les meilleures conditions. Malheureusement, nous sommes dans un processus où nous avons en face les contraintes, les difficultés. Nous avons, de l’autre côté, les opportunités. Souvent, les difficultés prennent le dessus sur les opportunités. Ce qui compte pour un responsable, pour un dirigeant, pour un gouvernement, c’est de toujours faire mieux qu’avant. C’est-à-dire en rapport avec la situation, il faut se demander ce que l’on a ajouté ou apporté. C’est aussi scientifique. Quand l’on défend une thèse, la première question est l’apport du sujet à ce qui existe déjà. Si le récipiendaire ne parvient pas à démontrer l’innovation apportée par son sujet, sa thèse est rejetée. Pareil pour un dirigeant. Nous sommes entrés aux commandes des affaires à des moments très difficiles. Du moins, nous avons compris que, pour changer les choses, il faut travailler durement, être discipliné, se fixer des objectifs, avoir une vision. La vision a été donnée par le Chef de l’Etat Joseph Kabila et c’est à nous de la mettre en pratique chacun dans son secteur.
Comment pouvez-vous expliquer que la RD-Congo soit aujourd’hui un pays vers lequel les investissements directs étrangers se tournent en Afrique subsaharienne?
C’est facile. Nous avons pris une série de réformes. Des reformes incitatives. D’abord sur le plan législatif, nous avons adopté beaucoup de lois qui attirent les investisseurs et surtout leur offrent des garanties. Il est vrai que nous avons toutes les ressources imaginables et inimaginables, mais il fallait ajouter à cela les garanties. Toutes les reformes entreprises, que ce soit le code des investissements, le code minier et autres lois particulières, permettent à l’investisseur de récupérer son capital quitte à ce qu’il commence à payer les impôts ainsi que les assurances internationales notamment l’adhésion à l’OHADA qui est une garantie supplémentaire à la justice interne. Ce sont là les instruments qui permettent à un opérateur, qui n’est pas satisfait d’un jugement rendu ici soit par les Cours et Tribunaux soit par le Tribunal de commerce, d’aller au-delà, soit à Abidjan à l’OHADA soit à la Banque mondiale, pour bénéficier d’une justice qu’il croit équitable. Nous, nous avons adhéré à ces conventions et nous les avons ratifiées pour dire nous nous engageons à exécuter les sentences que rendront ces cours-là. Ce sont des garanties supplémentaires.
C’est un fait mais cela aura-t-il des retombées sur le Trésor public? Est-ce que le budget sera revu à la hausse avec cela?
Bien sûr. Mais, il ne faut pas réfléchir à court terme. Si vous vous attendez à ce qu’un investisseur débarque aujourd’hui et qu’immédiatement il commence à verser de l’argent dans la caisse de l’Etat, vous n’aurez aucun investisseur. Avec une entreprise comme Tenke Fungurume mining, il a fallu qu’on attende cinq ans avant qu’elle ne commence à payer des impôts. Et aujourd’hui, ce sont des millions. Nous avons été patients et nous leur avons accordé certaines facilités puisque nous savions qu’il y aura des retombées par après. Il est évident que tout ce que nous mettons en place comme mécanisme, moyen, instrument a pour finalité d’avoir des retombées positives dans les caisses de l’Etat.
Il faut être aveugle pour ne pas voir ce qui est fait avec les différents témoignages venant de l’extérieur de la part de l’Union africaine, et autres institutions. Ce qui étonne est que malgré tout l’arsenal juridique mis en place par le gouvernement, il a suffi d’un petit choc exogène pour qu’il y ait une certaine dégringolade. Pensez-vous avoir des moyens d’investir dans les nouveaux secteurs porteurs et qui vont soutenir la croissance?
Oui. Il est vrai que notre monnaie a connu un petit choc, comparé aux situations antérieures, c’est moins de 5%. Il ne faut pas dramatiser. Ce sont des choses acceptables dans une gestion normale. Evidemment, on ne peut pas s’en réjouir. Même si c’est 0,1%, il faut toujours être inquiet, car le taux de change est l’un des indicateurs le plus important de la macroéconomie et sur lequel se réfère tout opérateur économique avant de fixer le prix. Nous avons été victimes de ce problème pour diverses raisons connues. La monnaie est aussi une marchandise comme toute autre. Elle répond donc à la loi de l’offre et de la demande. Notre monnaie est soutenue par des devises provenant du secteur minier, des banques ainsi de suite. A un certain moment, plusieurs entreprises avaient baissé fortement d’activités. C’est ce qui fait que les recettes d’exportation ont aussi baissé. A cela s’ajoute aussi la fraude que nous considérons être poussée par les voisins en difficulté pour des raisons évidentes. L’Angola, par exemple, le gros de ses devises provient du pétrole dont le prix a considérablement chuté de 110 à 26 avant de remonter à 50. La Zambie avec le cuivre. On est parti d’USD 8.000 la tonne pour chuter jusqu’à USD 4.000 et maintenant c’est entre USD 4700 et 4800. Cela ne les a pas laissés indemnes. La plupart de ces pays ont dû passer par un collectif budgétaire en révisant à la baisse leurs prévisions budgétaires. Il n’y a pas que ça comme conséquence. Il y a aussi la conséquence sur le taux de change de leurs monnaies. C’est le cas de l’Angola. USD 1 en taux officiel c’est 165 Kwanza -monnaie locale. Mais sur le marché parallèle, c’est 4 ou 5 fois plus. Devant cette situation, ceux qui opèrent en Angola envoient leur production ici chez nous parce qu’ils savent que notre économie est fortement dollarisée. Ils viennent avec les marchandises pour retourner avec les devises, particulièrement le dollar américain. Quelqu’un qui vous vend un sac de ciment à USD 4 veut seulement récupérer la devise pour avoir l’équivalent de 4 sacs de ciment chez lui.
Nous avons appris que le gouvernement a injecté USD 50 millions pour pouvoir juguler cette crise monétaire. Apparemment, cela n’a pas été fait…
C’est vrai, il y a eu USD 50 millions. Pas une seule fois d’ailleurs. Je crois deux ou trois fois à travers la Banque centrale congolaise. Moi, en tant qu’économiste financier, j’avais suggéré qu’on ne se limite pas seulement aux banques. Il fallait aller aussi chez les cambistes et bureaux de change pour éponger la masse monétaire qui y traine. Quand on ne se limite qu’au système bancaire, les banques commencent d’abord par conforter leurs positions de change puis elles payent en monnaie structurale, c’est-à-dire elles font des transferts de compte en compte. Or, nous voulions frapper directement le surplus de la masse monétaire en circulation. Si on l’avait fait, vous allez constater que le taux allait baisser. J’espère que la Banque centrale congolaise nous écoute et qu’elle prendra en compte cette stratégie.
Vous n’êtes donc pas en collaboration?
Nous sommes en collaboration. Mais, il y a ce que l’on appelle l’autonomie de la Banque centrale. Je n’ai pas à leur donner une injonction. C’est juste un conseil que je prodigue.
S’agissant d’USD 50 millions versés sur le marché, moi, je pense qu’il y a une structuration de l’économie nationale devenue essentiellement consommatrice que productrice. A Lufu, la balance de change est déficitaire du côté RD-congolais puisque nous n’exportons presque rien en Angola. Alors qu’eux exportent presque tout vers chez nous et pompent les devises. Nous ne produisons pas grand-chose et n’exportons presque rien, voilà pourquoi des millions de la Banque centrale sont diluées dans les comptes entre les mains de ceux qui ne produisent pas. Ne pensez-vous pas que, eu égard à cela, le gouvernement devrait convoquer une sorte d’états généraux de l’industrie RD-congolaise puisque jadis le pays produisait beaucoup et exportait presque tout?
Je crois que votre préoccupation est tout à fait fondée. Dans le cadre de la diversification, avec le Président de la République, inspiré, nous avons adopté les 28 mesures urgentes. Parmi ces mesures, il y a les actions qui doivent être menées de manière à ne pas trop dépendre des importations. Et à ce jour, nous avons, lors de la dernière réunion de la troïka, décidé de lancer entre 6 et 8 parcs agro-industriels immédiatement: à Bumba dans la Mongala, à Rugumba dans le Tanganyika, à Bukanga au Kasaï, à Ruzizi au Sud-Kivu, à Kasongo au Maniema. Nous allons essayer de développer pour ne pas trop dépendre de l’importation. D’une part, il faut noter qu’en 1960, nous avions une économie très forte. Nous étions au même niveau que le Canada et dépassions la Corée du sud qui n’est plus à comparer avec nous autres. Ce qui compte est de prendre conscience de tout cela. Beaucoup de filières ont été abandonnées alors qu’elles permettaient justement de contribuer au renflouement des caisses de l’Etat en devise et de soutenir la monnaie et l’économie nationale. D’autre part, il faut dire que la faute incombe quand-même à nous, dirigeants. En certain moment, le pays n’a vraiment pas été stable avec des crises politiques, guerres, rebellions à répétition. Ceci n’a pas permis à ce que l’on puisse réfléchir. Je pense que maintenant nous devons pouvoir dire: laissons les questions politiques et politiciennes de côté, qu’elles ne puissent pas nous distraire. Quand on est aux affaires, il faut d’abord travailler pour la production et l’accroitre. Le remède c’est la production. Nous sommes à un niveau très bas. L’essentiel est d’en prendre conscience et de prendre des mesures correctives pour agir. Et nous sommes sur la bonne voie.
En parlant de la production, il y a un élément qu’on ne peut pas éluder. C’est la compétitivité de notre économie. Sa capacité à affronter les autres marchés pour pouvoir exporter. Nous avons perdu cette capacité de compétitivité et nous allons jusqu’à taxer les intrants souvent d’origine importée. Et notre économie devient totalement extravertie à tous les étages. Comment pouvons-nous régler ce cercle vicieux?
Il faut d’abord savoir par où commencer. Le grand problème dans notre pays, ce sont les infrastructures. Je crois qu’il faut s’attaquer aux infrastructures, avoir de l’énergie. Beaucoup d’argents ont été placés dans plusieurs projets, mais en retour aucun résultat, aucune trace. Parce que c’était des mauvais choix économiques. Si aujourd’hui, on avait USD 100 ou 200 millions, je proposerai d’affecter cette somme d’abord à la certification de nos réserves minières et pétrolières. Car, une fois ces réserves certifiées auprès des organismes reconnus mondialement, les investisseurs viendront en masse.
A ce sujet, il y avait un projet avec différents partenaires pour la certification des réserves. Apparemment le système n’a pas fonctionné…
Parfois, il y a des choses que l’on vous donne par la main gauche et que l’on cherche à vous retirer par la main droite. Si vous n’êtes pas vigilants, vous risquez de croire que c’est une bonne action mais en fin de compte… Nous devons nous-mêmes être conscients de ce que nous devons faire. La certification, par exemple, est l’une des 28 mesures. Ce cercle vicieux est une réalité mais aussi l’exigence de la mondialisation.
Quelle est la priorité pour le ministère de l’économie face au paradoxe que vivent les RD-Congolais entre ce que vous avancez comme performance et leur réalité quotidienne? Est-ce de baisser les prix? Est-ce de promouvoir l’investissement direct?
D’abord, il faut clarifier les choses. Lorsque nous parlons des retombées de la croissance économique, il y a des résultats matériels et immatériels. Exemple d’un résultat immatériel: lorsque grâce à la croissance économique, nous investissons dans l’éclairage public, ça profite aux riverains et usagers. Mais, l’on ne sait pas compter, l’on ne sait pas dire voilà moi je bénéficie d’USD 2 fruit de la croissance économique parce que j’ai l’éclairage public. Il y a aussi l’amélioration de l’éducation avec la construction des écoles. Si le cadre n’est pas bon, il est évident que la prestation ne peut pas non plus être bonne. Il y a en plus le transport public. Vous savez que dans cette ville, c’était une gageure que de trouver un moyen de transport. Comme on oublie très vite. Je disais tout à l’heure que l’homme par nature est insatiable. Aujourd’hui, nous avons amené des bus, il y a fluidité dans la circulation et l’on nous demande autre chose. C’est tout à fait normal. Tout dirigeant doit être prêt à y répondre. Tous ceux qui aspirent à la députation ou à la gestion du pays doivent s’attendre à ce que la demande soit toujours permanente. Le peuple demandera toujours. Même dans les pays les plus avancés, la demande est toujours-là. Ce qui est important est que nous sommes en train de faire un grand pas en avant.
La question de l’énergie est toute aussi cruciale. Nous faisons rêver le monde avec le projet grand Inga. Un projet dans lequel, les générations futures allaient se retrouver. Nous avons tous constaté que la Banque mondiale s’est retirée. Qu’est-ce qui s’est réellement pour qu’elle se retire?
Je pense qu’il s’agit ici de question de souveraineté. Nous devons nous-mêmes nous assumer. La Banque mondiale commence à poser beaucoup de conditions. A ce jour, nous devrions bénéficier d’un appui budgétaire de la part du FMI mais comme ce sont des jumeaux, ils nous posent des conditions politiques et même politicienne. Ils veulent qu’il y ait une lisibilité politique. C’est pour cette raison qu’il faut compter sur ses propres efforts. Inga, c’est un très bon projet. Mais, je n’ai pas en charge ce projet. Tout ce que je sais de ce projet est que le Chef de l’Etat a nommé quelqu’un qui doit piloter le processus. Et nous, nous devons rechercher des nouvelles ressources. Le fait que nous ayons ce réservoir de 100.000 MW, nous devons être en mesure de négocier avec ceux qui ont besoin d’énergie. Ils sont nombreux sur cette terre des hommes. Négocier avec eux pour qu’ils viennent s’assurer, en partenariat, une production énergétique inépuisable au lieu d’attendre la Banque mondiale ou le bienfaiteur connu de tout le monde. A un certain moment M’zee Laurent Kabila en avait marre et il avait refusé tout ça. Nous avions tenu pendant deux ans sans appui de la BM ni du FMI. Si on est déterminé, l’on peut arriver à quelque chose. Il faut s’émanciper économiquement.
La résilience de notre économie est quand-même forte par rapport aux pays voisins. Au même moment, il y a certaines choses qui se passent à l’intérieur et qui essayent d’émietter le faible pouvoir d’achat de la population. A titre d’exemple vous avez revue à la hausse le prix du carburant en ajoutant CDF 50. Comment comptez-vous soulager le pouvoir d’achat de la population en prenant pareille décision tout en sachant qu’il y aura des conséquences en chaîne? Pourquoi cette décision quand on sait que sur le plan mondial, les prix ont baissé?
Notre monnaie a subi un choc. Dans les proportions de 5%, c’est quand-même un grand choc sur le plan économique. La conséquence est logique et mathématique. Nous ne produisons pas le carburant que nous consommons. Nous devons l’importer. Pour l’importer, nous devons payer en devise. USD 1 est passé de CDF 930 à 1018. A ce jour sur le marché parallèle, on en est même à 1068. Il est évident que celui qui emporte doit disposer de CDF 1068 pour avoir USD 1 pour pouvoir importer du carburant. C’est un réajustement partiel du taux de change. Il est vrai que le pétrolier était à bout de souffle. Il voulait déjà passer.
Avec ce taux, il réalisait quand même des bénéfices…
Non, non. Nous, nous avons bénéficié de la fiscalité et de la parafiscalité pendant cette période, parce que nous voulions stabiliser les prix. C’est pour cette raison que le gouvernement, malgré lui, accepte maintenant la baisse de la fiscalité pour faire face à cette demande des pétroliers. Les CDF 50 ajoutés au litre représentent moins de 0,5%. Il était initialement prévu une hausse de CDF 100 mais nous l’avons évité du fait que nous sommes à la veille de la rentrée scolaire. Il est vrai que la réalité économique s’impose à tous et que les faits sont têtus mais nous n’avons pas voulu faire de la démagogie en économie.
Les exonérations dérogatoires représentent aujourd’hui 40%. Dans chaque milliard de CDF que le pays mobilise, il perd CDF 400.000.000 et apparemment le gouvernement n’est pas mobilisé pour stopper cette hémorragie. Qu’est-ce qui se passe?
La question des exonérations a déjà été examinée. Il a été demandé au ministre des Finances de voir ce qui se passe. Selon le dernier rapport qu’il a présenté, il se constate que 85 si pas 90% de ces exonérations sont régulières. Donc, légales. Elles répondent à la politique du gouvernement. Une politique incitative pour espérer un meilleur avenir. Parce qu’en renonçant aujourd’hui à nos ressources, demain nous en aurons encore plus. Lorsqu’on accepte qu’un projet se réalise aujourd’hui avec toutes les facilités fiscales et douanières, c’est pour que d’abord il y ait des emplois et en plus, prélever, plus tard, sur l’activité. Il est aussi vrai qu’ils y mêlent aussi de la fraude. Nous sommes en train de travailler là-dessus. Certains cas sont dénoncés, notamment à Lufu où avec cette affaire de ciment tout le monde m’a jeté des pierres. Or, ma décision est salutaire. Quand on s’attaque à une maffia, il faut s’attendre à des réactions et à des flèches. Je ne sais pas vous donner beaucoup de détails de peur de dévoiler ceux qui étaient dans ce système de fraude. C’était une forteresse qu’il fallait secouer. Il y a eu mauvaise application, de l’anticipation, de la surenchère, mais nous avons déjà dépêché des équipes des inspecteurs économiques pour ramener les prix à leur niveau parce qu’il y a un stock énorme sur le marché. Il n’y a donc aucune raison d’appliquer des prix de manière exagérée. Toutes ces fraudes font que les exonérations soient nécessairement contrôlées. Si elles ne le sont, elles vont créer une distorsion économique. Quelqu’un qui vient avec un produit exonéré devant servir à la réalisation d’un projet public, au lieu que le projet bénéficie de ce produit, celui-ci sera plutôt revendu sur le marché et va mener une concurrence déloyale à celui qui exerce normalement.
Où allez-vous trouver de l’argent pour financer les parcs agro-industriels que vous voulez dupliquer en provinces?
Nous avons déjà pris contact avec une banque étrangère qui est prête à financer l’agro-industrie. En plus, nous avons des réserves à la Banque centrale bien qu’elles ont baissée. Ces réserves doivent servir à quelque chose. Elles ne sont pas là pour être contemplées. Elles doivent être utilisées dans des projets bancables et rentables. Je pense qu’il faut savoir se servir de nos propres ressources pour créer des richesses.
En résumé…
Tout ce que je peux dire à notre peuple ainsi qu’à toute personne vivant en RD-Congo, c’est que beaucoup de choses sont en voie d’être réalisées en dépit des difficultés. Les difficultés, il y en aura toujours. Ce qui est important c’est de savoir les contourner. Nous n’avions jamais espéré de dépasser la production de 450.000 tonnes de cuivre. Nous avons toujours considéré la période de gloire de la GECAMINES. Voilà qu’aujourd’hui nous avons déjà dépassé 1 million de tonne de cuivre. Et si nous avions suffisamment d’énergie, nous pourrions franchir le cap de 2 ou 3 millions. Qui pouvait s’imaginer que, dans ce pays, pendant plus de trois ans, l’on ne puisse pas connaitre une inflation inférieure à 5%? C’est une réalité aujourd’hui. Qui pouvait s’imaginer que nous qui étions à -7 en terme de croissance économique, il y a quelques années, aujourd’hui, nous puissions aller au-delà de 5%? Quelque chose est en train de se réaliser mais le pays est trop vaste. Il nous faut des grandes décisions. Car, les grandes décisions sont celles qui produisent de grosses sommes d’argent. Notre pays a besoin des milliards. C’est pourquoi j’insiste sur la certification de nos réserves pour pouvoir lever des fonds importants. Et si aujourd’hui nous avons des milliards, le premier doit aller dans l’administration publique pour la reformer de manière à ce qu’elle soit une administration de développement. Le deuxième irait dans les infrastructures, l’énergie ou encore l’éducation.
Interview réalisée par
Christian BUTSILA
Laurent OMBA

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