
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée vendredi 5 juin, la capitale RD-congolaise a vu des artistes, autorités et membres de la Société civile unir leurs voix pour appeler à des changements de comportement face à la pollution plastique. Le vernissage de l’exposition «Bikeko ya kopal», organisé par la plateforme environnementale «Moyako», a servi de tribune à ce plaidoyer. Sous le thème: «En finir avec la pollution plastique à Kinshasa», l’événement a mis l’accent sur la responsabilité individuelle dans la gestion des déchets. Au cœur de l’événement, le plasticien Jean-Alain Masela a impressionné l’assistance en dévoilant des œuvres d’art uniques, entièrement façonnées à partir de bouteilles plastiques récupérées.
Chaque sculpture se veut une interpellation visuelle face aux comportements quotidiens des RD-Congolais. «Le problème, c’est la mauvaise utilisation du récipient qui devient un déchet embarrassant. Je vous conseille de bons gestes», a-t-il déclaré devant le public réuni pour l’occasion. Pour illustrer son propos, Masela a exposé une série d’œuvres réalisées à partir de ces bouteilles plastiques récupérées. Chaque pièce porte un message destiné à interpeller les visiteurs. Parmi elles, une femme enceinte de jumeaux symbolisant la conscience et l’action, un couvre-chef traditionnel appelant à l’engagement, ou encore «Kuiti-kuiti», un homme ivre qui illustre l’insouciance face à la pollution. Une statue inspirée de l’art pende complète l’ensemble.
Le gouvernement met en avant ses mesures
Cet appel à l’action citoyenne a trouvé un écho favorable auprès des autorités publiques. Prenant la parole lors des panels de discussion, Idesbald Chinamula, conseiller principal de la Première ministre en charge du collège Environnement, urbanisme, habitat, infrastructures et travaux publics, a rappelé que Kinshasa produit quotidiennement entre 15 000 et 20 000 tonnes de déchets, dont une part importante de plastique. Sous le soleil accablant, il a rappelé l’urgence d’une réponse globale. «Le plastique, à ses débuts, était un exploit technologique, mais aujourd’hui, il représente un défi existentiel pour nos villes», a-t-il reconnu.
Représentant la Première ministre, il a indiqué que le gouvernement a lancé une étude d’impact couvrant les 26 provinces et mis en place des incitations fiscales pour encourager l’économie circulaire, notamment l’exonération des droits de douane et des taxes pour les entreprises du secteur du recyclage. Il a ajouté que la gestion des déchets dans une mégapole de plus de 15 millions d’habitants exige une approche multisectorielle mobilisant l’ensemble des ministères.
UNESCO et Société civile appellent à agir
De son côté, Olivier Kashongue, chargé de programme des sciences naturelles à l’UNESCO, a rappelé l’accompagnement de l’institution auprès de la RD-Congo depuis 1960. Il a précisé que la gestion des déchets figure parmi les axes d’intervention de l’UNESCO à Kinshasa et dans d’autres provinces. Selon ses propos, l’organisation accompagne notamment un programme d’éducation environnementale déployé avec le ministère de l’Éducation nationale afin de sensibiliser les élèves. Du côté des organisations de terrain, le ton était plus alarmiste.
Jean Mangalibi, coordinateur de l’ONG «Les amis de la nature et des jardins», a dénoncé la négligence persistante envers l’environnement et l’absence de structures de formation adaptées. Il a cité la tentative d’abattage du baobab historique du beach Ngobila et les menaces pesant sur la pépinière de l’avenue Pumbu à Gombe comme exemples de la pression exercée sur les espaces verts urbains. La journée s’est achevée par une visite guidée de la pépinière «Mbila ya mboka Kongo», prolongeant le plaidoyer pour une prise de conscience collective et des actions concrètes sur le terrain.
Hénoc AKANO
