Culture

Franco Luambo Makiadi demeure toujours présent!

Luambo
Il y a 26 ans depuis que l’artiste musicien RD-congolais Franco Luambo Makiadi Lokanga La Djo Pene nous a quittés. Pour se souvenir de cet homme aux talents multiples, une grande activité a été organisée en sa mémoire lundi 12 octobre 2015. D’abord dans l’avant-midi, quelques membres de sa famille, ses enfants, ses amis, ses anciens collaborateurs, les musiciens et quelques personnalités politiques du pays se sont rendus au cimetière de la Gombe où repose pour l’éternité cet icône de la musique RD-congolaise moderne. C’était une véritable retrouvaille entre amis et proches du «Grand Maître» qui n’ont pas manqué d’apporter des gerbes de fleurs, a-t-on constaté.
Après cette étape, direction paroisse Saint Joseph de Matonge où une messe a été dite dans l’après-midi peu avant que le Premier ministre Matata Ponyo, entouré de quelques membres du gouvernement, de la famille de Franco et artistes, dévoilé le monument érigé à la Place des artistes en plein cœur de Matonge. Un mérite artistique qui nécessite une reconnaissance de plus d’une personne. Pour se souvenir de ce qu’a été le Grand Maître, quelques formations musicales ont agrémenté la soirée organisée à la Place 1.2.3, dans la commune de Kasa-Vubu.
Il s’agit de Bana OK et du TP OK Jazz ressuscité par Emongo Luambo, un des fils de Franco. Sans conteste, Franco Luambo Makiadi demeure toujours vivant à travers des belles œuvres qui sont jouées en longueur des journées dans les radios et télévisions de la RD-Congo. C’est un bon moyen d’immortaliser celui qui a longtemps mis en valeur la musique RD-congolaise moderne sur la scène internationale aux côtés d’autres fils du pays. Aujourd’hui, le talent de Franco autrement appelé «Yorgho» est salué par tous peu importe la génération.
Né le 6 juillet 1938 à Sona Bata au Kongo Central, Luambo Makiadi est l’un des pères fondateurs de la musique RD-congolaise moderne. Avec son orchestre OK Jazz, il a apporté un style nouveau à cette musique. Il est longtemps resté égal à lui-même. Un chanteur-guitariste exploitant diverses thématiques principalement celle liée à la société avec un accent parfois provocateur mais avec un sens de l’humour. Il a dérangé ici et là! Selon certains témoignages, Franco a connu une enfance très difficile.
La vie des hommes! Après la disparition de son père Emongo en 1948, sa mère Hélène Mbonga, rejetée par sa belle-famille, se décide de quitter le Kongo Central pour s’installer à Kinshasa avec ses trois enfants entre autres Bavon Marie Marie, Marie Louise Luambo Akangana ainsi que Franco de Mi Amor. C’est à Kin la belle que tout est parti pour Luambo Makiadi. Sa mère ayant trouvé le logement sur la rue Bosenge, dans la commune de Ngiri-Ngiri. Là, Franco s’initie petit à petit à la guitare avant bien maitriser cet instrument auprès d’Albert Luampasi.
Quelques années plus tard, vers les 1954-1956, Franco et ses copains se produisent avec succès dans des bars et autres lieux de réjouissance comme «Ciné Bar» à Lingwala, «Home des Mulâtres», «OK Bar», et «Congo Bar» à Kinshasa en passant par «Parc de bock» à Kalina actuelle commune de la Gombe. C’est finalement le 6 juin 1956 que le groupe trouve enfin une nomination: «OK Jazz». Sont associés, Jean Serge Essous, Lubelo De la Lune, Roitelet Moniania, Rossignol, etc. Du coup, ce jeune orchestre accumule, très rapidement le succès.
Sur le chemin de ce groupe, la scène musicale RD-congolaise est sensiblement bouleversée alors que Vicky Longomba fasse son entrée. Ce dernier, faut-il le faire remarquer, accompagnait bien avant l’équipe de Franco dans les enregistrements avant d’intégrer OK Jazz. Kabasele Tshamala dit Grand Kallé, patron d’African Jazz, s’étant bien positionné, se sent en danger surtout avec la venue, en 1957, dans OK Jazz de deux chanteurs brazzavillois dont Célestin Kuka et Edo Nganga. Dommage, cette collaboration a fait long feu.
Parce qu’en 1959, les deux brazzavillois décident de retraverser la rive pour aller créer «Bantou». Ce vide sera rapidement remplacé par Mulamba Mujos et Tshamala Picolo. Ce n’est pas tout. Luambo subit encore une autre épreuve. C’est le départ de Vicky Longomba pour Bruxelles où il est allé accompagner African Jazz de Grand Kallé. Et Longomba ne part pas seul, il s’en va avec Brazzos. Le départ de ces deux musiciens occasionne alors l’intégration de Kwamy et Djeskain Dihunga.
 
Plus de 300 chansons
Ce n’est que plus tard, après la célébration du 20ème anniversaire de la création de l’OK Jazz que l’orchestre devient Tout Puissant OK Jazz. En 1983, Luambo se trouve en tête d’une forte équipe composée de 37 musiciens en lieu et place comme cela fut le cas il y a 27 ans lorsque le groupe a été créé, témoignent certains observateurs. Côté discographie, Franco Luambo Makiadi a laissé un riche répertoire avec plus de 300 chansons. Entre autres, «Lettre au DG», «Très fâché», «Non», «Makambo ezali bourreau», «Mario», «Très impoli», «Mamou». Cette liste est loin d’être exhaustive.
A travers ses différentes œuvres, «Ya Fwala», dénonçait l’injustice, le racisme et autres faits sociaux. Cependant, après un succès incommensurable, Franco n’est plus au point. Sa santé commence à l’affaiblir peu à peu. Et c’est en 1988 que tout tourne au ralenti pour lui. Pourtant Grand Maître gardait toujours l’espoir de vivre. Sa dernière production scénique livrée en 1989 aux Pays-Bas témoignait clairement sa faiblesse.
Mais il voulait toujours garder sa guitare en main et se tenir devant son micro. La nature en a décidé autrement. C’est le 12 octobre 1989 qu’il tire sa révérence à l’Hôpital de Mont Godinne en Belgique. Le pays lui rendu alors des hommages dignes de son rang. Sa dépouille rapatriée à Kinshasa, reçoit trois jours durant, des funérailles nationales organisées dans le grand Hall du Palais du peuple. L’artiste ne meurt jamais, dit-on. Franco Luambo Makiadi demeure à jamais près de nous grâce à ses différentes œuvres.
 
Patrick NZAZI

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