
Connectivité, inclusion financière, fiscalité et impact social: le Vodacom Impact Forum a réuni, jeudi 8 octobre, les acteurs publics et privés autour des défis qui conditionnent la transformation numérique et l’inclusion financière République démocratique du Congo, en présence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Des investissements dans les télécommunications à la nécessité de créer un environnement favorable à l’innovation, les échanges ont levé un coin de voile sur l’ambition de faire du numérique un véritable levier de développement pour les populations.
La transformation numérique de la République démocratique du Congo ne pourra se réaliser sans une collaboration renforcée entre les pouvoirs publics, les opérateurs de télécommunications et les acteurs du secteur financier. C’est l’un des principaux enseignements du Vodacom Impact Forum. qui a placé au centre des discussions les conditions nécessaires pour accélérer la connectivité, élargir l’inclusion financière et renforcer la contribution du numérique au développement du pays.
«La transformation d’un pays ne se décrète pas, mais se construit dans le dialogue et les partenariats», a précisé Khalil Al Americani, CEO de Vodacom Congo, lors de son discours d’ouverture.
L’entreprise, présente en RDC depuis 2002, entend poursuivre son engagement dans un marché qui présente encore d’importantes possibilités de croissance. Selon les chiffres communiqués par son dirigeant, Vodacom compte aujourd’hui plus de 26 millions d’abonnés, dont 10 millions utilisent les services de données mobiles. Sa couverture nationale atteint plus de 46% pour la 4G, 50% pour la 3G et 61% pour la 2G.
Ces indicateurs témoignent des progrès accomplis, sans pour autant être une totale satisfaction.
La connectivité, un défi national
Pour José Mpanda, ministre de la Poste et des télécommunications, la RD-Conho se trouve clairement à un moment charnière de sa transformation numérique. Alors que le gouvernement entend connecter les 145 territoires, la réduction de la fracture numérique reste un véritable dans un pays aux dimensions continentales. À cela s’ajoute l’objectif naturel de digitaliser les services et de renforcer les recettes publiques.
Dans ce registre, le «Vodacom Impact Forum» 2026 a ouvert le débat, tout en proposant un cadre de concertation destiné à identifier les urgences du secteur et à formuler des recommandations concrètes. Les échanges ont notamment permis d’identifier les obstacles à l’extension de la connectivité dans un pays où les disparités entre les zones urbaines, périurbaines et rurales demeurent importantes.
Repenser l’environnement fiscal des Télécoms
L’amélioration du cadre réglementaire et fiscal s’est imposée comme un autre sujet majeur du forum. Christian Katende, président de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo -ARPTC-, a plaidé pour une rationalisation de la fiscalité applicable au secteur. Selon une étude de KPMG qu’il a citée, 92 taxes ont été répertoriées dans les télécommunications, dont seulement 12 contribueraient à hauteur de 80% aux recettes concernées. De quoi interroger sur l’efficacité du système fiscal et de son incidence sur l’attractivité du marché RD-congolais.
Faisant chorus, les intervenants se sont accordés sur la nécessité d’instaurer un cadre susceptible d’encourager les investissements, sans compromettre les ressources publiques. La simplification de la fiscalité, une meilleure coordination entre les administrations et une réglementation adaptée à l’évolution technologique figurent parmi les pistes évoquées.
Plus pragmatique, le directeur général de Vodacom Congo a appelé à reconnaître les télécommunications comme un secteur stratégique pour le développement national, insistant au passage sur l’intégration des nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, tout en anticipant les risques qu’elles peuvent entraîner, dans la stratégie nationale de développement.
Passer de l’accès à l’utilisation véritable des solutions d’inclusion financière
La question de l’inclusion financière a occupé une place importante dans les discussions, notamment à travers les interventions des représentants de la Banque centrale du Congo et de Vodacash, la société sœur de Vodacom Congo connue pour son offre M-Pesa. Dans un pays où la culture bancaire peine à être inculquée, les solutions de monnaie électronique apparaissent comme une alternative pour assurer l’inclusion financière. Selon la Banque centrale du Congo, le taux d’inclusion financière s’est situé autour de 57 % à la fin de l’année 2025, alors que la stratégie nationale visait 65% à l’horizon 2028.
Des chiffres que Charlotte Mulengezi, première vice-gouverneure de la BCC, a toutefois relativisés. Selon elle, l’existence de quelque 66 millions de comptes cacherait en réalité une faible utilisation, avec seulement 30 millions de comptes inactifs. Pour contourner cette faible utilisation, la BCC mise sur l’interopérabilité et l’utilisation du switch monétique. L’objectif est de fluidifier les transactions, d’améliorer l’efficacité du système financier et de favoriser l’utilisation des services numériques.
Pour Vodacash, l’inclusion financière passe également par la proximité. L’entreprise indique disposer de plus de 150 000 agents chargés de rapprocher les services financiers des populations. Elle propose aussi des solutions de microcrédit destinées à différentes catégories de la société.
Son directeur général adjoint, Taty Furume, a plaidé pour une collaboration accrue avec les pouvoirs publics. Le recours à la monnaie électronique pour le paiement des salaires, la collecte des impôts et le règlement des taxes pourrait, selon lui, contribuer à accélérer l’adoption de ces services.
Un partenariat public-privé pour accélérer la transformation
Les discussions du Vodacom Forum Impact ont finalement convergé vers l’impératif de renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics, les régulateurs et les entreprises du secteur numérique.
Pour les participants, la RD-Congo dispose d’atouts susceptibles de lui permettre de devenir un pôle numérique régional. La concrétisation de cette ambition dépend toutefois de plusieurs facteurs, notamment l’amélioration de la connectivité, l’accès à l’énergie, l’attractivité fiscale, l’adaptation de la réglementation et l’élargissement de l’inclusion financière.
WIDAL




