
Accusée par les évêques catholiques de vouloir «fragiliser la stabilité du pays», la majorité présidentielle a contre-attaqué mardi, estimant que dans un Etat laïc, seul le peuple peut trancher sur une éventuelle révision constitutionnelle.Réunie en assemblée plénière extraordinaire du 18 au 20 juin à Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- s’était inquiétée de la campagne menée autour d’un changement de la Constitution du 18 février 2006. Elle jugeait qu’une telle initiative pourrait «remettre en cause l’équilibre institutionnel». Dans une déclaration «au vitriol», l’Union sacrée de la Nation a reconnu à chaque citoyen le droit de participer au débat, mais accusé certains prélats d’avoir «franchi la ligne rouge». Selon la plateforme au pouvoir, les prises de position de la CENCO s’apparentent à «une tentative d’influencer dangereusement l’opinion publique au point de favoriser le soulèvement populaire et le renversement de l’ordre constitutionnel».
«Quelques évêques» ne détiennent pas la vérité
La majorité présidentielle affirme que «quelques évêques» ne peuvent «prétendre détenir seuls la vérité sur une question aussi stratégique pour l’avenir du pays». Elle évoque même des «accointances» entre «certains responsables de la CENCO», l’ancien président Joseph Kabila, le président rwandais Paul Kagame et les rebelles du M23. Pour l’Union sacrée, «toute réforme éventuelle doit être soumise à la souveraineté populaire par les voies prévues par la Constitution, notamment le référendum». «La légitimité de toute décision majeure appartient aux citoyens et non aux institutions religieuses», insiste-t-elle.Les évêques justifient leur intervention par le «contexte explosif» que traverse le pays: «guerre persistante dans l’Est, avancée des groupes armés, crise humanitaire et précarité sociale». Autant de facteurs qui, selon la CENCO, devraient inciter les autorités à «privilégier les urgences nationales plutôt qu’un chantier constitutionnel potentiellement clivant».
L’Eglise catholique redoute aussi «une remise en cause de certaines dispositions protégées par l’article 220 de la Constitution», considéré comme l’un des principaux garde-fous institutionnels. Une perspective qui risque, selon elle, «d’alimenter les tensions politiques et d’éroder davantage la cohésion nationale».
Soutien «total» à Tshisekedi
Des arguments «balayés» par l’Union sacrée. La coalition appelle les institutions à «poursuivre leur mission de consolidation de l’unité nationale, de défense de l’intégrité territoriale et de restauration de la paix». Dans le même temps, elle réaffirme son «soutien total» au président Félix Tshisekedi et à «l’option d’une réforme constitutionnelle», tout en exhortant la population à rester vigilante face à ce qu’elle qualifie de «manœuvres de manipulation». Cette passe d’armes révèle une nouvelle fracture entre pouvoir politique et hiérarchie catholique, alors que le débat sur l’avenir de la Constitution s’installe dans l’espace public.
YA KAKESA
