
Vingt journalistes de la province de la Tshopo ont été formés, du 27 au 30 mai 2025, à Kisangani, aux notions de fact-checking et de journalisme sensible à la crise sécuritaire et humanitaire. Venus de Kisangani, Lubutu, Isangi et Bafwasende, ces professionnels des médias ont été outillés de manière intensive par la Fondation Hirondelle afin de mieux cerner les dynamiques actuelles et régionales de leur métier. Le choix de la Tshopo a été dicté par le contexte actuel, avec la menace évidente de la rébellion du M23 qui occupe de larges espaces territoriaux dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, avec des visées sur le Tanganyika, le Maniema et la Tshopo.
Face à cette crise, le rôle des journalistes est plus que crucial pour une information fiable et vérifiée. Innocent Bulabembe, coordonnateur des médias partenaires au Studio Hirondelle RDC, label de la Fondation Hirondelle en RD-Congo, a appelé les participants à ne pas fléchir face aux sirènes qui pourraient les intimider dans l’exercice de leur métier, tout en restant professionnels afin de «couvrir ces réalités avec éthique et efficacité».
Lui-même journaliste, Innocent Bulabembe a plongé les participants dans les principes d’une couverture de crise responsable qui, normalement, devrait aller au-delà du simple rapportage des faits et tenir compte de l’impact sur les populations, tout en évitant la stigmatisation et la propagation de la peur. Les participants ont également appris à adopter une approche non dommageable, veillant à ne pas compromettre la sécurité des acteurs humanitaires ou des communautés, et à ne pas exacerber les tensions existantes par des reportages irréfléchis.
L’objectif était de promouvoir la résilience et les solutions, cherchant à identifier et à mettre en lumière les efforts de résilience des communautés et les initiatives de paix, tout en respectant la dignité des personnes affectées, en évitant les images sensationnalistes ou dégradantes, et en utilisant un langage qui préserve le respect des individus. «Nous avons appris qu’un journaliste doit être acteur de l’apaisement social, capable de fournir des informations pertinentes qui aident les populations à comprendre et à faire face aux crises, tout en favorisant un environnement propice à la stabilité», s’est réjoui un participant.
De son côté, Dandjes Luyila, analyste des données de la désinformation au Studio Hirondelle, a encouragé les participants à aiguiser leur sens critique et leur esprit critique dans cette ère où «l’information circule à une vitesse fulgurante, souvent sans vérification». Selon lui, la désinformation représente une menace sérieuse, particulièrement en période de crise. Pour y faire face, il a encouragé les journalistes de la Tshopo à se lancer dans le fact-checking, une compétence désormais incontournable pour tout journaliste professionnel.
Dandjes Luyila a, durant deux jours, initié les participants aux méandres de la vérification de l’information avec des ateliers pratiques afin de leur permettre d’acquérir des outils et des techniques pour identifier les sources fiables et non fiables. Les 20 professionnels des médias ont également appris à évaluer la crédibilité des informations circulant sur les réseaux sociaux et autres plateformes, ainsi que l’utilisation de plusieurs outils de vérification d’images et de vidéos.
La formation a aussi couvert la déconstruction des fausses nouvelles, des théories du complot et des discours de haine. Ces derniers, a insisté Dandjes Luyila, plombent la cohésion sociale et mettent en mal le vivre-ensemble.
Désormais outillés, les journalistes de la Tshopo se sont engagés à jouer un rôle de sentinelle de l’information afin de protéger leurs publics contre les manipulations et les informations erronées qui peuvent semer le chaos et la méfiance. La RD-Congo, et particulièrement la Tshopo, est souvent confrontée à des défis humanitaires et sécuritaires complexes. Alice Tandia n’a pas caché sa joie à l’issue d’une formation qui aura «renouvelé sa motivation à appliquer les principes du journalisme pur dans son travail quotidien».
«Cette formation marque un jalon important dans la construction d’un journalisme plus professionnel, plus éthique et plus résilient face aux défis complexes de la province de la Tshopo et de la RD-Congo», a expliqué, pour sa part, Ibrahim Mulamba. La formation de Kisangani est la deuxième du genre organisée par la Fondation Hirondelle en quelques semaines, après celle de Kalemie, dans le cadre d’un projet financé par H2H. Une manière pour cette organisation installée en RD-Congo depuis plus de 20 ans de réaffirmer son engagement continu à soutenir le développement d’un paysage médiatique robuste et indépendant dans le pays.
Natine K.
