
Il n’aura pas eu le temps de chauffer son fauteuil. Élu mercredi 20 mai à la tête de la FECOFA, Véron Mosengo Omba s’est retrouvé dès le lendemain face à l’image qui hante le football de la République Démocratique du Congo: des tribunes qui brûlent, des sièges arrachés, un stade en état de siège et une arbitre centrale soupçonnée de corruption. L’ironie est brutale. Alors que Mosengo Omba entrait dans ses nouveaux bureaux après la remise et reprise avec Lyly Tshimpumpu, le Stade Tata Raphaël réglait l’addition à sa place. Des troubles ont éclaté lors du match des play-offs de la Linafoot entre le FC Les Aigles du Congo et l’AS V.Club. Bilan: le trio arbitral pourchassé, des casses, des scènes de panique, et un message clair envoyé au nouveau patron contesté du ballon rond congolais. L’arrivée ne se fête pas. Elle se mérite.
Une élection sous tension
Mosengo Omba arrivait pourtant seul en lice, sans concurrent pour espérer lui barrer la route. Une situation qui aurait dû simplifier la passation. Il n’en a rien été. Le processus a été immédiatement attaqué par plusieurs candidats écartés, qui dénoncent des falsifications de statuts et de signatures. La saisine est déjà partie. La commission d’éthique de la FIFA a été alertée pour annuler le scrutin et ouvrir une enquête. Autrement dit, l’élection est actée sur le papier, mais sa légitimité se joue encore dans les couloirs de Zurich. Mosengo Omba prend les commandes d’une maison dont les fondations sont contestées avant même la première réunion.
La violence comme réponse immédiate
C’est dans ce contexte que le stade Tata Raphaël a explosé. Les affrontements survenus jeudi ne sont pas un incident isolé. Ils disent l’état d’un football où la frustration déborde du terrain, les accusations de corruption pullulent et où les enceintes sportives deviennent l’exutoire des règlements de compte politiques et sociaux.La FECOFA a réagi vite. Dans un communiqué sec, le nouveau Comité Exécutif condamne «avec la plus grande énergie» des actes «déplorables» et rappelle que la violence n’a pas sa place dans le football. Le message est attendu : le football doit rester un vecteur de paix, d’unité, de cohésion sociale. Les familles doivent pouvoir venir au stade sans craindre pour leur sécurité.
Un mandat qui se joue dès maintenant
Mais les mots ne suffisent plus. La FECOFA promet d’en faire une priorité et a instruit la LINAFOOT de mener des enquêtes rigoureuses pour identifier les auteurs et infliger des sanctions «exemplaires et dissuasives». C’est là que le mandat de Mosengo Omba se jauge. Entre une élection contestée devant la FIFA et un stade saccagé 24 heures après sa prise de fonction, il hérite d’une double crise : celle de la gouvernance et celle de l’ordre dans les enceintes. Si les enquêtes s’enlisent et que les sanctions restent symboliques, le message sera entendu. Si au contraire la FECOFA va au bout, elle posera un précédent rare dans un environnement où l’impunité est la règle. Pour l’instant, Tata Raphaël a parlé avant lui. À Mosengo Omba de répondre par des actes qui dépassent le communiqué.
KISUNGU KAS

