Actualités

Somo Kakule modernise l’aéroport de Beni sous les balles

À Beni, dans un Nord-Kivu en état de siège, le Général-Major Évariste Somo Kakule a lancé un pari qui paraît absurde: moderniser l’aéroport de Mavivi en pleine guerre. Sans budget provincial, avec les seuls «moyens du bord» et l’argent avancé par les opérateurs économiques locaux. Pour le gouverneur militaire, la sécurité et le développement ne peuvent pas attendre la fin des hostilités. L’enjeu: désenclaver le Grand Nord et préparer l’après-conflit, piste par piste.

«Bien sûr nous sommes en guerre, mais…»

Depuis sa prise de fonctions, Évariste Somo Kakule martèle la même phrase en réunions de gouvernement provincial. Témoignage du Député provincial Chafi Musitu, lors d’une intervention télévisée: «Quand le Général Somo récupère la province, il dit: “Bien sûr nous sommes en guerre, mais nous devons quand même faire du développement.” Il disait: “Non, nous devons construire telle ou telle infrastructure à Butembo, à Beni, parce que ces villes nous apportent beaucoup d’argent et finissent par être négligées.” Il a été vraiment courageux et ambitieux».

L’aéroport de Beni-Mavivi est devenu la vitrine de cette doctrine. Poumon logistique et commercial du Grand Nord, il est stratégique pour l’acheminement de l’aide humanitaire, des produits agricoles et, demain, pour le trafic civil. Le laisser à l’abandon, c’est condamner toute la région à rester dépendante des routes coupées par les ADF et les groupes armés. Le chantier est double: construction d’une nouvelle aérogare et réhabilitation de la piste d’atterrissage pour la mettre aux normes. Les récentes visites confirment précisément ce double visage.

D’un côté, un nouveau terminal aux grandes baies vitrées bleues, au bardage gris clair et au toit en tôle rouge, encore entouré d’échafaudages sur les côtés. De l’autre, une longue piste en terre rouge en plein compactage. Dans un contexte où l’attention nationale et internationale est focalisée sur le front, lancer de tels travaux relevait du défi insurmontable. Le gouverneur a choisi le pragmatisme.

Un chantier à crédit et sans filet

Le problème est budgétaire. «Malheureusement, le gouverneur n’avait pas de moyens», reconnaît Chafi Musitu. Le Trésor provincial, asphyxié par la guerre et la baisse des recettes, ne pouvait pas financer un projet de cette ampleur. La solution trouvée tient du bricolage institutionnel et du patriotisme économique. Le gouverneur a lancé les travaux et sollicité directement les opérateurs économiques de Beni et Butembo. Ces derniers ont accepté d’avancer les fonds pour acheter le ciment, le carburant et payer les ingénieurs. «Ces opérateurs économiques ont commencé à investir avec leur propre argent. C’est vrai, la province a une dette envers eux», concède l’élu provincial. Un partenariat de résilience, né de la nécessité. La province s’est donc engagée à rembourser plus tard, quand les finances le permettront. Sur le terrain, ce pragmatisme était visible: pas de grande cérémonie, juste des travaux qui avancent.

Cette méthode a nourri les rumeurs. Dans une province habituée aux détournements, l’idée d’un chantier lancé sans ligne budgétaire claire a fait grincer des dents. Accusations balayées par Chafi Musitu: «Non, il n’y a aucun détournement. Non, non, non!» Reste que la transparence sur le coût final et sur le remboursement de cette dette sera déterminante pour crédibiliser le modèle.

Préparer l’après-guerre dès aujourd’hui

Sur le terrain, les engins avancent lentement mais sûrement. L’objectif affiché par l’exécutif provincial est clair: ne pas attendre la paix pour poser les jalons du développement. Pour Somo Kakule, chaque mètre de piste réhabilité est un message envoyé aux populations: l’État est encore là, même sous les balles. L’aéroport de Mavivi doit devenir un symbole. Un symbole de continuité de l’État, de résilience économique, et de confiance dans l’avenir du Nord-Kivu.

Le pari est risqué. Si les financements pour achever l’aérogare ne viennent pas, le risque est grand de voir un chantier inachevé s’ajouter à la longue liste des «éléphants blancs» congolais. Mais pour le gouverneur militaire, ne rien faire serait encore plus dangereux. «La guerre ne stoppera pas l’avenir de Beni», résume un cadre de la gouvernance provinciale. En misant sur Beni-Mavivi, Évariste Somo Kakule tente de démontrer qu’en République Démocratique du Congo, même l’équation la plus impossible peut avoir une solution: celle du volontarisme, quitte à s’endetter auprès de son propre secteur privé. Le dernier mot reviendra aux bailleurs et au Gouvernement central. Sauront-ils accompagner ce volontarisme local pour transformer un chantier de survie en véritable infrastructure de développement? À Beni, Somo Kakule a juré de continuer à couler du béton.

YA KAKESA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page