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RDC : Le "décideur" Bitakwira avait zappé l'Administration du Développement rural dans le traitement du dossier Samibo, le SG Koshi l'a taclé devant les caméras

La semaine dernière, le procès de Vital Kamerhe, directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi, est entrée dans sa phase déterminante avec les dépositions des témoins. Le ministre honoraire du Développement rural, Justin Bitakwira, et le prévenu Kamerhe ont entrepris de se rejeter la responsabilité de l’avenant au contrat des logements sociaux d’une valeur d’USD 57 millions.

En attendant le verdict du tribunal, le Secrétaire général au Développement rural, le témoin Georges Koshi Gimeya a, dans cette sorte de procès dans un procès, fait une révélation troublante: l’ancien ministre Bitakwira n’a jamais associé l’Administration du Développement rural à l’étude du dossier des logements sociaux comme à la négociation du contrat et de l’avenant y relatifs avec la société Samibo.

Le ministre honoraire a beau laisser entendre qu’il avait, lui, reçu l’ordre de l’ancien Premier ministre Bruno Tshibala pour signer avec l’entreprise de Samih Jammal, l’implacable réalité a éclaté au grand jour: le Secrétaire général de son ministère et toute son administration n’ont jamais été impliqués dans le traitement d’une matière qui les concerne pourtant. Le décideur politique Bitakwira a tout piloté… sur ordre de sa hiérarchie. C’est anormal.

Alors que l’expérimenté Georges Koshi a taclé publiquement son ancien ministre, son intervention a inspiré l’éditorialiste Omer Nsongo die Lema, convaincu que l’on assiste au procès du dysfonctionnement de l’Etat. Plusieurs ministres avant et après Bitakwira préfèrent zapper les administrations sous leurs tutelles respectives quand il faut traiter un dossier jugé juteux. Nsongo est d’avis que tant que va perdurer cette situation, cet état restera un piège pour tous les régimes qui ont se succéder au pays. Voici que l’activité du gouvernement requiert l’administration publique en soutien de cette activité. Et de ce point de vue, le pouvoir politique commet souvent l’erreur de considérer l’administration publique comme un simple organe d’exécution. Moralité: si Bitakwira avait pensé soumettre le contrat Samibo aux experts de son administration, il aurait peut-être évité au pays le procès en détournement en cours à Makala.

Alors que le Dircab du Président soutient que son rôle n’est pas de faire les vérifications d’usage, l’administration du Développement rural l’aurait fait si le ministre signataire du contrat Samibo l’avait intéressée en amont. Si Bitakwira avait l’occasion de lire le Français Philippes Bezès, sociologue et docteur en Science politique, il se serait rappelé que le pouvoir politique passe alors que l’administration publique dure et mérite de disposer d’une autonomie propre et d’une capacité d’initiative.

Bezès a le sentiment que seule l’administration publique a la dimension de traduire un dossier technique en des termes politiques dans ce sens que les hauts fonctionnaires sont capables de mobiliser la connaissance de terrain et des dossiers qu’ils ont pour la traduire en matière politique afin de dire aux acteurs politiques quels éléments doivent être pris en compte. «On traduit la réalité administrative en réalité politique pour dire quelle réalité doit être prise en compte dans la décision politique», explique l’expert français.

La leçon à retenir du témoignage du secrétaire général au Développement rural est que contrairement aux responsables politiques, souvent animés par des rationalités différentes pour des actions d’éclat et de visibilité en réponse à des intérêts particuliers mouvants selon les cycles électoraux et les besoins électoralistes, les fonctionnaires doivent être mis en avant et considérés comme les garants de l’intérêt général à long terme, de par la neutralité et la stabilité de leur fonction. Il y a lieu de chuter par ce détail important fourni par Hustedt et Salomonsen: «Pour bien fonctionner, tout gouvernement doit s’assurer d’avoir une administration qui lui apporte autant une expertise neutre qu’une capacité à répondre à ses demandes».  

Natine K.  

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