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Sakombi Molendo s’exprime : fini l’improvisation, place à la planification et la culture du résultat au ministère des Ressources hydrauliques et électricité

Quasi un an après votre prise de fonction aux Ressources hydrauliques et Électricité, vous avez doté le Congo d’une doctrine énergétique nationale de l’énergie. Quelles en sont les nouveautés et les principaux objectifs?

Il fallait, avant toute chose, mettre fin à une anomalie: la République Démocratique du Congo, deuxième réservoir hydro-électrique du monde, ne disposait pas d’une doctrine énergétique clairement écrite, opposable, cohérente. Chaque acteur, opérateur, province, partenaire technique et financier travaillait avec sa propre boussole. La Politique nationale de l’Énergie met un terme à cette dispersion. Ses innovations tiennent en trois innovations. Premièrement, elle affirme que l’énergie est un bien public stratégique, mais un bien public qui doit s’ouvrir résolument à l’investissement privé, dans un cadre régulé. Deuxièmement, elle consacre la planification intégrée qui consacre l’hydro-électricité comme notre colonne vertébrale, mais en complémentarité avec le solaire, la biomasse et les mini-réseaux ruraux. Troisièmement, elle place la régulation au cœur du dispositif, avec l’ARE (l’Autorité de Régulation du secteur de l’Electricité, ndlr) renforcée et l’ANSER (l’Agence Nationale de l’Électrification et des Services Énergétiques en Milieux rural et Périurbain, ndlr) comme bras armé de l’électrification rurale. Quatrièmement, elle fixe des objectifs chiffrés et datés: 62% d’accès à l’électricité en 2030, accès universel en 2040. Ce n’est plus une intention. C’est un contrat avec la Nation.

Devant l’Assemblée nationale, vous avez évoqué 20 milliards de $US d’investissements à mobiliser, essentiellement par le secteur privé. Comment y parvenir?

Aucun budget national, aucun bailleur seul, ne peut porter un tel effort. L’investissement privé n’est donc pas une option, c’est une nécessité. Mais le capital privé n’est pas un capital naïf. Il ne vient que là où le cadre est prévisible, la régulation crédible et les contrats respectés. Notre méthode repose sur cinq leviers.

1. La sécurisation juridique avec des décrets d’application, des contrats types de concession, des procédures d’attribution transparentes;

2. La réduction des délais administratifs pour la délivrance des titres et concessions, véritable talon d’Achille du secteur;

3. La bancabilité des projets, à travers des garanties souveraines ciblées et des mécanismes de partage de risque avec les partenaires multilatéraux: Banque mondiale, BAD (Banque Africaine de Développement, ndlr), Société Financière Internationale;

4. La crédibilité des recettes publiques: sans PPA solides, il n’y a pas d’investissement;

5. La mise en place du Fonds Mwinda, dont nous reparlerons, comme véhicule de mobilisation dédié.

Vingt milliards de dollars, ce n’est pas un slogan. C’est le prix, calculé, de la promesse d’accès universel.

Vous êtes très précis sur les échéances: 62% d’accès à l’électricité et un accès universel en 2040. Comment éviter des châteaux en Espagne?

Notre peuple a entendu trop de promesses non tenues pour accorder d’emblée sa confiance. C’est précisément pour cela que nous avons choisi la voie inverse à celle des discours. Tous nos chiffres sont réellement documentés. Nous sommes passés de 9% d’accès en 2018 à 21,5% en 2025. Cette trajectoire est mesurée, auditable, comparable. Le Compact Énergétique, formalisé par décret, est un cadre partagé avec la Banque mondiale, la BAD et nos partenaires bilatéraux. Ce n’est pas un document interne, c’est un engagement multilatéral suivi et évalué. Nous ne misons pas sur un seul grand projet, mais sur un portefeuille: Inga III, Mpoika-Tombe, Ruzizi III et IV, mini-réseaux ANSER, le solaire photovoltaïque, Kakobola, Katende, les importations régionales.

Vous avez déploré «le retard des réformes structurelles, la lenteur administrative dans la délivrance des licences et concessions, et une coordination institutionnelle insuffisante». Pensez-vous à un régime présidentiel fort qui pourrait piloter un secteur aussi transversal?

Je ne me prononcerai pas sur l’architecture constitutionnelle. Ce débat appartient au peuple souverain et à ses représentants. Ce que je peux affirmer, en revanche, c’est que la question n’est pas d’abord celle du régime, mais celle de la discipline institutionnelle. Le secteur de l’énergie a des implications multisectorielles. Il touche aux Finances, aux Mines, aux Hydrocarbures, à l’Aménagement du territoire, à l’Environnement, aux Affaires étrangères. Sans coordination, chaque ministère avance en solitaire et le résultat s’évapore. La réponse que nous apportons est double: d’un côté, une gouvernance interministérielle formalisée autour du Compact Énergétique, sous l’autorité de Madame la Première Ministre; de l’autre, un arbitrage présidentiel clair sur les grands dossiers stratégiques, conformément au rôle constitutionnel du Chef de l’État. Ce que je constate, c’est que lorsque cette chaîne avance, les dossiers avancent. Katende en est l’illustration. Ce n’est donc pas la force et le type de régime qui est en jeu, mais la constance de la volonté politique. Et cette constance, nous l’avons.

Inga III marque le pas. L’article 213 de la Constitution réserve au Chef de l’État la négociation des traités. Etes-vous en cohérence avec le Président de la République?

Une cohérence absolue. Et je pèse mes mots. Inga III n’est pas un projet ministériel. C’est un projet présidentiel, dans lequel le ministère joue le rôle d’exécutant technique et de coordinateur. Le Président de la République a fait d’Inga un axe majeur de sa diplomatie économique, et je m’inscris totalement dans cette ligne. Les retombées de cette convergence sont tangibles. L’ADPI (l’Agence pour le Développement et la Promotion du Projet Grand Inga, ndr), agence dédiée, a été consolidée. Un crédit de 250 millions de $US de la Banque mondiale a été approuvé pour la phase 1 d’Inga III. Les négociations avec l’Afrique du Sud et la SADC (Southern African Development Community ou Communauté de Développement de l’Afrique Australe, ndlr) pour sécuriser les contrats d’achat d’énergie, condition sine qua non de la bancabilité, avancent à un rythme soutenu. Enfin, en parallèle, comme je l’ai indiqué, nous avons soumis au Gouvernement le projet complémentaire d’Inga I et II (6.450 MW), dont la maturité est plus courte. Inga s’inscrit dans le temps long; Mpoika-Tombe, dans les temps utiles. Les deux se complètent stratégiquement, sans se concurrencer.

Le ministre des Finances porte un projet de centrale de 64 MW au Kasaï via l’Eurobond. Le ministre des Mines développe, pour la MIBA, un projet hydro-électrique. Avez-vous été associé?

La question est légitime, et je vais y répondre. Le principe est clair. Tout projet de production, de transport ou de distribution d’énergie électrique relève, sur le plan sectoriel, du ministère des Ressources Hydrauliques et de l’Electricité. Cela n’exclut pas, bien au contraire, que d’autres ministères, dans le cadre de leurs missions propres, portent des financements ou des partenariats. C’est même souhaitable. Ce qui compte, c’est que ces initiatives s’inscrivent dans le cadre de la Politique nationale de l’Énergie, respectent les procédures d’octroi de concessions et se conforment aux exigences de l’ARE. Sur les projets que vous mentionnez, des concertations sont engagées avec mes collègues Onyo Ontek (B. Mines, dans un esprit de complémentarité et de coordination gouvernementale. Chaque mégawatt supplémentaire est une victoire pour le pays à condition qu’il s’insère dans une architecture cohérente.

Qu’en est-il de Katende? Les Indiens sont-ils partis?

Katende avance. Le chantier a été relancé sur la base d’un cadrage financier et technique nouveau, précisément parce qu’il avait trop longtemps souffert d’un pilotage incertain. Sans entrer dans les détails contractuels qui relèvent de négociations en cours, je peux dire ceci: les paramètres techniques ont été révisés, le financement est réaligné et l’administration a été remise au service du projet, et non l’inverse. Sur la relation avec les partenaires historiques, je dirais qu’elle se poursuit dans un cadre professionnel. L’objectif n’est pas de rompre pour rompre, ni de continuer pour continuer. Il s’agit de livrer Katende au bénéfice des populations du Kasaï-Central. C’est cette boussole-là qui guide chacune de nos décisions.

«Nous espérons que la venue du ministre apportera des engagements concrets», a déclaré Stéphane Kamundula Masimango, de la société civile du Maniema. Les centrales de Kindu, de Sanga (Kalima) et Ambe (Kailo) sont en panne. Qu’en dites-vous?

Je veux d’abord saluer la vigilance de la société civile du Maniema. Elle a raison. Et elle joue bien. Ce cri de cœur, je le prends comme une exigence légitime, non comme une critique. La situation de Kindu, de Sanga et d’Ambe est symptomatique d’une pathologie plus large, celle des infrastructures achevées mais laissées à l’abandon, dégradées faute de maintenance. C’est exactement le type de dossiers auxquels nous nous attaquons en priorité. Pour nous, un ouvrage n’a de valeur que s’il reconstruit, et parce que le service rendu est immédiat. Une mission conjointe Ministère/Snel-ANSER a été programmée pour évaluer l’état exact de ces deux centrales et proposer un plan de remise en service. L’administration sera pas la province oubliée de la République. Elle est stratégique par sa géographie, par son potentiel minier et par le poids de sa population. Je m’y rendrai personnellement.

Qu’en est-il du Fonds Mwinda? Sera-t-il un établissement public avec un directeur général et une administration?

Le Fonds Mwinda, «lumière» en lingala, est un instrument financier dédié à l’accélération de l’accès à l’électricité. Il n’a pas vocation à dupliquer une administration existante. Sa légèreté est un choix délibéré. Son architecture repose sur trois principes. D’abord, la mutualisation des ressources: contribution de l’Etat, quote-part sur certains revenus du secteur, contributions des partenaires techniques et financiers et de termes produits obligatoires dédiés. Ensuite, l’autonomie de gestion, sous supervision indépendante, pour éviter l’écueil de la politisation et de l’opacité. Enfin, la traçabilité intégrale. Chaque franc entré, chaque franc sorti, chaque projet financé sera tracé. Pour ce qui est de la forme juridique précise et la gouvernance opérationnelle, les textes sont en phase finale d’arbitrage. Le Fonds Mwinda ne sera pas une administration de plus. Il sera un catalyseur discipliné, dont la seule performance sera mesurée en ménages raccordés et en foyers raccordés.

Vous avez identifié 65 projets photovoltaïques, accompagnés par l’ANSER et 25 sites pour de nouvelles centrales hydroélectriques. N’y a-t-il pas risque d’électrification au rabais?

Le risque existe. C’est précisément pour l’éviter que nous avons changé de méthode. Un éléphant blanc naît toujours de la même faute: un projet lancé sans étude de demande solide, sans modèle économique, sans plan de maintenance. Notre discipline actuelle repose sur trois exigences. Aucun projet n’est retenu s’il ne dispose d’une étude de demande crédible et d’un modèle tarifaire soutenable. Chaque projet est adossé à un opérateur, public, privé ou communautaire, qui assume la responsabilité d’exploitation et la maintenance. L’hydro et le solaire ne sont pas concurrents mais complémentaires. Pour les zones décentralisées, c’est la réponse graduée aux localités isolées. L’hydroélectricité est la réponse structurelle pour les pôles urbains, industriels et miniers. À l’échelle de la dimension de la RDC n’a pas trop de projets. Il a trop de projets mal préparés. La différence est décisive.

Kakobola alimente les spéculations. On parle d’un PPP entre la Snel et une firme indienne «Shivam & KwiluyHydro» présentée comme brésilienne, et de 30 millions de $US versés par anticipation pour 30 ans d’exploitation…

Je vais être direct. Vous avez raison de parler de spéculation. Le projet, qui a été mal ficelé, a finalement été inauguré, après de longs retards, au service de Kikwit, Gungu et Idiofa. C’est une victoire pour ces populations. Sur les aspects contractuels, les principes sont simples. Tout partenariat sur une infrastructure publique fait l’objet d’un appel à la législation congolaise sur les PPP, transparent quant à l’identité et à la nationalité des actionnaires, équilibré dans le partage des risques et des revenus, et soumis à la régulation. J’ai demandé qu’un état des lieux exhaustif du montage contractuel et de l’état de Kakobola soit produit et rendu public dans les prochaines semaines. Si des zones grises existent, je ne préjuge de rien. Sur les contrats passés. La transparence n’est pas négociable, ni pour Kakobola, ni pour aucun autre projet.

Où en est le projet d’importation de 2.000 MW depuis l’Angola, via l’accord de 750 millions $US avec la firme américaine Hydro-Link LLC?

Le dossier progresse. Les études techniques préliminaires, dont la ligne à haute tension, points d’injection, compatibilité avec le réseau Snel, capacité d’absorption du réseau minier, sont dans une phase avancée. Sur le plan financier et contractuel, les négociations se poursuivent pour aboutir à un accord préservant pleinement les intérêts de la RDC. Je veux être clair sur la logique: cette importation ne dilue pas notre souveraineté énergétique, elle la renforce à court et moyen terme. Le déficit du Katanga minier dépasse 2.000 MW. Le combler par une ligne d’importation stabilise la production de cobalt et de cuivre, nos ressources stratégiques pour la transition mondiale, pendant que nous montons en puissance sur Inga, Mpoika-Tombe et nos autres projets. Ce n’est pas un renoncement, c’est un pont.

La réhabilitation des groupes G23 à G26 d’Inga 2 semble un éternel recommencement. En 1982, l’État zaïrois avait déploré des défaillances dès le premier démarrage sur 4 des 8 turbines livrées par ACEC Charleroi. Pourquoi ne pas exiger un dédommagement ou un remplacement?

La question porte sur une plaie ancienne, et vous avez raison de le faire. La question du contentieux historique lié à la qualité initiale des turbines mérite un examen juridique sérieux, et nous l’avons engagé. Les délais de prescription, la nature des entités juridiques héritières d’ACEC, la nature contractuelle originelle sont autant de paramètres à passer au crible avant toute démarche. Cela étant, je ne veux pas sacrifier le présent à une incertitude. La priorité opérationnelle est de remettre en marche ces groupes. La priorité stratégique, en parallèle, est de tirer les leçons du passé dans nos futurs contrats: clauses de garantie renforcées, des pénalités effectives, des mécanismes d’arbitrage rapides. Les erreurs d’hier doivent nous instruire pour ne pas les reproduire dans les contrats de Inga III.

Kinshasa abritera l’unité de démarrage de la CORREAC, la Commission Régionale de Régulation de l’Énergie de l’Afrique Centrale. Mais la coopération énergétique régionale a coûté cher au pays, via la SINELAC. Qu’en dites-vous?

La SINELAC porte les stigmates d’une époque où la coopération régionale se faisait sans garde-fous. Nous ne referons pas cette erreur. La CORREAC sera dotée d’un mandat clair, de règles de gouvernance strictes et d’un pouvoir de régulation effectif. Elle n’est pas un club de bonnes intentions. Elle est un outil au service de l’intérêt national, avec des mécanismes de sauvegarde. Sur Ruzizi III, la leçon est apprise: aucun projet régional ne se fera sans garantie de livraison physique au Congo et sans sécurisation des contrats.

À Mutakano, vous avez déploré l’exécution ratée mais surfaite de la Centrale Solaire de la Cité de l’Union Africaine de Mbuji-Mayi. Envisagez-vous des poursuites?

Ma position est claire. Les fonds publics ont été mobilisés pour un ouvrage qui ne délivre pas le service public attendu. Le contribuable a le devoir de faire toute la lumière. J’ai saisi les corps de contrôle compétents pour un audit technique et financier de la Centrale de Tshipuka. Les résultats de cet audit détermineront la suite, mise en demeure, exécution de garanties contractuelles, remboursement, oui, si les faits le justifient, transmission à la justice. Je ne veux ni acharnement, ni impunité. Je veux la vérité et la restitution du service dû à la population de Mbuji-Mayi.

Vous avez aussi élaboré la PNSPE, la Politique Nationale du Service Public de l’Eau, avec un budget prévisionnel évalué à 9,49 milliards de $US sur dix ans. Comment évolue le financement?

La PNSPE, validée par le Gouvernement, est notre boussole. Sur les 9,49 milliards de $US, une levée de fonds est déjà en cours de mobilisation à travers des partenariats. Banque mondiale via le projet AGREE, BAD, coopérations bilatérales. Le démarrage opérationnel passe par la mise en place des activités de l’Autorité de Régulation du Service Public de l’Eau, ARSPE. Concrètement, l’année écoulée a permis le lancement du projet de réponse d’urgence Régideso pour Kinshasa, 330.000 m3/jour supplémentaires grâce aux modules 2 et 3 de la station. Pour les procédures d’attribution des contrats pour Kananga et Tshikapa, et pour la réhabilitation des Régies provinciales de l’eau. Neuf milliards et demi de $US sur dix ans, c’est ambitieux mais pas irréaliste, à condition que la régulation soit crédible. Et elle le sera.

Teddy Muba Lwamba, l’actuel Directeur général de la Snel dont vous avez repris la main au ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, a dénoncé les dérives des Charges communes. Partagez-vous ce point de vue? Si oui, comment y remédier?

Cette question est au cœur de la viabilité de nos opérateurs publics. Aucune entreprise, aussi saine soit-elle, ne peut survivre lorsque 60% de sa production est absorbée par un mécanisme qui échappe au contrôle de sa finalité. Nous avons engagé un chantier de vérité en trois temps. Premièrement, un audit exhaustif des bénéficiaires effectifs des Charges communes, à la Régideso comme à la Snell. Deuxièmement, une remise à plat des règles sur les charges communes ayant vocation à couvrir les institutions de la République et les services sociaux de base. Ni les entreprises privées ni les résidences personnelles de responsables politiques n’ont leur place. Troisièmement, l’apurement progressif des arriérés de l’État vis-à-vis de ses opérateurs, comme nous l’avons déjà fait pour la Snell dans le cadre du plan d’urgence de 91,89 millions de $US pour Kinshasa. C’est un dossier sensible. Il touche à des habitudes anciennes. Mais sans cette clarification, il n’y aura ni Régideso viable, ni Snell solide.

Qu’est-ce qui plombe la libéralisation effective du secteur de l’eau, et comment y remédier?

Trois freins principaux. D’abord, l’absence, jusqu’à récemment, d’un régulateur indépendant, ce qui sera corrigé par l’ARSPE. Ensuite, l’incomplétude du dispositif réglementaire qui sera réglé par les décrets d’application de la loi sur l’eau. Enfin, des pratiques de gestion historiques de certains acteurs, publics comme privés, prudents devant l’inconnu de la régulation. La libéralisation ne signifie pas la privatisation du bien public. Elle signifie l’ouverture régulée à des opérateurs diversifiés, publics, privés et communautaires, sous l’arbitrage d’un régulateur crédible. Une fois l’ARSPE opérationnelle, une fois les Règles provinciales installées, le secteur deviendra ce qu’il aura toujours dû être: longtemps, un secteur d’investissement à forte utilité publique.

On apprend que vous voulez doter la Régideso de Mbuji-Mayi d’une micro-centrale pour son autonomie énergétique.

C’est exact. La ville de Mbuji-Mayi illustre à elle seule le cercle vicieux que nous devons briser: sans électricité stable, la Régideso ne peut pomper ni traiter l’eau; sans eau, la ville s’étouffe. Notre réponse est pragmatique: doter la Régideso d’une capacité de production dédiée, dimensionnée pour ses installations, afin de garantir la continuité du service quel que soit l’état du réseau général. Les études techniques sont en cours, pour un mix optimal, hydraulique et/ou solaire, selon la meilleure configuration coûts-délais-résilience. Le principe, en revanche, est acquis. Mbuji-Mayi mérite, comme toute grande ville congolaise, un service d’eau digne de son statut.

Un message particulier pour les 120 millions de Congolais et les investisseurs étrangers qui espèrent en vous?

A mes compatriotes, je veux dire ceci, avec l’humilité qui commande le sujet. Je connais votre fatigue, je mesure votre lassitude, et je respecte votre exigence. Vous n’avez pas à croire à des promesses; vous avez à vérifier des résultats. Nous inscrivons dans cette logique-là. La lumière qui s’allume dans une école, l’électricité qui coule dans un quartier de Kinshasa, un hôpital dont le générateur ne prend plus le relais, un robinet d’eau potable, voilà nos indicateurs. Ils sont concrets, vérifiables, opposables.

Aux investisseurs congolais et étrangers, je veux adresser un message de sérieux. La République Démocratique du Congo dispose du plus grand potentiel hydroélectrique d’Afrique et de la moitié des réserves d’eau douce du continent. Ce n’est plus, elle se contractualise. Nous mettons en place la régulation, les procédures, les garanties. Si vous avez un projet, un actif bancaire. Venez, mais venez sérieusement.

La RDC ne recherche pas des opportunistes, elle recherche des partenaires de long terme. Enfin, à ceux qui doutent, c’est leur droit, je réponds ceci: l’État avance, pas cette équipe au bruit de ses annonces, mais à la solidité de ses fondations. Je m’y engage, à la tâche, patient, exigeant, qui se consacre chaque jour de son mandat.

Parce que la République Démocratique du Congo mérite, enfin, d’être à la hauteur de ce que la géographie lui a donné, une grande puissance énergétique et hydrique, au service de son peuple, et du progrès de toute l’Afrique.

POLD L. MAWEJA/LE SOFT INTERNATIONAL

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