Actualités

SADC : Cathy Sakombi sonne l’alerte et exige de passer “de la représentation à l’influence”

SADC: À Johannesburg, la députée Cathy Sakombi dénonce le sexisme, les attaques numériques et réclame des caucus de femmes qui pèsent

Fin mai. La salle de la 59e Assemblée plénière du Forum parlementaire de la SADC retient son souffle. À la tribune, Cathy Sakombi Moleka ne plaide pas. Elle assène. Élue de Budjala, vice-présidente de la Commission Genre à l’Assemblée nationale de la République Démocratique du Congo, elle pose un diagnostic sans fard: les femmes sont dans les institutions, mais pas aux commandes. Et ça suffit.

«Cette session porte sur une question centrale pour l’avenir démocratique de notre région: établir une solidarité parlementaire transpartisane en vue de l’autonomisation politique des femmes dans l’espace SADC», lance-t-elle d’entrée. Message clair : finir les quotas-alibis. Place au pouvoir réel.

Quand une femme s’engage, elle porte toute une communauté

Pour Sakombi, l’engagement féminin n’est jamais individuel. Il est collectif, social, territorial. «Lorsqu’une femme entre en politique, elle porte les attentes d’une génération, d’une famille, d’un territoire», rappelle-t-elle. Cette charge, dit-elle, façonne une manière de gouverner plus ancrée: éducation, santé, paix, protection sociale, sécurité humaine.

Mais le constat est rude. Les partis mobilisent les femmes en campagne, puis les écartent des investitures, des financements, des bureaux où se prennent les décisions. Résultat: une présence qui ne se transforme pas en influence.

Sexisme, harcèlement, violences numériques: la triple peine

La députée pointe du doigt ce que beaucoup subissent en silence. Les violences ne sont plus seulement physiques. Elles sont verbales, médiatiques, numériques, institutionnelles. «Aucune femme ne devrait renoncer à l’engagement public par crainte de l’humiliation, du harcèlement ou du manque de moyens», martèle-t-elle.

Elle cite Judith Suminwa Tuluka, première femme Première ministre de la République Démocratique du Congo, récemment ciblée par des attaques sexistes. Pour Sakombi, critiquer l’action publique d’une femme d’État, c’est le jeu démocratique. L’attaquer sur sa condition de femme, c’est une dérive. «Défendre une femme attaquée parce qu’elle est femme, ce n’est pas défendre un camp politique. C’est défendre la dignité de toutes celles qui veulent servir leur pays.»

Les chiffres de l’Union interparlementaire donnent le vertige: au 1er janvier 2026, les femmes occupent 27,5 % des sièges parlementaires dans le monde, +0,3 point seulement en un an. Elles ne président que 19,9 % des Parlements. Les quotas fonctionnent: 30,9 % de femmes élues là où ils existent, contre 23,3 % ailleurs. Et 71 % des parlementaires disent avoir subi des violences, surtout en ligne. Les femmes, plus touchées par les abus sexualisés.

RDC : avancées visibles, parité inachevée

La Constitution de la République Démocratique du Congo consacre la représentation équitable. La loi sur la parité pose un cadre. Mais Sakombi coupe court aux illusions : «La parité ne se décrète pas seulement dans les textes. Elle se construit par la volonté politique, des mécanismes internes dans les partis, des budgets adaptés, des pratiques cohérentes.»

Elle salue les avancées sous Félix Tshisekedi : Judith Suminwa à la Primature, 17 femmes sur 53 dans le Gouvernement Suminwa II, soit 32 %, trois femmes sur sept au Bureau de l’Assemblée nationale. «Une dynamique encourageante», concède-t-elle. «Mais le combat n’est pas terminé.»

Le contraste régional est saisissant. Avril 2026, classement UIP : Afrique du Sud 45,2 % de femmes à l’Assemblée, Angola 41,4 %, Namibie 42,3 %, Mozambique 38 %, Tanzanie 37,6 %. La RDC : 12,8 %. L’écart crie.

Caucus de femmes : de la photo au pouvoir

La solution, pour Sakombi, est institutionnelle. Les caucus de femmes parlementaires doivent muter. Finis les espaces symboliques. «Un caucus transpartisan peut porter des textes de loi, contrôler les budgets sensibles au genre, interpeller les gouvernements, défendre les femmes engagées au-delà des appartenances partisanes.»

Elle pose quatre exigences à la SADC : Institutionnaliser les caucus nationaux de femmes parlementaires; Travailler avec les whips, les bureaux des assemblées, les directions des partis; Faire de la lutte contre la violence politique faite aux femmes une priorité régionale et Créer un mécanisme permanent d’échange entre caucus de femmes de la SADC.

“Nous devons passer de la représentation à l’influence”. La formule apparaît comme un slogan. Mais Sakombi la veut opérationnelle. Pas plus de femmes pour la photo. Des femmes qui président des commissions, amendent les lois, orientent les budgets, contrôlent l’exécutif, pèsent sur les choix stratégiques.

Natine K.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page