
Changement de logiciel à Kinshasa. Fini le temps où l’eau et les forêts n’étaient que des «richesses naturelles» à préserver. Désormais, elles doivent rapporter. Beaucoup. Mardi 7 juillet, lors d’un briefing avec Patrick Muyaya, ministre de la Communication, Marie Nyange Ndambo, ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, a dégainé deux réformes. Objectif: transformer le capital écologique de la République Démocratique du Congo en levier de croissance et de souveraineté.
L’Office congolais de l’eau voit le jour
Avec plus de 50% des réserves d’eau douce du continent, Kinshasa a de quoi faire des envieux. Mais jusqu’ici, peu de retombées économiques. Le gouvernement corrige le tir avec la création d’un Office congolais de l’eau. Placé sous tutelle du ministère de l’Environnement, l’établissement aura un double mandat: protéger la ressource et la rentabiliser. «L’eau est aujourd’hui un véritable ‘or bleu’. Elle peut générer une économie entière. Mais elle n’est pas inépuisable», prévient Marie Nyange Ndambo. Au-delà du business, Kinshasa veut aussi monter en puissance dans les discussions régionales sur la sécurité hydrique, un sujet devenu stratégique en Afrique.
Le carbone forestier, priorité nationale
Deuxième dossier chaud: la forêt. Le Congo bassin représente 60% des forêts d’Afrique centrale. Et le gouvernement veut en reprendre le contrôle économique. Au programme: un registre carbone souverain et un système national MRV – mesure, rapportage, vérification – pour certifier les crédits carbone «made in RDC».
L’idée est simple. Arrêter de laisser des intermédiaires capter la valeur. «Nous sommes un pays-solution. Mais ce statut ne peut produire des effets concrets sans une stratégie nationale», martèle la ministre. Conservation, barrages hydroélectriques, foyers améliorés, solaire: la liste des projets éligibles est longue. Reste la question sensible des communautés locales. Le gouvernement promet de les associer. La société civile, elle, exige plus de transparence sur la gouvernance du futur marché.
Une baleine pour boussole
Dernier point du briefing: l’échouage inédit d’une baleine à Moanda, dans le Kongo Central. L’animal, «probablement désorienté», a été enfoui pour éviter un risque sanitaire. De cet incident, Kinshasa tirera son premier protocole national d’intervention. Un détail qui en dit long sur la volonté du pouvoir d’anticiper.
Avec ces annonces, la République Démocratique du Congo tente un pari ambitieux: entrer dans la «nouvelle économie environnementale». Celle où l’eau, les forêts et la biodiversité ne sont plus seulement à protéger, mais à valoriser pour financer le développement. Un virage qui pourrait rapporter gros. À condition que la gouvernance suive.

