
Dans une lettre adressée au coordonnateur du CNC, avec copies au président de la République, au vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et au ministre de la Justice, Daddie Minaku, épouse d’Aubin Minaku Ndjalandjoko, exprime sa vive inquiétude au sujet des conditions de détention de son mari, arrêté le 18 janvier 2026. Elle y dénonce une privation de liberté qu’elle juge «extrêmement préoccupante», ainsi que des atteintes graves à sa dignité, à sa santé et à ses droits familiaux.
Ancien président de l’Assemblée nationale et figure politique de premier plan, Aubin Minaku est présenté par son épouse comme un homme «profondément attaché aux institutions de la République et au respect de l’État de droit». Dans son courrier, celle-ci affirme que son arrestation s’est déroulée dans des circonstances qu’elle qualifie de profondément arbitraires, avant une détention dans un lieu qui ne lui aurait pas été officiellement communiqué.
Selon la lettre, cette absence de transparence sur le lieu de détention, sur les motifs précis de la privation de liberté et sur les garanties procédurales applicables placerait l’intéressé dans une situation particulièrement préoccupante au regard du droit. Daddie Minaku évoque «une détention opaque et juridiquement préoccupante» et estime que son époux est maintenu «dans un lieu tenu secret, sans qu’aucune information officielle claire ne soit fournie quant aux motifs de sa privation de liberté».
Elle considère que cette opacité n’est pas sans conséquences juridiques. Dans sa correspondance, elle écrit que son mari se trouve «de facto en dehors de la protection de la loi» et estime que «la combinaison de ces éléments caractérise une privation de liberté d’une gravité exceptionnelle», dont les modalités seraient «de nature à relever de la qualification de disparition forcée au regard des normes internationales».
Soucis de santé
Mme Minaku évoque par ailleurs des conditions matérielles de détention qu’elle juge contraires à la dignité humaine. S’agissant de l’alimentation, elle explique être contrainte de déposer la nourriture dans les bureaux du CNC, «sans possibilité de remise directe ni de vérification des conditions de transmission». Elle affirme que cette organisation a eu des conséquences visibles sur l’état physique de son mari, «dont la perte de poids est manifeste».
Les modalités de visite sont également mises en cause. Daddie Minaku affirme être conduite auprès de son époux dans des conditions de sécurité particulièrement strictes, «les yeux couverts à bord d’un véhicule du CNC», entourée d’un dispositif policier important. Une fois sur place, les échanges se dérouleraient «sous la présence constante de cinq agents et policiers», à faible distance durant toute la visite.
Selon elle, cet encadrement confère aux visites «un caractère profondément intimidant, incompatible avec la nature même d’un moment familial». Dans ces conditions, poursuit-elle, «le droit à une visite familiale est non seulement entravé, mais substantiellement vidé de son contenu».
Sur le plan sanitaire, l’épouse de l’ancien speaker PPRD de la chambre basse soutient que celui-ci nécessitait, avant son interpellation, «un suivi médical régulier et rigoureux». Elle estime que cette prise en charge n’est plus assurée depuis son arrestation, ce qui ferait peser, selon elle, des risques sérieux sur sa santé et son intégrité physique. Elle dénonce «une rupture dans la continuité des soins» et trouve que l’absence de suivi médical approprié constitue «une source d’inquiétude majeure».
Dans sa lettre, elle invoque plusieurs dispositions de la Constitution congolaise ainsi que des instruments juridiques internationaux relatifs à la protection des droits fondamentaux. Elle considère que l’absence de prise en charge adaptée, dans un contexte de privation de liberté, «s’analyse, en droit, comme une forme de traitement inhumain par omission», dès lors que les autorités chargées de sa garde ne prendraient pas «les mesures nécessaires à la préservation de sa santé».
Dans son appréciation globale, Daddie Minaku estime que les faits dénoncés ne relèvent pas de simples difficultés matérielles, mais d’«une situation particulièrement grave», caractérisée notamment par «une privation de liberté entourée d’opacité», «des conditions de détention incompatibles avec les exigences de dignité humaine», «une atteinte sérieuse à l’intégrité physique et à l’état de santé de la personne détenue» et «une restriction excessive et injustifiée des droits familiaux».
En conclusion, elle appelle les autorités compétentes à prendre la mesure de la situation et à y répondre sans délai. «Mes enfants et moi-même en appelons à votre sens des responsabilités afin que mon époux (…) puisse recouvrer sa liberté», écrit-elle, ajoutant que «rien ne saurait justifier que mon époux soit enfermé au noir, dans une opacité indescriptible, et en dehors de tout cadre judiciaire régulier».
À ce stade, les autorités concernées n’ont pas, publiquement, réagi au contenu de cette lettre.
Aller au contenu PDF

