Actualités

Attaques des drones à Kisangani: Denis Mukwege alerte sur un risque de déflagration régionale

Le Prix Nobel de la paix 2018, le Dr Denis Mukwege, a brisé le silence jeudi 5 février dernier pour dénoncer une escalade majeure après les frappes de drones ayant visé l’Aéroport stratégique de Bangboka. Entre traumatisme historique et géopolitique de crise, le «réparateur de femmes» a appelé la Communauté internationale à agir avant que l’Afrique centrale ne s’embrase à nouveau. Pour Denis Mukwege, le choix de Kisangani ne doit rien au hasard.

Dans un communiqué cinglant, le gynécologue a rappelé que cette ville porte encore les stigmates de la «guerre des Six jours» de juin 2000. À l’époque, a-t-il argumenté, les armées rwandaise et ougandaise s’étaient affrontées sur le sol RD-congolais, faisant des milliers de victimes civiles dans une impunité qui dure encore.

«Ces événements marquent un tournant préoccupant», a averti le Dr Mukwege. Il voit dans ces frappes, revendiquées par la coalition M23/AFC, une provocation directe visant à raviver les tensions entre Kigali et Kampala, dont les intérêts divergent sur le sol RD-congolais.

Une agression à visage découvert

L’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 a dénoncé une mutation du conflit. Selon lui, la revendication ouverte du M23/AFC confirme désormais sans ambiguïté la collaboration opérationnelle avec l’armée rwandaise. Cette montée en puissance technologique -l’usage de drones kamikazes-, a-t-il ajouté, témoignerait d’un soutien étatique étranger massif, en violation flagrante du droit international.

Le Dr Mukwege a analysé cette résurgence comme une réponse de Kigali aux nouveaux accords sécuritaires et commerciaux signés entre Kinshasa et l’Ouganda. Une lutte d’influence où la souveraineté de la RD-Congo est, une fois de plus, sacrifiée sur l’autel des ambitions territoriales et économiques régionales. Face à ce qu’il qualifie de menace pour la paix et la sécurité internationales, Denis Mukwege a exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies à faire appliquer la Résolution 2773.

Adoptée à l’unanimité, celle-ci exige le respect strict de l’intégrité territoriale de la RD-Congo, le retrait immédiat et inconditionnel des troupes rwandaises du sol RD-congolais, et le démantèlement définitif du M23/AFC. «La Communauté internationale ne peut rester spectatrice d’une tragédie annoncée», a-t-il conclu, interpellant directement les médiateurs des processus de paix de Luanda et de Nairobi. Pour le Dr Mukwege, le temps de la diplomatie de salon est révolu: sans sanctions concrètes et sans justice pour les crimes du passé, Kisangani risque de redevenir le tombeau des espoirs de paix en Afrique centrale.

Hénoc AKANO

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page