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RDC : le rapport Mpaji interroge la cohabitation Katangais-Kasaïens et réclame une enquête

Dans un document publié à Lubumbashi, le mouvement citoyen Mpaji met en garde contre une polarisation croissante entre Katangais et Kasaïens et appelle à une enquête indépendante sur les flux de population. Dans un contexte déjà marqué par la crise sécuritaire à l’est et les débats sur une éventuelle révision constitutionnelle, une nouvelle ligne de fracture affleure au sud-est de la République démocratique du Congo. C’est l’objet d’un rapport d’alerte et de plaidoyer de 16 pages, signé par le mouvement citoyen Mpaji et son président Théophile Mbayo Kifuntwe, intitulé «Migrations, dynamiques démographiques et risques de tensions politiques et communautaires dans le Grand Katanga».

Le document ne prétend pas établir des faits. Il pose une série de questions. Son point de départ: des mouvements de population «importants» de ressortissants du Kasaï vers plusieurs localités du Grand Katanga –le découpage des anciennes provinces du Katanga– observés ces derniers mois par ses enquêteurs de terrain. Rappelant que la liberté de circulation à l’intérieur du territoire national est un droit constitutionnel, le rapport souligne que ce n’est pas la migration en elle-même qui l’interpelle, mais «le nombre, la fréquence des rotations, la durée» du phénomène, ainsi que la circulation sur les réseaux sociaux de discours xénophobes justifiant ces déplacements.

Une hypothèse à vérifier, pas une accusation collective

Le cœur du texte tient en une distinction que les auteurs martèlent: il ne s’agit pas d’accuser collectivement une communauté –ni les Kasaïens, ni les Katangais– ni un parti politique. Il s’agit, écrivent-ils, de demander que «les faits soient établis». Le rapport formule l’hypothèse, à ce stade non vérifiée, de déplacements qui seraient «organisés, facilités, financés ou instrumentalisés à des fins politiques, économiques, électorales ou sécuritaires». Il évoque, au conditionnel, l’existence alléguée de réseaux d’accueil, de moyens de transport organisés, de promesses d’emploi et d’assistance financière. «Qui organise ? Qui finance ? Qui transporte ? Qui accueille ? Qui bénéficie ? Et dans quel objectif ?»

C’est la question centrale du document. Les auteurs demandent que la transparence permette de trancher: s’il s’agit d’une dynamique sociale et économique normale –travail dans les mines, études, regroupement familial– les données doivent le démontrer. S’il s’agit d’une transformation démographique volontaire, elle doit également être documentée. Le rapport pointe un angle mort: l’absence de données publiques précises sur les migrations internes, sur les inscriptions électorales et sur l’évolution du nombre de bureaux de vote dans les zones concernées. Selon lui, ce vide alimente les rumeurs et les manipulations.

Le poids de la mémoire

Les auteurs inscrivent leur alerte dans une mémoire historique douloureuse. Le Grand Katanga a connu au début des années 1990 des refoulements massifs et des violences intercommunautaires ayant visé notamment des populations originaires du Kasaï. «Lorsqu’une méfiance communautaire s’installe progressivement, elle peut rapidement devenir un instrument de mobilisation politique», prévient le texte. Pour Mpaji, le danger actuel serait la construction de deux récits antagonistes: l’un faisant croire aux Katangais qu’ils seraient marginalisés par l’arrivée de Kasaïens, l’autre faisant croire aux Kasaïens qu’ils seraient menacés d’expulsion. «La responsabilité doit être recherchée au niveau des individus, des réseaux, des organisations», insiste le rapport. Le document refuse ainsi toute essentialisation et appelle à ne pas transformer une question de gouvernance en conflit identitaire.

Trois chantiers sensibles: emploi, sécurité et élections

Le document élargit son propos à trois domaines jugés sensibles pour la cohabitation Katangais-Kasaïens. Premièrement, l’emploi et les marchés miniers. Le Grand Katanga concentre l’essentiel de la production de cuivre et de cobalt du pays. Le rapport se fait l’écho de plaintes récurrentes sur une discrimination présumée dans l’accès aux emplois, aux fonctions dans les entreprises minières et à la sous-traitance, au profit de ressortissants kasaïens, en lien avec une proximité politique supposée. Il ne tranche pas, mais demande un audit des procédures d’attribution et la publication des bénéficiaires effectifs pour objectiver le débat.

Deuxièmement, le rôle de groupes militants. Des accusations «graves», selon le terme du rapport, visent des groupes liés à des formations politiques –l’UDPS, parti présidentiel, est cité– ainsi que des individus présentés comme originaires du Kasaï, qui auraient été armés ou auraient participé à certaines opérations de police et de l’armée à Bukama, Kasumbalesa ou Kolwezi. Le texte parle notamment des «Forces du progrès». Il souligne que ces allégations, si elles étaient établies, poseraient la question de la chaîne de commandement et de la protection des civils, et demande une enquête indépendante sur les unités présentes, les ordres et les victimes.

Troisièmement, le risque électoral. C’est le point le plus sensible. Le rapport évoque l’hypothèse d’une utilisation des flux migratoires comme instrument politique: déplacement, installation, inscription électorale, modification du poids politique. Il ne présente pas cette séquence comme un fait établi, mais demande que soient comparées données démographiques et listes électorales pour vérifier s’il existe des variations inhabituelles du corps électoral. Une démarche de transparence qui, selon Mpaji, permettrait de désamorcer les soupçons.

La prévention plutôt que la réparation

Le mouvement formule douze demandes concrètes: une enquête indépendante sur les mouvements de population, la publication de données démographiques désagrégées, un audit des listes électorales et du maillage des bureaux de vote, une investigation sur les financements des déplacements, sur les groupes militants et sur les opérations sécuritaires contestées, ainsi qu’un mécanisme de protection des témoins et des lanceurs d’alerte.

«La démographie ne doit pas devenir une arme politique», conclut le texte, qui appelle les autorités congolaises, les institutions judiciaires, la société civile et la communauté internationale à ne pas considérer ces tensions latentes comme une simple rivalité locale. Dans un pays où la cohabitation entre communautés katangaises et kasaïennes a longtemps été présentée comme un modèle d’intégration –des centaines de milliers de Kasaïens vivent et travaillent depuis des décennies au Katanga, y ont fondé des familles et contribué à son essor économique– l’alerte de Mpaji se veut avant tout préventive. Le rapport rappelle que la question n’est pas de savoir qui a le droit de vivre où –la Constitution garantit à tous ce droit– mais de savoir si des flux sont organisés à d’autres fins.

«La prévention des conflits coûte toujours moins cher que leur réparation», rappelle le rapport. Un message qui place la balle dans le camp des institutions: à elles de fournir les chiffres, les enquêtes et la transparence nécessaires pour que la cohabitation Katangais-Kasaïens reste ce qu’elle a toujours voulu être, un pilier du vivre-ensemble congolais.

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