
Le gouvernement RD-congolais veut désormais inscrire la mémoire des violences ayant frappé la RD-Congo dans les programmes scolaires. Lancé à Kinshasa par le vice-ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle citoyenneté, Théodore Kazadi, un atelier de formation réunit, pendant dix jours, 25 inspecteurs et experts chargés d’élaborer des outils pédagogiques autour du narratif Genocost.
Soutenue par la Présidence de la République et le Fonds national des réparations des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité -FONAREV-, cette initiative vise à renforcer l’éducation à la citoyenneté, au patriotisme et à la culture de la paix auprès des jeunes générations. Le projet ambitionne d’inscrire formellement dans les curricula de l’enseignement primaire et secondaire le concept «Genocost», terme utilisé pour désigner les génocides perpétrés à des fins d’exploitation économique en RD-Congo, particulièrement dans l’Est du pays, depuis plus de trois décennies.
Réunis dans le cadre de cet atelier, 25 inspecteurs et experts sélectionnés comme noyaux nationaux de cette démarche sont chargés d’harmoniser la compréhension du concept et de le traduire en contenus pédagogiques adaptés au système éducatif RD-congolais. Les travaux doivent aboutir à l’élaboration de fiches pédagogiques, d’un guide méthodologique ainsi que d’un plan national de déploiement destiné à assurer une diffusion uniforme du narratif Genocost dans les écoles du pays.
À travers cette initiative, le gouvernement entend renforcer l’éducation à la mémoire, à la citoyenneté et au patriotisme afin de promouvoir la paix, l’unité nationale et la consolidation de l’identité citoyenne RD-congolaise. «Un peuple qui ignore son passé est condamné à le revivre. Mais un peuple qui l’enseigne à ses enfants se donne les moyens de sauvegarder sa souveraineté», a déclaré le vice-ministre Théodore Kazadi lors de la cérémonie d’ouverture.
Prenant également la parole, le coordonnateur exécutif de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes -CIA-VAR-, François Kakese Kimaza, a rappelé que cette activité s’inscrit dans la feuille de route Genocost 2026, élaborée pour soutenir le plaidoyer international en faveur de la reconnaissance des génocides commis en RD-Congo. «Il est désormais établi que des génocides ont été commis en République démocratique du Congo. Il est essentiel que la population en prenne connaissance et que cette mémoire soit entretenue et préservée», a-t-il insisté.
Former une génération consciente de son histoire
Le Directeur général adjoint du Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, Kevin Ngunga Makiedi, a, pour sa part, souligné l’importance de la culture de la mémoire dans le processus de réparation et de prévention des violences. Selon lui, transmettre cette histoire aux jeunes générations constitue une démarche indispensable pour promouvoir une culture de paix durable et empêcher la répétition des tragédies vécues par le pays. Parmi les experts mobilisés figure également le Professeur Emmanuel-Janvier Luzolo Bambi, qui a insisté sur le rôle fondamental de l’éducation citoyenne et de la prise de conscience collective.
«Les élèves doivent connaître leur histoire, comprendre les injustices subies par le peuple RD-congolais et mesurer les conséquences des conflits sur notre vivre-ensemble», a-t-il affirmé, estimant que les générations futures doivent tirer les leçons des trente dernières années pour mieux construire l’avenir. Selon les initiateurs du projet, cet atelier ne constitue qu’une première étape. Une seconde phase est annoncée pour le mois de juin 2026 et portera sur la création de clubs citoyens dans les établissements scolaires.
Des modules et kits d’animation seront développés afin de faire des élèves «les premiers ambassadeurs de la mémoire nationale». Le vice-ministre Théodore Kazadi a, à cette occasion, salué l’engagement «indéfectible» du Directeur général adjoint du FONAREV, estimant que l’action menée en faveur des victimes trouve un prolongement naturel dans cette démarche éducative destinée à préserver la mémoire nationale et à renforcer la cohésion sociale.